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vendredi 16 mai 2008

Jeu 2008 - Envoi n°1 : 22 rue Trousseau (11e arrondissement)


Je commence aujourd’hui à publier les premières images qui m’ont été envoyées dans le cadre du jeu de cette année. J’en rappelle sommairement le principe : il suffit de prendre des images d’un édifice très surprenant (un ensemble et quelques détails), de n’importe quelle époque, de n’importe quel style et situé n’importe où sur notre belle planète et de me les adresser sur le mail du blog (dans une qualité au moins suffisante pour pouvoir être publiées, et avant la fin du mois de septembre), avec quelques renseignements utiles, comme l’adresse précise, les éventuelles inscriptions, la nature de certains matériaux...


Malgré mes recommandations prudentes, le premier “concurrent” a choisi de m’envoyer des images d’un immeuble Art Nouveau de Paris, situé à l’angle de la rue Trousseau et de la rue de Candie. Et il a bien fait, car je ne le connaissais pas ! Petit avantage supplémentaire, il a pu entrer à l’intérieur du bâtiment et photographier son vestibule très étonnant.
Si les volumes n’offrent rien de très extraordinaire, le décor sculpté qui est plaqué sur les façades vaut véritablement le détour. Dans l’ensemble, il est consacré à la fleur de tournesol, à l’exception de l’angle étroit formé par les deux rues, où on peut reconnaître des iris, et des chardons de la mosaïque de sol, dans le vestibule.

Ces motifs, à vrai dire assez communs dans le paysage parisien, sont traités avec une monumentalité qui les rend très impressionnants. Ainsi le regard est-il particulièrement attiré par l’ornementation des soubassements de balcons, constitués de frises compactes de grands tournesols, alignés avec une régularité qui leur donne un curieux aspect de dentelle. Sous le dernier balcon, ces frises sont interrompues par des fleurs encore plus gigantesques, enserrées dans une ravissante résille aux sinuosités compliquées, parfaitement représentative de l’esthétique “nouille” de l’Art Nouveau.

Une composition encore plus originale entoure la porte d’entrée, mais englobe également la fenêtre de la loge du concierge, dans un graphisme sévère et virtuose, d’une grande force décorative.
A l’intérieur, les mêmes tournesols s’élancent tout au long des murs latéraux, jusque sur le plafond, émergeant d’une nouvelle résille ornementale pareillement compliquée, et d’autant plus impressionnante que la partie basse des murs a été volontairement voulue d’une sobriété absolue. Cet effet permet d’apprécier le joli bandeau de chardons des mosaïques, agencé avec une régularité à peine perturbée par les douces inflexions des lignes d’encadrement.


Cet immeuble, d’une remarquable unité décorative, n’est malheureusement pas signé. Sans doute la modernisation des commerces du rez-de-chaussée a-t-elle entraîné, depuis un siècle, la perte d’une signature et d’une date. Que nous proposent donc les demandes de permis de construire pour combler cette lacune ? S’il n’y a rien à l’adresse exacte du 22, rue Trousseau, deux publications désignent des projets d’immeubles de six étages à l’angle de la rue de Candie. Le premier, du 22 février 1902, fut commandé par M. Leclaire à l’architecte L. Blanc. Le second, du 2 février 1905, fut dessiné par l’architecte E. Thomas pour M. Dissard. En me rendant sur place, j’ai pu remarquer que l’autre immeuble d’angle, ouvrant sur le n°2 de la rue de Candie, était bien signé par E. Thomas. Notre petite curiosité Art Nouveau ne peut donc être que l’immeuble dessiné par Blanc en 1902.

J’accompagne les images de notre sympathique internaute - du nom de P. M. - avec une ou deux de celles que j’ai pu moi-même réaliser en complément. Maintenant, il vous suffit de donner une note à sa proposition, entre 1 et 10. Le moment venu... nous ferons les totaux et les divisions... et désignerons les gagnants. Merci donc à P. M. d’avoir involontairement accepté d’essuyer les plâtres.
Et maintenant... c’est à vous !

samedi 12 avril 2008

92-94 avenue de la République (11e arrondissement)


