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vendredi 4 avril 2008

23-23 bis rue Morère (14e arrondissement)


Pour aujourd’hui, laissez-moi vous raconter une histoire peut-être bien singulière. Intitulons-la : “Le mystère Bergounioux”.
Que personne ne connaissait Maurice Bergounioux jusqu’à aujourd’hui, cela paraît presque normal, tant cet architecte semble n’avoir rien fait pour laisser son nom dans le grand livre de l’histoire. De plus, il a fort peu construit à Paris. Mais c’est pourtant une petite injustice que j’aimerais ici réparer, tant on peut être séduit par ses deux édifices de la rue Morère.
Comment ai-je connu son existence ? Révélons pour cela un “secret”, puisque je m’intéresse au fameux concours de façades de la ville de Paris, sur lequel je prépare une étude. Rappelons, en deux mots, que ce concours, initié en 1898, interrompu pendant la guerre de 1914, s’arrêta à la fin des années 1930. Tous les ans, six primes étaient attribuées aux immeubles achevés dans l’année qui proposaient des façades “artistiques”. Les architectes et les entrepreneurs recevaient une médaille, et le propriétaire était exonéré de la moitié des frais de voirie.
Certes, Bergounioux ne fut jamais primé dans cette compétition. Pourtant, ayant eu l’idée de présenter ses deux récents immeubles pour l’édition de 1899, il eut ainsi l’honneur de figurer dans un bel album répertoriant tous les édifices proposés, cette année-là, pour l’obtention des six primes annuelles.

Le premier, au n°15, fut déclaré le 18 mai 1898 par M. Mignet. Son éclectisme de bon aloi est relevé par d’intéressantes touches de couleur, grâce à des remplissages en brique rouge et à de gros ornements en faïence, dont d’amusants tournesols très stylisés, entourés de deux branches de laurier.
Bon, me suis-je dit... encore un immeuble comme on en construisait alors par centaines. Sauf que l’ajout pittoresque de la couleur m’a, sur place, rendu l’artiste déjà plus intéressant qu’il ne semblait l’être à première vue.

Le 23-23 bis de la même rue fut construit pour MM. Dioudonne et Girardin. La demande de permis fut publiée le 16 août 1899. Ce double immeuble fut donc construit en moins de six mois, le règlement du concours n’autorisant d’y inscrire que des édifices strictement achevés avant la fin de l’année civile.
L’image du recueil montrait une construction d’une très amusante variété, principalement caractérisée par de larges bow-windows entièrement couverts de vitraux, dans des huisseries aux allures de dentelle ! Les bases de ces deux saillies étaient ornées de têtes barbues, émergeant d’imposants buissons de fleurs.

Mais l’image du recueil retint plus particulièrement mon attention pour ses deux portes d’entrée, aux battants ouverts, dont la ligne générale me rappela immédiatement le motif beaucoup plus connu... de l’entrée du Castel Béranger de Guimard, immeuble qui avait gagné, rappelons-le, une des primes du premier concours de façades, en 1898.
La similitude n’est certainement pas fortuite. On reconnaît, aux deux adresses, le même arc largement surbaissé, d’un dessin superbement élégant, se terminant par deux colonnes surélevées. La principale différence entre la rue La Fontaine et la rue Morère est que, dans le modèle de Guimard, les colonnes ménagent des espaces latéraux très ouverts, faisant de l’entrée de l’immeuble un véritable vestibule en plein air. Chez Bergounioux, malheureusement, ces colonnes sont d’un dessin sans grande originalité, restant assez ordinaires, et demeurent banalement collées au mur.

Afin de vérifier cette troublante analogie, je me suis évidemment précipité dans le XIVe arrondissement ! Les bow-windows y existent toujours, même si l’un d’entre eux a perdu ses huisseries et ses vitraux. Les barbus narguent toujours les passants. Et on reconnaît encore les très simples ferronneries, d’un dessin néanmoins assez intéressant.
Mais qu’était-il donc arrivé aux deux entrées si singulières, qui avaient tant attiré mon regard ? Tout a été refait, dans un style malheureusement très conventionnel, et la singulière référence à Guimard y a définitivement disparu. Ce qu’on peut voir aujourd’hui apparaît pourtant conforme à ce qu’on faisait dans les dernières années du XIXe siècle ; cette modification n’est donc pas largement postérieure à la réalisation initiale, et Bergounioux en est certainement lui-même l’auteur. On y reconnaît d’ailleurs les assez plaisantes portes en bois, avec leurs jours étranges, qu’on pouvait deviner sur la photographie de 1899.











