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samedi 30 août 2008

Jeu 2008 - Envoi n°11 : 75 Digue de Mer (Dunkerque - Nord)


Terminons notre petite visite de Dunkerque, toujours en compagnie de O. P., avec deux édifices de Jules Potier (1872 -1926). Cet architecte était le neveu de Gabriel Pagnerre, architecte très fécond dans le département du Nord.
Potier semble avoir été plus spécifiquement attaché à la ville de Dunkerque, et plus spécialement à ce quartier très singulier de Malo-les-Bains qui, incontestablement, mérite une petite visite.

Sur la Digue de Mer, où furent construites tant de jolies villas aujourd’hui disparues, Potier a conçu, vers 1905, la maison “Quo Vadis”, au n°75. Sa conservation apparaît aujourd’hui exceptionnelle, même si elle ne nous est pas tout à fait parvenue dans son état d’origine, tant les destructions et “rénovations” ont affecté cette partie de la ville. Si elle a perdu son balcon métallique, au premier étage - remplacé par un élément vitré d’un dessin très médiocre, sur lequel le nom de l’édifice a été stupidement ajouté une seconde fois -, elle a heureusement pu sauvegarder l’essentiel de son décor en tôle émaillée, aux couleurs douces et au graphisme séduisant.

La maison vaut surtout pour des formes originales, rondes autour de la fenêtre du deuxième étage, plus “chinoises” au niveau supérieur. Malheureusement, une surélévation lui a fait perdre, à une époque déjà ancienne, ses jolies tuiles vernissées et le clocheton qui achevait de donner une silhouette élégante à cette construction toute simple.
Mais on peut se satisfaire de ces quelques dommages du temps : en regardant la carte postale ancienne, on s’apercevra que la maison d’à côté a été plus sauvagement dénaturée...

Rassurons-nous au n°25 de la place Turenne, où Jules Potier a construit une charmante petite maison qui nous est parvenue dans un bien meilleur état. Si les briques utilisées n’avaient pas cette couleur soutenue qui signale bien les édifices du nord de la France, on pourrait facilement se croire dans une rue de Nancy. Potier a certainement connu, par la presse de l’époque, les constructions d’Emile André, dont les fenêtres ont parfois cette forme de cœur qu’on voit ici au rez-de-chaussée. A l’architecture nancéienne, Potier emprunta aussi le pignon néo-gothique, beaucoup plus rare dans la région des Flandres.

Le dessin de la façade est équilibré et les éléments Art Nouveau participent à l’impression de solidité assurée qu’on se doit d’y reconnaître. La seule petite coquetterie, charmante, qu’on pourrait éventuellement lui reprocher réside dans les deux minuscules visages qui apparaissent sous les colonnes du balcon du premier étage. Leur style ne serait pas incompatible avec le peu que nous savons de l’art de Maurice Ringot (voir l’article précédent) et nous ne serions pas surpris d’apprendre qu’il collabora à ce chantier : les sculpteurs “modernes” ne devaient pas être si nombreux que cela à Dunkerque, et Ringot a dû avoir pour lui l’essentiel du marché, dans le domaine de la sculpture “1900”.

Jeu 2008 - Envoi n°10 : 51 avenue Gustave-Lemaire (Dunkerque - Nord)


Puisque O. P. m’a envoyé des images de plusieurs édifices de Dunkerque, tous plus intéressants les uns que les autres, restons donc dans cette ville où l’Art Nouveau s’est développé d’une façon assez extraordinaire, principalement dans le quartier plus balnéaire de Malo-les-Bains.
La maison Ringot est une construction vraiment étonnante, joyeuse et inventive, couverte d’une multitude de petits motifs charmants, parmi lesquels on distinguera des bustes de jeunes femmes, au-dessus des deux fenêtres du rez-de-chaussée, des animaux, sur les tympans de celles du premier étage, et partout ailleurs des plantes envahissantes, principalement des roses et des tournesols.

Le style général de l’édifice est néo-gothique, mais les détails sont plutôt d’inspiration baroque, relevant de ce “style nouille” qui reste encore quelque chose de très surprenant et d’extraordinairement divertissant.
Le balcon du premier étage, paraissant sorti tout droit d’une scène de “Roméo et Juliette”, est un motif d’une grâce élégante, mais qui n’aurait jamais pu être construit au moyen âge, ni même au XVIIe siècle. Il n’est que fantaisie, caprice, décor, comme l’essentiel des surprenantes sculptures de cette façade.

Les auteurs de cette curiosité ont pour nom : Ringot. L’un était entrepreneur et l’initiale de son prénom était “E.” ; l’autre était sculpteur et se prénommait Maurice. Il semble évidemment probable que les deux hommes appartenaient à la même famille et que la maison fut construite pour l’un d’entre eux. L’importance du décor semble suggérer que ce fut pour le sculpteur lui-même, qui en conçut peut-être aussi le plan.

