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samedi 4 octobre 2008

Jeu 2008 - Envoi n°19 : 81 Fulham Road (Londres - Grande-Bretagne)


Second envoi de D. M., il m’a été un peu plus difficile de retrouver les coordonnées de cette étrange curiosité londonienne que pour le pub “Fox & Anchor”. Mais enfin... on parvient à tout avec un peu d’effort.
Evidemment, la Michelin House n’était pas, à l’origine, ce qu’il est aujourd’hui, c’est à dire un restaurant, un bar à huîtres et un café. Il s’agissait bien, lors de sa construction en 1909, du siège londonien de la maison Michelin. On n’en connaît pas le nom de l’architecte, qui était peut-être exclusivement attaché à la firme.
Comment pourrait-on exactement définir le style de cet édifice à la fois commercial et publicitaire ? Son décor en céramique et ses éléments en ferronnerie appartiennent bien au monde de l’Art Nouveau, mais ses vitraux sont déjà Art Déco, comme la ligne générale du bâtiment. Evidemment, la déclinaison amusant du motif du pneu - et du personnage qui en est composé - rend l’appréciation stylistique plutôt difficile, mais donne incontestablement à l’ensemble une évidente originalité : le vitrail montrant Bibendum en boxeur est une fantaisie réellement désopilante, qu’il ne s’agirait pas de manquer si vous allez sur Fulham Road.

La maison Michelin a joué pleinement la carte de la couleur, celle des briques vernissées et des faïences, qui donnent ainsi des tons rouge, jaune, vert, bleu et blanc, mais aussi celle des carreaux “historiés”, évoquant les principales courses automobiles où, n’en doutons pas, les pneus Michelin ont dû faire des exploits ! Ces petits paysages animés ont une grâce naïve, renforcée par leur encadrement végétal, typiquement Art Nouveau.

D’après ce que j’ai cru comprendre, la maison Michelin a déserté les lieux en 1985. Leur transformation en restaurants les ont donc sauvé d’une éventuelle menace de destruction, et le maintien de l’essentiel du décor intérieur, étrangement anachronique pour des amateurs d’huîtres. Mais on ne s’étonnera évidemment pas qu’on peut y déguster de la cuisine française. Un tel lieu ne pouvait tout de même devenir un fast food !

La Michelin House n’a évidemment aucun rapport avec l’Art Nouveau londonien. Ce que j’ai pu suggéré précédemment sur le Modern Style anglais ne s’applique pas à cet édifice, conçu par des Français et probablement construit avec des matériaux venus du continent. Les petites scènes de courses automobiles, d’ailleurs légendées en français, ont certainement été fabriquées chez nous, peut-être dans une de ces faïenceries de l’Est, alors si florissantes.

PS (10 octobre 2008) : Un généreux correspondant nous informe que l'architecte de cette curiosité s'appelerait François Espinasse. Merci à lui.

Jeu 2008 - Envoi n°18 : 115 Charterhouse Street (Londres - Royaume-Uni)


L’Art Nouveau à Londres est toute une histoire, originale et compliquée. Originale, d’abord, parce que l’Art Nouveau britannique trouva une profonde assise dans le mouvement Arts & Crafts, qui avait récemment - et brillamment - renouvelé les arts décoratifs en s’appuyant fortement sur la longue tradition médiévale anglaise, au niveau des formes et de l’iconographie, autant que par l’esprit. De ce point de vue, on s’aperçoit que, de ce côté-là de la Manche, on ne fut jamais adepte de la moindre rupture, et l’évolution artistique se fit toujours dans un souci constant d’une certaine continuité. La complication, pour sa part, vient de l’ombre portée sur le style 1900 par la formidable exception que représente la modernité de Mackintosh à Glasgow et qui, pour beaucoup, suffit à résumer et à représenter l’Art Nouveau dans le Royaume-Uni.

Ce qui a pu être construit à Londres autour de 1900 est donc difficile à apprécier d’un simple coup d’œil. D’abord, il n’est pas très important, et il subit assurément une certaine influence continentale qui lui donne une sympathique étrangeté. On pourra facilement s’en convaincre en allant voir ce qu’il y reste des œuvres pionnières de Charles Harrison Townsend (1851-1928)). La Whitechapel art Gallery, imaginée dès 1895, est malheureusement aujourd’hui partiellement défigurée, ayant perdu sa superbe mosaïque de Walter Crane. Heureusement demeurent intact le Horniman Museum, commencé en 1896. On n’oubliera pas non plus d’aller jeter un coup d’œil à la fameuse fontaine de Piccadilly Circus, œuvre du sculpteur Gilbert, fantastique représentant de la sculpture Art Nouveau anglaise et auteur génial du tombeau du duc de Clarence dans la chapelle de Windsor.

Le pub “Fox & Anchor” (Renard et Ancre, en français) m’a été envoyé par A. M., sans aucune information, ni même une adresse précise. Mais enfin... On arrive toujours à retrouver les informations, en y prenant le temps. Quant à la date de cet édifice, de 1898, on peut la lire sur les carreaux de son fronton, où figurent évidemment, et en bonne place, le fameux renard et l’ancre qui donnent leur nom à l’endroit...

Avec une certaine subtilité, cette façade mêle avec virtuosité un ensemble assez composite d’influence diverses, entre moyen âge - représenté par les gargouilles, les fenêtres à meneaux - et orientalisme - la fenêtre centrale du premier étage. Mais le couronnement en céramique évoque plus spécifiquement certains immeubles de Prague, et plus généralement d’Europe centrale. Pour ce qui concerne le détail du décor, sobre et discret, mais finalement assez luxuriant une fois qu’on l’a remarqué, il oscille entre une influence franchement continentale - les têtes de femmes sont presque “italiennes” - et un style typiquement anglais, où la flore, fortement stylisée, se plie aux exigences d’une élégance extraordinairement graphique.
La seule vue qui m’a été envoyée de l’intérieur montre le détail d’un revêtement magnifique en céramique, dans des tons typiquement britanniques, brillants sans jamais être agressifs. et toujours avec ce sens du graphisme qui ne peut être qu’anglais.