S’il y eut une nouvelle intervention, à quoi la doit-on ? Ou plutôt... à qui ? Il n’est pas un mystère que Guimard était d’un caractère parfois très irascible et qu’il veillait à parfaitement protéger ses créations. Ce qui fait qu’il n’a pratiquement pas été imité et qu’il n’eut pas d’élèves. Contraint de livrer une assez précoce reproduction de l’entrée du Castel Béranger, devant accompagner un article de Louis-Charles Boileau, il avait néanmoins pu conserver secret, jusqu’à l’achèvement de son immeuble, le dessin de l’étonnante grille qui devait orner le centre de ce qui fut, pendant deux ans, un trou béant.
Bergounioux a certainement vu le dessin de l’article de Boileau : les revues d’architecture n’étaient alors pas très nombreuses, et les professionnels les lisaient. Malgré le protectionnisme de son auteur, la fortune graphique de la porte du Castel Béranger fut certaine : on en retrouve des échos pendant toute la période de l’Art Nouveau et Lavirotte en proposa d’ailleurs lui-même une intéressante variation pour l’hôtel de la rue Sédillot, dès le début de l’année 1898.
Mais, dans le cas de la rue Morère, il s’agissait visiblement d’un pastiche éhonté et Guimard, s’en étant aperçu - car il devait également lire les ouvrages qu’on publiait alors sur l’architecture -, ne serait-il pas intervenu, en menaçant éventuellement le pauvre architecte de suites judiciaires, afin que son invention ne soit pas aussi ouvertement reprise... et en deux exemplaires, de surcroît ?
C’est bien la seule explication qu’on peut avancer pour expliquer le fait que ces entrées, réalisées (puisque photographiées), ont ensuite été entièrement refaites, dans un style malheureusement moins audacieux, et sans doute plus conformes à l’art naturel de leur auteur.











L’histoire de Bergounioux n’est bizarrement pas un cas unique. En 1911, Clément Feugueur fit bien pire encore, puisque son immeuble du 31 avenue Félix-Faure reproduit, presque à l’identique, celui qu’avait édifié Maurice Du Bois d’Auberville en 1908, au 1-5 avenue Mozart (voir l’article que j’ai déjà consacré à cette belle réalisation du XVIe arrondissement pour plus de détails). Cet emprunt évident permit même à Feugueur de gagner une prime au concours de façades de 1911 ! Du Bois d’Auberville protesta, évidemment, mais sans doute avec moins de virulence que Guimard, car le plagiaire garda malgré tout sa prime et sa médaille...
Le pauvre Bergounioux fut donc le seul à avoir fait les frais du caractère sourcilleux d’un confrère...

mardi 4 septembre 2007

19 rue Octave-Feuillet (16e arrondissement)


C’est à l’occasion de ce projet d’immeuble que le gracieux architecte Du Bois d’Auberville fit la connaissance de Mlle Baconnier, pour laquelle il allait plus tard (en 1911) construire le ravissant petit hôtel de la rue Alfred-Dehodencq dont nous avons déjà parlé. Il est probable que le produit de la vente des appartements de la rue Octave-Feuillet avait alors permis la construction de l’hôtel. Il n’est d’ailleurs pas inutile de signaler que l’édifice qui nous intéresse ici est situé à l’angle de la même rue Alfred-Dehodencq : les deux constructions ne sont donc distantes que de quelques mètres.
Pendant plusieurs mois, les revues artistiques ont vantés les qualités et les commodités de cette construction, sous la forme d’une publicité comportant des photographies. Gentil et Bourdet, auteur des mosaïques de grès qui colorent les derniers étages y sont, à l’occasion, clairement cités.












Si la demande de permis de construire fut publiée dès le 10 juin 1908, l’immeuble ne fut pas achevé avant 1910, signe probable que sa longue réalisation s’accompagna d’un grand souci de qualité. Nous en voulons d’ailleurs pour preuve la finesse de son décor sculpté, mélangeant plusieurs essences de fleurs, tant sur les arêtes des bow-windows qu’autour des fenêtres du premier étage. Ailleurs, pour animer de larges parois aveugles, ces fleurs se répandent en grappes sinueuses, enroulées autour de rubans.
Mais l’élément assurément le plus remarquable de ce très gracieux décor est l’admirable paon de pierre, qui déploie la roue de sa queue au-dessus de la porte d’entrée. Tous les yeux de ses plumes sont délicatement détaillés, dans une composition à la fois simple et remarquablement équilibrée.