Premières œuvres de Schœllkopf entièrement réalisées sous son nom, les immeubles de l’avenue de la République le voient faire ses premières armes en solitaire avec les moyens assez modestes d’une architecture destinée à s’intégrer dans un quartier de Paris alors très populaire.
Mais, encore très jeune, sans doute devait-il se laisser porter par un certain hasard, en l’occurrence celui qui lui fit rencontrer ses premiers véritables commanditaires, Eugène et Ernest Bertrand. Ces personnes sont loin d’être sans importance pour sa carrière, puisque la propriétaire de son futur immeuble du boulevard de Courcelles (en 1901) s’appelait “Mme Bertrand” et appartenait assurément à la même famille. J’en veux pour indice le fait qu’elle demanda à Schœllkopf un autre immeuble, au 66, rue Saint-Maur, en 1907 ; à l’époque, elle était devenue “veuve E. Bertrand”. Il y a donc de fortes probabilités pour qu’elle ait été l’épouse d’un des deux hommes qui nous intéressent ici. Ne nous étonnons pas de cette densité des liens de famille et de la fidélité entre clients et architectes. A l’époque, surtout lorsqu’il n’avait pas une grande agence, l’architecte restait un véritable artisan, pour lequel le tissage des relations revêtait une immense importance. On sait maintenant fort bien, par exemple, que l’arborescence des commanditaires de Guimard est un très fascinant enchevêtrement de liens d’amitié et de famille. Mais il ne fut pas le seul, puisque Charles Plumet travailla aussi, et très rapidement, pour l’ensemble de sa belle-famille. Par ailleurs, on ne saurait ignorer le rôle des architectes dans de petites sociétés immobilières occasionnelles, dont ils étaient assez souvent les fondateurs et les financiers.
Il n’y a donc pas lieu de s’étonner que cette famille Bertrand ait été d’une importance capitale pour Schœllkopf, qui édifia pour elle près de la moitié de son œuvre bâti, resté malheureusement très restreint à cause de son décès prématuré.
Selon la demande de permis de construire publiée le 2 août 1898, le programme se composait de trois immeubles, aux n°92 et 94 avenue de la République, et au n°60 de la rue Servan.











Commençons la visite par le plus petit édifice, construit sur la rue Servan. Il permet d’énoncer les principes du chantier tout entier, à savoir la maîtrise du langage de base de l’architecture urbaine, souvenir encore récent des études du jeune homme à l’école des Beaux-Arts, basée sur la symétrie et la simplicité. Schœllkopf se permet un travail intéressant sur la surface même de la pierre, en la traitant de différentes façons, jusqu’à l’insolite bandeau rustique, entre les premier et deuxième étages, où il s’autorise un curieux décor abstrait qu’on peut bien définir, à cause de ses ondulations, comme véritablement Art Nouveau.

Un peu plus ambitieux est le 94, avenue de la République. La parcelle n’est guère plus large, mais le parti décoratif s’y révèle déjà plus affirmé, non sans des moyens toujours très simples, en particulier dans l’ornementation de l’épaisse corniche qui supporte le grand balcon courant des étages supérieurs. On y retrouve quelque chose des petits enroulements qui agrémentaient, à l’origine, la façade de l’hôtel de l’avenue d’Iéna, sa première œuvre véritable.
Egalement caractéristiques du langage très personnel de Schœllkopf sont les petites ponctuations sculptées du sommet de la façade, immédiatement sous l’étage de combles, symptomatiques de sa volonté de toujours bien terminer ses édifices.











Le morceau de bravoure est, très logiquement, le bâtiment du 92, avenue de la République, que les deux précédents encadrent, magnifiquement situé à l’angle de la rue Servan. Mais qu’on ne s’y méprenne pas : restant dans le cadre d’une architecture populaire, l’artiste n’y déploie aucune abondance ornementale supplémentaire. Pour l’essentiel, il se contente de reprendre des éléments déjà présents sur les deux autres façades, mais qui sont ici amplifiés par un simple effet de répétition. Il ne fait véritablement qu’y ajouter un curieux motif de virgules géminées, en assez fort relief, esquisses d’éléments végétaux ressemblant à de curieuses paires d’yeux.












Dans cette description très sommaire, j’ai volontairement omis d’évoquer les portes des trois édifices - toujours si importantes lorsqu’on parle d’Art Nouveau - car leur traitement assez extraordinaire cache une sorte de progression ornementale qui ne paraît certainement pas fortuite. En effet, la clé de voûte qui surmonte la porte du 60, rue Servan, ressemble à un simple cartouche, comme on en réalisa tant à l’époque baroque. Sauf qu’on y remarque des terminaisons déjà bien Art Nouveau. Au n°94, ce même cartouche commence à prendre une forme vaguement animale : dans une première variation, le cartouche de départ, totalement abstrait, s’est donc paré de petits détails réalistes. Au n°92, enfin, le même cartouche prend enfin, avec une seconde variation, sa forme définitive de masque riant ; de zoomorphe, il devient tout à coup anthropomorphe. Cette dernière composition, très étonnante lorsqu’on comprend la façon dont elle a été créée, est un merveilleux morceau de sculpture et peut-être l’un des chefs-d’œuvre absolu de l’ornementation Art Nouveau, d’une simplicité absolue, d’une efficacité évidente, d’un effet saisissant.

