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jeudi 17 mai 2007

14-16 rue du Louvre et rue Bailleul (1er arrondissement)














Frantz Jourdain a été une des figures majeures de l’architecture française, après la mort de Charles Garnier, survenue en 1898. En bon héritier de l’école rationaliste, il avait très tôt critiqué, dans un roman fort divertissant rapidement devenu célèbre, l’Atelier Chantorel, l’ensemble du système académique de l’école des Beaux-Arts. La jeune génération reconnut en ce polémiste un véritable père spirituel, et l’Art Nouveau y trouva un de ses meilleurs défenseurs. L’esprit progressiste de cette forte personnalité alla jusqu’à le conduire à fonder le Salon d’Automne en 1903, déçu par les Salons officiels déjà existants, que l’art moderne avait en grande partie désertés.
Néanmoins, ce théoricien talentueux fut un architecte très paradoxal, capable d’élever des châteaux ou des hôtels particuliers dans tous les styles historiques possibles, en même temps que la fameuse Samaritaine qu’il lui assura la gloire.
C’est d’ailleurs pour Cognacq, le propriétaire de ce grand magasin et son principal commanditaire parisien, qu’il projeta cet immeuble tardif, dont la demande de permis fut publiée le 6 octobre 1910.

Jourdain s’y montre fort habile, notamment dans la superposition des fenêtres des derniers étages, dans le dessin de certaines ferronneries - dont celle, superbe, de la porte d’entrée -, dans la délicatesse d’une sculpture discrète ou dans les curieux panneaux de béton nu, ornés de petits motifs floraux en céramique, qui colorent tout le soubassement du balcon du deuxième étage. On notera le détail singulier de la signature, reproduction exacte de l’écriture de Jourdain.

Rue de Rivoli, rue du Pont-Neuf, rue de la Monnaie, rue de l’Arbre-Sec et rue Baillet (1er arrondissement)


Il n’est pas très difficile de l’imaginer : l’histoire des magasins de la Samaritaine a été compliquée. D’abord parce qu’elle remonte, pour ce qui nous intéresse, à l’année 1891, et ne se termina qu’après la Première Guerre mondiale ; ensuite parce que Cognacq, devant le succès toujours grandissant de son entreprise, engagea régulièrement Frantz Jourdain, son architecte, à concevoir de nouveaux édifices, à les agrandir ou à les modifier. Il en vint même à lui commander, en 1914, une nouvelle annexe sur le boulevard des Capucines, connue sous le nom de “Samaritaine de Luxe”.
L’aventure commença au 5 rue Baillet. Le 21 mars 1891, Cognacq fit une demande de permis pour un premier édifice. Jourdain était déjà son architecte depuis plus d’un an, ayant dessiné, pendant l’été 1890, les communs de son hôtel particulier du 65, avenue du Bois-de-Boulogne (l’avenue Foch actuelle). Quelques temps plus tard, le 19 août 1895, une nouvelle demande fut publiée, afin de surélever le 17 rue de la Monnaie, puis une autre, le 2 décembre 1899, relative à l’agrandissement du bâtiment situé entre les rues du Pont-Neuf et de la Monnaie. Les 12 août 1901 et 23 décembre 1903, de nouvelles surélévations furent demandées, toujours dans ces mêmes bâtiments, tous situés entre la rue de Rivoli et le quai de Seine.
Mais la Samaritaine, telle que nous la connaissons, naquit véritablement le 5 février 1904, date d’une demande de permis pour un édifice complètement neuf, moderne, digne d’une entreprise extraordinairement florissante. Pourtant, le 22 février, Cognacq projettait encore de suréléver le 22, rue de l’Arbre-Sec, puis, le 12 août suivant, de construire des hangars et des magasins. Le 31, rue des Bourdonnais, fut surélevé à partir du 18 août 1905.
Le second magasin de la Samaritaine naquit en 1908 : le 7 décembre, la demande de permis fut publiée, pour une parcelle située entre la rue de l’Arbre-Sec, la rue Baillet et la rue de la Monnaie.