Bon, voilà. Tout est bien, me direz-vous... encore un joli immeuble à mettre dans la besace. Pourtant, et malgré son charme, le bâtiment actuel semble privé de quelque chose. Son élégance trop sage paraît bien surprenante de la part d’un architecte aussi inventif que Du Bois d’Auberville. Que dire, en effet, de ses deux derniers étages, anguleux comme des lames de rasoir, en totale contradiction avec les courbes souples qui caractérisent les niveaux inférieurs ? La publicité déjà mentionnée, ainsi qu’une carte postale reproduisant une photographie réalisée à la fin du chantier, ici extraite de ma petite collection personnelle, apportent - hélas - une assez consternante explication. En effet, on y voit immédiatement que, à l’origine, l’angle de l’immeuble s’achevait avec deux délicates tourelles, autour d’un surprenant salon vitré, coiffé d’une toiture joliment ourlée comme une corolle de fleur. Le tout était orné d’autres panneaux en mosaïques de grès, ce qui explique pourquoi l’intervention de Gentil et Bourdet apparaît aujourd’hui d’une modestie peu naturelle. Ainsi, pour gagner une importante surface habitable, on se contenta de raser les deux derniers étages, véritablement luxueux, pour les remplacer par des niveaux d’appartements plus fonctionnels, à la surface habitable considérablement augmentée, financièrement intéressante. Néanmoins, l’extraordinaire auteur de ce pitoyable massacre eut la judicieuse idée de les réaliser en retrait, rendant relativement discrète son intervention destructrice. Mais cela n’interdit pas de s’apercevoir malgré tout qu’il manque désormais quelque chose d’important à l’immeuble originel, tout simplement amputé de son couronnement, comme si on s’était contenté de prélever le sommet d’un gros gâteau. En espérant que la pâtissière ne s’en apercevrait pas !

On regrettera d’autant plus la suppression de ces étages, qui étaient évidemment la partie la plus originale de toute la maison, qu’ils évoquaient à eux seuls une sorte d’Orient de fantaisie, évoquant plaisamment le merveilleux Art Nouveau de Turquie, celui qu’on peut encore admirer à Istanbul ! La couleur, en ce sens, renforçait certainement cette impression d’exotisme, dont on connaît peu d’autres exemples à Paris. Pas très éloignée de l’ancien palais du Trocadéro, ennuyeux mais ouvertement orientalisant, l’œuvre de Du Bois d’Auberville en proposait une variation infiniment plus ludique et poétique, à une échelle humaine. Dans les années 1960-1970, elle dut malheureusement paraître trop ancrée dans son époque, et son pittoresque charmant, alors considéré comme totalement désuet, fut sacrifié sans émotion.

lundi 2 juillet 2007

3 rue Alfred-Dehodencq (16e arrondissement)


C’est pour une demoiselle, Mlle Baconnier, que le très élégant Du Bois d'Auberville conçut ce ravissant hôtel particulier. L’œuvre est tardive, puisque la demande de permis de construire ne fut pas publiée avant le le 27 mars 1911. Elle n’est malheureusement signée, ni de l’architecte, ni de Pierre Seguin, le sculpteur qui lui fut longtemps fidèle.
L’édifice se signale par un mélange de simplicité parfois austère et d’exubérance réjouissante, dont Seguin se chargea presque entièrement. Ainsi, à côté d’éléments très sobres, simples ponctuations destinées à souligner les lignes principales de la composition architecturale, nous trouvons de véritables reliefs naturalistes, en particulier sous forme de panneaux, placés entre les fenêtres des étages intermédiaires. Le petit bow-window central, véritable axe visuel de la façade, fait l’objet d’une décoration particulièrement soignée, avec son amusante et ingénieuse jardinière de pierre.



Mais c’est l’entrée de la maison qui retient essentiellement l’attention. Les deux portes - clairement singularisées par leurs largeurs différentes - sont reliées par un motif floral d’une surprenante mise en page, certainement inspirée par la façon dont on illustrait alors certains journaux, par des bandeaux ornementaux au format étroit clairement japonisant. Le tympan, pour sa part, propose une ravissante jeune femme - évocation certaine de la commanditaire, à défaut d’y supposer un portrait véritable -, perdue au milieu des champs et saisissant de sa main droite une gerbe de blés. Le style de Seguin s’y retrouve entièrement, dans le détail très précis des fleurs comme dans l’élégance raffinée de tous les motifs.

jeudi 17 mai 2007

1-5 avenue Mozart et 36-38 rue Bois-le-Vent (16e arrondissement)


Le programme n’était pas facile : construire trois immenses bâtiments, à l’entrée de l’avenue Mozart, et dominant un très large carrefour. C’est ce que désirait M. Castan, leur commanditaire, qui en fit publier la demande de permis, le 11 novembre 1909. De façon amusante, l’architecte raffiné qu’il avait choisi fut alors appelé “du Bois de Suberville”, et non Du Bois d’Auberville, comme il est bien indiqué sur les façades.













L’architecte s’est magnifiquement tiré de ce chausse-trappe en créant de puissantes scansions, sur ses larges façades, grâce à plusieurs travées en encorbellements, décorées de beaux occuli superbement fleuris, aussi abondamment que les larges gaines de ces saillies. Le sculpteur du décor floral, composé d’une infinité de variations autour de la fleur et de la tige de volubilis, est clairement nommé sur les murs : Seguin, qui signa aussi quelques-unes des plus belles façades du même arrondissement.
Les portes d’entrée signalent de beaux immeubles bourgeois, avec leurs grandes vitres protégées par de majestueuses ferronneries, et leurs poignées en bronze doré, créations remarquables d’équilibre et d’originalité.