L’origine évidemment baroque de cette décoration nous pousse ainsi à nous interroger sur l’immeuble contigu à ce groupe homogène. Schœllkopf pourrait-il en être l’auteur, même s’il n’appartient pas au programme confié à lui par les frères Bertrand ? Malheureusement, il est impossible de retrouver la moindre trace d’une demande de permis de construire à son propos. A moins qu’on puisse lui rattacher une assez étrange mention, publiée le 28 décembre 1896 : “89 présumé rue Servan et cité Bertrand. Propriétaires : Eugène et Ernest Bertrand, 90 boulevard Malesherbes. Architecte : E. Georgé, 64 rue Blanche. Construction”. Si la cité Bertrand existe bien aujourd’hui, elle se limite à une sorte d’impasse intérieure, incluse dans une seule et vaste construction. Mais, située de l’autre côté de l’avenue de la République, elle ne peut être à l’angle de la rue Servan, ni même en simple communication avec elle. Il y eut donc, en 1896, une grande confusion urbanistique à cet endroit-là, et on doit peut-être penser que la cité Bertrand a peut-être été imaginée à un emplacement différent, là où, finalement, l’immeuble du 96-96 bis, avenue de la République fut projeté.
Il n’est pas nécessaire de nous étendre sur le constat que cette cité Bertrand portait le nom des commanditaires de Schœllkopf qui, quelques années plus tôt, avaient déjà demandé un immeuble au patron qui l’employait alors, Edouard Georgé. A propos de l’hôtel Sanchez de Larragoiti, avenue d’Iéna, nous avons déjà dit que ce jeune architecte, alors malade, allait bientôt mourir. Nous avons une nouvelle confirmation que Schœllkopf récupéra plus tard, non seulement ses travaux, mais également ses clients.

Que nous apprend donc l’immeuble ? Essentiellement que l’influence baroque, parfaitement discernable sur les trois immeubles déjà étudiés, y est encore plus évidente, notamment sur la très surprenante porte d’entrée principale, où le motif du cartouche est développé d’une façon délicieusement extravagante. C’est le premier indice que l’auteur de cet édifice est un architecte bien intéressant et d’un grand talent, qui se permit même, dans une œuvre qui se voulait probablement le pastiche un peu dénaturé d’une architecture historiciste, de rythmer l’étroite et longue fenêtre du rez-de-chaussée en y insérant deux audacieuses colonnes métalliques.

Ailleurs, on ne retrouve malheureusement rien de directement comparable aux immeubles voisins, ni dans les motifs sculptés, ici beaucoup plus abondants et riches, ni même dans le dessin des ferronneries. Néanmoins, au dernier étage, les fenêtres sont surmontées de petits frontons assez sobrement ondulés, très similaires à ceux qui apparaissent, au même endroit, sur les façades du n°92. S’agirait-il de l’influence directe et fortuite d’un bâtiment voisin et récent ? Ou plus simplement le réemploi d’un motif, dessiné par le même artiste ? Le débat reste ouvert, bien entendu. Une visite aux Archives de Paris devrait permettre d’obtenir de plus grandes certitudes sur ce point.

4 mai 2008 : J'avais promis d'échanger la vilaine photographie du dessus de porte du n°94, prise au moment où le ravalement de l'immeuble n'était pas achevé. C'est chose maintenant faite ! Et l'immeuble est maintenant tout propre.

samedi 29 mars 2008

90 avenue Parmentier (11e arrondissement)


L’élégant et étroit immeuble de l’avenue Parmentier est l’ultime implication de Xavier Schœllkopf dans le monde de l’habitat populaire, auquel il s’était intéressé dès 1898 et pour lequel il connut une certaine notoriété dans la presse de l’époque. Il permet de penser que la carrière de ce créateur singulier ne s’est pas s’être déroulée de façon parfaitement régulière, pouvant le conduire à passer d’un hôtel particulier fastueux à des constructions ouvrières, puis à revenir à une architecture bourgeoise avant de retourner dans les quartiers plus humbles de la capitale.











L’édifice présent témoigne de cette très capricieuse diversité de son travail... et de la confusion qui pourrait en résulter. Car l’édifice, visiblement destiné à une population modeste, singe avec un certain humour la belle architecture éclectique, pastichant même le propre immeuble qu’il avait élevé au 29, boulevard de Courcelles, en 1901-1902. Dès la sortie de la station “Parmentier” du métropolitain, on est saisi par la silhouette de guêpe de la façade d’angle, où ne se distingue véritablement que la fenêtre du comble, fortement galbée. Cette impression d’élégance et de grâce se confirme sur l’avenue Parmentier (car on oubliera la façade arrière, où Schœllkopf n’a rien fait pour enrichir les ouvertures des pièces de service) : les deux bow-windows y sont pareillement décorés, mais en imitant ouvertement l’architecture de l’époque Louis XV. Très simplement, ou volontairement “trop” simplement. En effet, l’originalité de l’artiste vient d’une décoration minimaliste cherchant à évoquer les meilleurs modèles du XVIIIe siècle, au moyen d’une grosse fleur stylisée, entre deux sobres enroulements parfaitement Art Nouveau. Ailleurs, d’autres résurgences du style Rocaille, mâtinées de pures inflexions 1900, apportent, avec le minimum de moyens, un enrichissement décoratif apparemment amplement nécessaire.