Comme Boileau l’avait jamais fait au Bon Marché, Frantz Jourdain employa des matériaux fonctionnels et modernes, principalement le métal et le verre. L’occasion fut pour lui idéale de s’engager enfin personnellement dans l’aventure de l’Art Nouveau, qu’il avait suivie et défendue sans y avoir encore vraiment participé. Il dessina ainsi de magnifiques tourelles métalliques et d’abondants ornements de façade, d’une rare complexité graphique. Malheureusement, toutes ces excroissances ont été détruites sans émotion, lorsque Henri Sauvage modernisa les bâtiments après la guerre -en partie en collaboration avec Jourdain lui-même -, nouveau signe du désir de l’entreprise d’être toujours au goût du jour. Les jolis panneaux de lave émaillée, très vivement colorés, qui étaient chargés d’égailler de longs alignements dans des rues étroites et sombres, furent alors recouverts d’un épais badigeon uniforme. Seule l’immense enseigne en mosaïque du magasin initiale, dessinée par Eugène Grasset, célèbre peintre et affichiste, continua à témoigner d’une splendeur passée, et définitivement disparue pour l’essentiel. Les panneaux de lave n’ont été retrouvés que récemment, à la suite d’une spectaculaire et expéditive restauration, mais très imparfaitement respectueuse d’un matériau très fragile.

A l’époque de la construction de la Samaritaine, l’Art Nouveau était déjà déclinant. Et l’arrivée de Jourdain sur la scène d’une architecture moderne n’allait rien y changer. Sans faire le procès d’un édifice enfin en conformité avec les idées qu’il défendait depuis plus de dix ans, on pourra au moins dire qu’il lui était relativement facile d’entrer dans la modernité avec un grand magasin. Ces bâtiments commerciaux, depuis longtemps, savaient attirer le client en excitant son regard. Et, surtout, sans empêcher leurs architectes de continuer à construire des pastiches de châteaux de la Loire ou des hôtels particuliers de style Louis XV pour la bourgeoisie d’affaires.

8 rue de Richelieu (1er arrondissement)


L’architecte Constant Lemaire, auteur de ce bel immeuble d’angle, n’a sans doute aucun rapport avec l’auteur des constructions de la rue de Capri, plus simplement prénommé “C. A.”, puisque nous savons, grâce à plusieurs autres demandes de permis, que la première initiale de ce dernier correspondait au prénom de Charles. En juillet 1909, le premier habitait d’ailleurs 66, rue Lafayette, et le second 1 bis, rue Bizerte. Peut-être appartenaient-ils à la même famille - les architectes constituant parfois de véritables tribus -, mais le nom de Lemaire ne semble pas suffisamment rare pour que nous en soyons convaincus.
Ce fut pour les héritiers Pepin Le Halleur que l’édifice de la rue de Richelieu, proche du Palais-Royal, fut projeté. La demande de permis de construire date du 2 août 1907 et l'édifice fut signé l’année suivante. Mais son aménagement intérieur ne fut véritablement achevé que dans le courant de 1909, ce qui paraît normal pour un édifice d'une telle importance, et qui était destiné à devenir un hôtel de voyageurs d'un certain luxe, au nom sans ambiguïté : le Royal Palace Hotel.












Il nous est encore une fois proposé une façade qui n’aurait pas paru incongrue à Nancy, où on trouve beaucoup de comparables loggias et de semblables pinacles, tous d’influence gothique.
L’architecte a porté l’essentiel de son attention à l’angle de la construction, en hérissant son premier étage de puissants contreforts, et en le couronnant d’un pinacle largement plus élevé que les autres. Afin de casser l’imposante verticalité de cette façade, il décora le fond de la loggia d’un mur de briques rouges, évitant toute monotonie en accentuant son effet de creusement. Comme souvent dans ce type d’édifices, où les lignes architecturales sont prioritairement mises en valeur, le décor sculpté est volontairement réduit à quelques modestes fleurettes, servant plus à souligner qu’à enrichir.
Derrière cette façade d'un Modern Style de très bon aloi - et devenu presque banal à la date des travaux - se cachait une très simple, mais ingénieuse, disposition des chambres. Chacune donnait sur une des trois rues où l'hôtel était implanté, et n'était séparé de la cour intérieure que par un long couloir continu. Afin d'éviter les bruits de passage et de service, elles étaient toutes précédées d'un petit cabinet de toilette. Et les salles de bain offraient une autre isolation sonore, cette fois entre les chambres elles-mêmes. Pour ceux que cela intéresse, le numéro du 30 juillet 1910 de la "Construction Moderne" en reproduit les plans, ainsi que quelques photographies.