La façade était-elle polychrome à l’origine ? S’il est vrai que les rehauts de jaune qu’on y voit aujourd’hui permettent de souligner quelques jolis détails, cette coloration semble pour le moins excessive, accentuant le caractère tout de même un peu “kitsch” du décor. Pour ma part, je doute que les fleurs, les visages - et même quelques oiseaux isolés - aient pu avoir été teintés à l’époque de la construction. On peut imaginer que certaines lignes d’architecture avaient pu être alors légèrement soulignées, mais sans toutefois pousser trop loin une polychromie qui, à l’heure actuelle, ressemble presque à un “coloriage”. Il n’en reste pas moins que le résultat est singulier, amusant, surprenant, même s’il semble peu conforme aux intentions originelles des Ringot.
La porte d’entrée et sa fenêtre adjacente font l’objet d’un joli traitement, notamment au niveau du travail de ferronnerie. C’est dans le soubassement du balcon, qui sert aussi d’auvent à l’entrée de la maison, qu’on trouve les signatures des auteurs de l’édifice.

Maurice Ringot a collaboré à plusieurs monuments publics de Dunkerque. Celui qu’il réalisa pour le Cinquantenaire de Rosendaël - nom d’un autre quartier de Dunkerque - aurait pu disparaître si on n’avait pas eu la bonne idée de lui trouver un nouvel emplacement. En effet, construit en 1909 par l’architecte Arthur Gontier, il avait alors été installé devant l’église Notre-Dame-de-l’Assomption. En 1921, on déplaça cette singulière pâtisserie sur la place Voltaire, un peu plus au nord.

Jeu 2008 - Envoi n°9 : 18 rue de l’Ecluse-de-Bergues (Dunkerque - Nord)


Les Bains dunkerquois sont un drôle d’édifice. Ils avaient été conçus, en 1896, comme une sorte de petit palais arabe sur lequel aurait poussé une étrange cheminée d’usine. Trois architectes lillois furent associés pour dessiner cette curiosité : Louis Gilquin, Georges Boidin et Albert Baert (1). Elle contenait à la fois une piscine, un bains-douches et un lavoir public.

L’originalité du bâtiment, outre le fait de sacrifier à la mode de l’orientalisme - style de nombreuses maisons construites par les riches industriels de Lille, à la fin du XIXe siècle, qui ont malheureusement toutes été détruites -, tient à la forme de coquille de son entrée principale et à la présence pittoresque de faïences à la polychromie variée. Juste à côté de la sous-préfecture, le bâtiment avait de quoi surprendre. Et, malgré son état actuel, il peut encore exciter un regard attentif.

Car, hélas, les Bains dunkerquois ont très rapidement perdu coupole, minarets et cheminée. La piscine resta en activité jusque dans les années 1960, mais cela n’empêcha nullement le bâtiment de décliner progressivement. Inexorablement... Il est aujourd’hui fermé, muré, tagué, et son avenir semble d’autant plus incertain que la sous-préfecture pourrait profiter d’une éventuelle destruction pour s’agrandir. Du moins est-ce une information qui circule... Ainsi va la vie, où les édifices les plus singuliers sont toujours menacés de disparition.

Construit à une date un peu trop précoce, il ne s’agit pas encore d’un édifice Art Nouveau, malgré sa polychromie joyeuse et ses formes originales. L’influence orientale y est trop prédominante, jusque dans l’imitation du célèbre bleu des faïences arabes. Néanmoins, quelques détails annoncent déjà le style qui allait véritablement émerger, en France, à partir de 1898 : la belle anse de panier de la petite porte annexe, en particulier, se termine d’une façon qui ne demande qu’à devenir un de ces coups-de-fouet caractéristiques du Modern Style.
Merci à O. P. de nous faire découvrir cette étrangeté, et de nous inviter à aller y jeter un coup d’œil, avant qu’il ne soit trop tard.

Je profite de l’occasion pour signaler que, quelques années plus tard, Baert et Boidin - qui furent associés pendant une assez longue période - ont construit deux singulières maisons jumelles dans le quartier de Malo-les-Bains, sur la Digue de Mer : “Les Mouettes” et “Brise Folle”. L’urbanisme n’a malheureusement pas épargné cette jolie promenade, qui a perdu une partie de son charme d’antan, ainsi que certaines de ses plus singulières constructions. Les bizarreries de Baert et Boidin, encore une fois inspirées par un Orient réinventé, ont malheureusement fait partie des victimes de la spéculation immobilière. Heureusement, les “Monographies de bâtiments modernes” de Raguenet leur ont consacré quelques pages, en 1908.

(1) Albert Baert (1863-1951) est surtout connu pour avoir construit, dans les années 1920, la piscine de Roubaix, aujourd’hui transformée en un musée magnifique.