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dimanche 25 octobre 2009

62 route de la Reine (Boulogne-Billancourt, Hauts-de-Seine)


Au moment où j’ai commencé à m’intéresser à l’Art Nouveau, j’habitais à Boulogne-Billancourt. A l’époque, on parlait à peine du style des années 1925, qui est devenu, grâce à de très louables bonnes volontés et la publication de judicieux parcours, la raison principale d’une visite de la ville sur un plan architectural. Aussi n’allais-je pas regarder les maisons du Corbusier, de Perret ou de Lurçat, mais plutôt celle-ci, peut-être l’une des rares choses intéressantes sur cette large artère un peu austère.

Non signée, elle présente des rapprochements troublants avec l’œuvre de Guimard, en particulier les remplissages très japonisants, en arc-de-cercle, de certains panneaux de l’étage, les toitures en surplomb, le goût pour la polychromie et la variété des matériaux, autant que les faisceaux de bois qui surmontent élégamment la grande pièce du dernier étage, émergeant de motifs très singuliers, évoquant presque le profil de gueules de requins menaçants. Chez Guimard, on trouve des indices de tout cela dans la maison Coilliot, à Lille, ses villas normandes, et même au Castel Béranger.
Mais, assurément, les ferronneries apparaissent ici plus “espagnoles” que purement guimardiennes, les éléments floraux n’appartiennent en rien au langage généralement abstrait du maître de l’Art Nouveau. Et si, par-ci, par-là, les idées semblent intéressantes, elles ne sont jamais totalement convaincantes.

Il est vrai que la propriété a beaucoup souffert. Je pense encore me souvenir de son entrée originelle - et originale - dont l’imposte se prolongeait jusqu’au mur de clôture grâce à un grand arc de cercle, très audacieux. Aujourd’hui, cette entrée a été close par de la maçonnerie, lui ôtant son principal attrait. Les abords étaient aussi plus dégagés et les panneaux publicitaires n’existaient pas... Pas plus que n’existaient les bestioles en céramique qui habitent sur le toit et qui n’ont jamais fait partie du projet initial.

Pendant un certain temps, une réelle curiosité s’éleva autour de cet édifice singulier, très dessiné, fruit de multiples influences, dénué d’unité mais pas du tout privé de charme. Qui avait bien pu l’édifier ? La réponse vint, comme parfois, de ces feuillets de dessins gravés, publiés par Raguenet, où nombre de curiosités parisiennes, provinciales et même étrangères firent parfois leur seule et unique apparition dans la presse de l’époque. Nous y trouvons effectivement la maison du 82, route de la Reine (c’était à l’époque une simple “avenue”) dans le n°179, paru vers le milieu de l’année 1905, ce qui pourrait justifier sa date traditionnellement située autour de 1902.

Son auteur n’est évidemment pas Hector Guimard, mais Alexandre Barret (1863-1921), dont nous avons déjà rencontré une œuvre, dans le VIIe arrondissement de Paris. Pourtant, l’essentiel du travail de cet architecte fut boulonnais : il y construisit plusieurs écoles, le théâtre, la maison de repos... Apparemment vite adepte d’un style “pittoresque” dont il est un représentant important, il ne s’adonna à l’Art Nouveau qu’à de très rares occasions, et avec des bonheurs divers : le dessin d’une cheminée intérieure, figurant dans la publication de Raguenet, permet de juger de sa compréhension un peu confuse et brouillonne du style “moderne” de son temps, pour lui simple dérivé baroque du pittoresque et non pas style “noble” en lui-même.

On ignore le nom du commanditaire de la maison, mais on doit douter que l’architecte l’ait édifiée pour lui-même. Certes, la position de la propriété n’était sans doute pas inintéressante, mais le style de la villa ressemble peu à celui qui lui paraît plus habituel, sobre, ample, aux proportions toujours parfaites, et où les petits détails singuliers n’apparaissent jamais artificiellement plaqués.

P. S. : Un sympathique correspondant (pardon pour ce qui m'apparaît ici comme un vrai pléonasme !) m'a fait remarquer que la plaque de maison, certainement originelle, provient, très certainement, de l'entreprise Gentil et Bourdet, implantée à Boulogne-Billancourt.

mercredi 2 mai 2007

16 bis avenue Elisée-Reclus (7e arrondissement)


Après les excentricités de Lavirotte, l'immeuble d'Alexandre Barret (1863-1921) paraîtra d'une sagesse un peu nue, mais ô combien salutaire et rafraîchissante. Cet architecte est suffisamment rare à Paris pour mériter un petit détour. Resté adepte du rationalisme cher à Viollet-le-Duc et Anatole de Baudot - qui prônait un retour à l'authenticité de l'architecture, et dont l'Art Nouveau s'est maintes fois réclamé -, on le connaît surtout pour quelques belles réalisations à Boulogne-Billancourt -où il fut architecte municipal -, en particulier une charmante petite maison sur l'avenue de la Reine, miraculeuse préservée, la salle des Fêtes et la maison de repos de la rue des Abondances. Barret laisse toujours clairement apparaître les lignes de force de ses constructions, principalement conçues comme des volumes clairement reconnaissables en façade, auxquels le décor, toujours sobre, est complètement soumis. Ici, sur l'avenue Elisée-Reclus, le porche d'entrée est parfaitement isolé et la cage d'escalier signalée par une forte saillie ; sur le Champ-de-Mars, les espaces sont soulignés par un jeu d'arcs au rythme joliment irrégulier. En somme, un petit bijou tout simple, où les éléments sculptés ou colorés - quelques carreaux et panneaux de Bigot - restent toujours très discrets.
Il n'a pas été simple de retrouver la date de construction de ce bel immeuble. Par chance, il a été plusieurs fois publié à son époque, et notamment dans les "Monographies de bâtiments modernes" de Raguenet (n°241). Celles-ci nomment clairement l'architecte, mais ne font qu'évoquer sommairement le propriétaire, sous le nom de "M. de T...". Ces quelques informations suffisent heureusement à retrouver la demande de permis de construire, à la date du 11 avril 1907. Cette fois, l'architecte n'est même pas mentionné, mais le commanditaire est plus précisément identifié : de Tavernier, demeurant alors au 67, rue de Prony. La publication de Raguenet apporte plusieurs autres précisions intéressantes. En premier lieu, que l'édifice fut conçu comme un vaste hôtel particulier, mais avec la singularité des deux derniers étages, qui étaient proposés à la location. Ensuite, grâce à ses beaux dessins, elle propose des vues d'un majestueux grand salon, ouvert sur le jardin, d'un Art Nouveau joliment teinté de style roman, et nous apprend alors que le sculpteur ayant réalisé sa décoration était Pierre Seguin, un bel artiste qui collabora à plusieurs autres belles maisons de style 1900.Ce salon existe-t-il toujours aujourd'hui ? On aimerait l'espérer.