Malgré la destination populaire de l’immeuble, il a été entièrement conçu en belle pierre de taille, et ses deux premiers étages ont même été agrémentés d’une surface bouchardée, où les signatures de l’architecte et de l’entrepreneur apparaissent comme incrustées dans de faux cartouches.
Car cet entrepreneur a fièrement signé cette façade, à égalité avec l’architecte : “L. Rouffet / entrepreneur”. En retrouvant la publication de la demande de permis de construire, à la date du 17 avril 1908, il n’est pas difficile de déduire que cet entrepreneur était également le propriétaire de l’édifice. Il y est en effet mentionné, avec son adresse : “Rouffet, 90 avenue Parmentier”. Il s’était donc déclaré comme habitant sur la parcelle. Sans doute y faisait-il remplacer la construction plus modeste qu’il habitait jusqu’ici puisque, dans les mêmes demandes de permis, on retrouve en 1881, à propos d’un bâtiment de rapport projeté au 4, rue Castex, dans le IVe arrondissement, un certain “Rouffet, entrepreneur, 90 avenue Parmentier” qui en était aussi propriétaire. On peut imaginer que Schœllkopf ne travailla pas forcément pour la même personne, et peut-être plus logiquement pour un parent plus jeune, mais il est certain qu’à cette adresse, avant 1908, vivait une véritable famille d’entrepreneurs de travaux publics.


La porte d’entrée nous conforte dans l’idée que la décoration toute entière de cet immeuble doit être considérée comme un délicieux canular, ou une critique amusée de l’architecture traditionnelle, par son caractère volontairement impersonnel, tant dans la porte elle-même que dans ses ferronneries ou son chambranle. Elle ouvre néanmoins sur un charmant petit vestibule, où un Art Nouveau très simple reprend soudain ses droits, tant dans la décoration de l’entrée de la conciergerie que la délicieuse ornementation florale du plafonnier, même si son ampoule n’est plus protégée par le moindre globe de verre, probablement cassé et disparu depuis longtemps.

mercredi 4 avril 2007

9 rue Chanzy (11e arrondissement)


Attention, petit chef-d'oeuvre ! On ne s'y trompa d'ailleurs pas à l'époque, puisque A. Raguenet consacra une partie du 170e numéro de ses "Monographies de bâtiments modernes" (malheureusement jamais datées) à cet exquis petit hôtel particulier, construit par Achille Champy, alors domicilié 16 rue d'Arvon, pour M. Léon. Le permis de construire fut demandé le 11 avril 1902.
L'édifice a miraculeusement traversé un siècle sans subir un seul dommage et son aspect actuel reste identique au dessin publié au début du XXe siècle. Pourtant, à considérer la construction très moderne, en briques claires, qui le borde sur la gauche, on peut imaginer que son destin a pu être plusieurs fois menacé depuis sa construction.


Pourquoi un chef-d'oeuvre ? Tout simplement parce que cette pittoresque maison détonne complètement dans le paysage de l'Art Nouveau parisien. La structure de la façade évoque irrésistiblement les petits hôtels étroits de Bruxelles, et la forme même des ouvertures nous rappelle le style de l'école de Victor Horta, chef de file de l'école belge. La haute fenêtre percée dans le toit évoque aussi la Belgique, mais également certaines constructions de Nancy. L'alternance de pierre et de briques est d'ailleurs très caractéristique du modernisme septentrional. Pourtant, l'étonnante sculpture végétale se rapproche plus volontiers de l'univers catalan, notamment les curieuses excroissances organiques de Puig y Cadafalch ou même du premier Gaudi. De toute évidence, Champy a vu et assimilé les nouveautés de son époque. Mais, pour cet hôtel, il chercha plus volontiers son inspiration dans l'oeuvre de ses confrères étrangers, sans doute alors peu familiers du grand public - car peu publiés en France -, mais certainement bien connus du petit monde des architectes.



Nous retrouverons certainement, plus tard, ce bien intéressant artiste, aujourd'hui totalement oublié. Car il nous a laissé d'autres édifices Art Nouveau de belle qualité, même s'ils sont loin d'avoir l'originalité du petit hôtel de la rue Chanzy.