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samedi 21 juin 2008

villa Louvat (14e arrondissement)


La création de la singulière villa Louvat semble s’être faite en deux temps. Cette aventure commença en 1911, avec la construction d’un immeuble assez sobre, au 38, rue Boulard, pour le compte de M. Dubois. Un décor floral y apparaît assez modeste, même si le délicieux Camille Garnier, crédité sur la façade, en est l’auteur.

Au début de l’année 1913, c’est P. Maxime qui est le commanditaire de la première construction de la villa, l’ensemble d’ateliers d’artistes du n°1, pour lequel il fit publier une demande de permis de construire, le 15 février. A cette occasion, le passage conduisant à la rue Boulard fut certainement percé, et le numéro “38 bis” lui fut attribué. Ce n’est que le 21 novembre 1913 que l’architecte de cet ensemble, Paul Schroeder, fit publier une dernière demande de permis, pour l’édifice portant le n°2 de la villa, qui n’était autre que sa maison personnelle.
Si l’immeuble de la rue Boulard ne réclame pas de commentaire particulier, les constructions de l’impasse sont beaucoup plus remarquables, notamment par la présence de carreaux de grès, agencés en panneaux ou en frises.

Les ateliers sont ainsi constellés de petits motifs de couleur brune, floraux mais savoureusement stylisés, que l’architecte a placés comme des ponctuations, sur les arêtes du bow-window central, au-dessus des grandes verrières du premier niveau, et surtout autour de l’étonnante porte d’entrée, ornée d’une superbe triple fenêtre en imposte. Les carreaux font un peu le même effet que sur la façade de la rue Campagne-Première, construite à peu près la même époque, mais avec un côté beaucoup plus exotique. On serait même tentés de leur appliquer le mot “assyrien”, tant leur agencement semble appartenir à un pittoresque plus oriental qu’européen.

Cette impression est encore plus forte sur la maison personnelle de Schroeder, construite exactement en face des ateliers d’artistes, où les bandeaux de grès semblent placés d’une façon parfois plus anarchique, formant de longues lignes décoratives où chaque carreau, à motif de marrons, apporte le charme de sa petite note de couleur. L’entourage de la porte, beaucoup plus simple qu’en face, est néanmoins composé avec soin, notamment dans le mélange complexe et subtil de carreaux plats et unis et de carreaux en relief.











On ignore l’auteur de ces céramiques, même si tous les commentateurs s’accordent, depuis vingt ans, à désigner Gentil et Bourdet comme leurs probables créateurs. Il est certain que cette maison s’était fait une spécialité dans les pièces de petites dimensions, en plus des mosaïques de grès qui ont assuré sa réputation. Sans doute ont-ils également réalisé les grands panneaux floraux, d’une couleur uniformément brune, qui ornent le sommet des murs du passage reliant la villa à la rue Boulard.

Schroeder, dans le reste de son œuvre, n’a pas montré une telle audace et une modernité aussi aventureuse. Nous avons déjà pu remarquer que ses immeubles sont souvent intéressants, mais sacrifient très volontiers aux grâces d’un décor amusant et de qualité, quoique généralement assez simple, plutôt qu’à de véritables expériences architecturales ou, comme ici, à de réelles audaces décoratives. Dans la villa Louvat, il se montre en effet soudain très novateur, proposant des effets décoratifs équivalents à ceux d’Arfvidson dans ces autres ateliers d’artistes de la rue Campagne-Première, et qui, par leur caractère à la fois industriel et répétitif - donc, économique -, allaient trouver un écho important pendant toute la période de l’Art Déco.

vendredi 6 juin 2008

8 rue Charles-Divry (14e arrondissement)


L’architecte Paul Schroeder fut suffisamment actif pour ne pas avoir eu de véritable quartier de prédilection. Néanmoins, malgré sa présence avérée dans des zones un peu plus élégantes de la capitale (notamment les XVe et XVIe arrondissements), c’est certainement dans le XIVe arrondissement que se trouvent ses œuvres les plus intéressantes (1).
Deux d’entre elles nous occuperont aujourd’hui, car elles offrent la particularité d’avoir été conçues pour le même propriétaire, du nom de Bruller. La première, au 8, rue Charles-Divry, fut projetée en 1902 (demande de permis du 26 juin 1902), et la seconde, au 8, rue Poirier-de-Narçay, date de 1904 (demande de permis du 23 août 1904).

Probablement doit-on au goût personnel du commanditaire l’iconographie très singulière des sculptures figurant au dessus de leurs portes d’entrée : un dragon gentiment menaçant pour la première, et une sorte de diable d’un aspect beaucoup moins amusant pour la seconde. Peut-être le sculpteur F. Dubreuil, qui n’a signé que le second motif, est-il l’auteur des deux ouvrages.
On sait que l’art médiéval a inspiré les débuts de l’Art Nouveau, contribuant à insuffler une grande originalité aux premiers chefs-d’œuvre de ce style. Mais les motifs sataniques ou plus simplement fantastiques, qui avaient eu une grande fortune grâce le roman noir anglais, au début du XIXe siècle, sont néanmoins restés rares en architecture. Certes, on peut parfois rencontrer quelques diablotins facétieux, ou même de surprenants motifs ornementaux en forme d’ailes de chauve-souris, cachés dans les recoins d’un programme iconographique plus complexe. Viollet-le-Duc, initiateur incontesté du regain pour l’art médiéval, s’amusa à concevoir d’invraisemblables gargouilles pittoresques, en particulier pour la cathédrale Notre-Dame de Paris et le château de Pierrefonds.

Mais la sculpture ornementale n’est jamais aussi volontairement effrayante, même si on doit supposer un second degré dans ces représentations fantastiques. Si la sculpture symboliste fit parfois grand cas des monstres et autres apparitions de cauchemar, elle se fit généralement plus souriante dans le domaine de l’architecture, en dehors de quelques éventuels châteaux néo-gothiques isolés, ce qu’on comprendra aisément.

Les deux motifs sont accompagnés de longues feuilles de chardons, dont l’aspect “piquant” insiste sur leur caractère inquiétant. Mais si le diable n’est pas sans efficacité, grâce à la nudité des murs qui l’entourent, l’animal hybride, paraissant plus étonné que menaçant, est environné de plantes beaucoup plus rassurantes, dont de beaux panneaux à motifs de feuilles de marronnier, dans l’étroit vestibule de l’immeuble.

(1) Il est évident que l’abondance de sa production cache quelques jolies pépites au milieu d’ouvrages d’une plus ordinaire banalité. Schroeder semble avoir été, pendant longtemps, un architecte au talent très commun, dont l’histoire de l’art ne s’est pas beaucoup préoccupé : nous ignorons donc ses dates de naissance et de mort.