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samedi 4 octobre 2008

Jeu 2008 - Envoi n°20 : 2 bis avenue Victor-Hugo (Dijon - Côte-d’Or)


Qu’on me permette de dire que j’ai bien aimé, en soi, l’envoi de P. W. , qui m’a simplement envoyé quelques images d’un immeuble apprécié lors d’un déplacement professionnel. Quelques images, une adresse et une petite envie de partager une émotion furtive. Aussi rapide et facile que cela... N’était-ce pas l’un des buts de ce jeu ?
Notre sympathique correspondant avoue ne pas connaître l’identité de l’architecte de cet immeuble imposant, construit à l’angle de la place Auguste-Dubois et de la rue de Montmartre. Heureusement pour nous, quelques travaux, plus ou moins importants, existent déjà sur l’Art Nouveau dijonnais, qui permettent d’en connaître l’auteur, Eugène Brey, et la date de construction : 1903-1904.

Lorsque j’avais photographié l’édifice, il y a quelques années, il n’avait pas été nettoyé et restait conservé dans une grisaille “pittoresque” qui accentuait la naïveté de son décor floral, notamment autour de son oriel d’angle. J'avoue avoir complété l'envoi, qui ne permettait pas de bien savourer les détails, avec ces images plus anciennes, qu'on identifiera aisément par leur tonalité plus sombre.
On pourra aisément parler ici d’un Modern Style provincial, qui aurait pu devenir une œuvre importante du “style nouille” si le sculpteur avait eu plus de talent et d’extravagance. Mais il faut dire que l’architecte ne l’a pas beaucoup aidé par une véritable inventivité au niveau des volumes, restant un constructeur d’une sagesse très ordinaire. A peine s’est-il amusé à percer les angles de la toiture avec, à chaque fois, deux fenêtres aussi rondes que des yeux.

Ainsi, tel qu’il se présente à nous, l’immeuble surprend par quelques petites audaces, mais toujours confinées dans un registre très mesuré, impression qui est largement confortée par la présence de ferronneries assez sages, et appartenant en partie à un modèle industriel très répandu. On serait presque tentés de qualifier tout cela de “timide”. Mais c’est bien cela qui en fait le charme : un Art Nouveau qui n’ose pas franchement se développer, restant à l’état de ponctuation, comme des excroissances en formation. Un Art Nouveau habitable ? Rassurant ? Les chefs-d’œuvre du genre n’ont pas toujours cette qualité d’accueil, il faut bien le reconnaître.

Le style 1900 dijonnais a connu un très digne représentant en Louis Perreau qui construisit, en 1906, le véritable bijou qu’est l’immeuble du 9 rue du Château, avec ses jolies toitures en forme de parapluies. J’en parlerai certainement un jour, mais les impatients pourront déjà en trouver quelques images en se rendant sur “Des chardons sous le balcon”, un blog ami qui parle aussi d’Art Nouveau. Perreau s’illustra, la même année, dans la construction de l’imposante poste de la place Granger, qui vaut surtout pour la décoration sculptée de Paul Gasq, un des plus délicieux sculpteurs que le style 1900 nous ait donné. Ailleurs, on trouvera d’autres édifices intéressants, comme au 24 et au 25, rue Jacques-Cellerier, ou au 4, avenue Victor-Hugo, soit juste à côté de l’étrange œuvre d’Eugène Brey. Dijon ne mérite-t-elle pas une petite visite ? Et voilà faite une sympathique suggestion pour les beaux dimanches que l’automne nous donnera peut-être.

Jeu 2008 - Envoi n°19 : 81 Fulham Road (Londres - Grande-Bretagne)


Second envoi de D. M., il m’a été un peu plus difficile de retrouver les coordonnées de cette étrange curiosité londonienne que pour le pub “Fox & Anchor”. Mais enfin... on parvient à tout avec un peu d’effort.
Evidemment, la Michelin House n’était pas, à l’origine, ce qu’il est aujourd’hui, c’est à dire un restaurant, un bar à huîtres et un café. Il s’agissait bien, lors de sa construction en 1909, du siège londonien de la maison Michelin. On n’en connaît pas le nom de l’architecte, qui était peut-être exclusivement attaché à la firme.
Comment pourrait-on exactement définir le style de cet édifice à la fois commercial et publicitaire ? Son décor en céramique et ses éléments en ferronnerie appartiennent bien au monde de l’Art Nouveau, mais ses vitraux sont déjà Art Déco, comme la ligne générale du bâtiment. Evidemment, la déclinaison amusant du motif du pneu - et du personnage qui en est composé - rend l’appréciation stylistique plutôt difficile, mais donne incontestablement à l’ensemble une évidente originalité : le vitrail montrant Bibendum en boxeur est une fantaisie réellement désopilante, qu’il ne s’agirait pas de manquer si vous allez sur Fulham Road.

La maison Michelin a joué pleinement la carte de la couleur, celle des briques vernissées et des faïences, qui donnent ainsi des tons rouge, jaune, vert, bleu et blanc, mais aussi celle des carreaux “historiés”, évoquant les principales courses automobiles où, n’en doutons pas, les pneus Michelin ont dû faire des exploits ! Ces petits paysages animés ont une grâce naïve, renforcée par leur encadrement végétal, typiquement Art Nouveau.

D’après ce que j’ai cru comprendre, la maison Michelin a déserté les lieux en 1985. Leur transformation en restaurants les ont donc sauvé d’une éventuelle menace de destruction, et le maintien de l’essentiel du décor intérieur, étrangement anachronique pour des amateurs d’huîtres. Mais on ne s’étonnera évidemment pas qu’on peut y déguster de la cuisine française. Un tel lieu ne pouvait tout de même devenir un fast food !

La Michelin House n’a évidemment aucun rapport avec l’Art Nouveau londonien. Ce que j’ai pu suggéré précédemment sur le Modern Style anglais ne s’applique pas à cet édifice, conçu par des Français et probablement construit avec des matériaux venus du continent. Les petites scènes de courses automobiles, d’ailleurs légendées en français, ont certainement été fabriquées chez nous, peut-être dans une de ces faïenceries de l’Est, alors si florissantes.

PS (10 octobre 2008) : Un généreux correspondant nous informe que l'architecte de cette curiosité s'appelerait François Espinasse. Merci à lui.

Jeu 2008 - Envoi n°18 : 115 Charterhouse Street (Londres - Royaume-Uni)


L’Art Nouveau à Londres est toute une histoire, originale et compliquée. Originale, d’abord, parce que l’Art Nouveau britannique trouva une profonde assise dans le mouvement Arts & Crafts, qui avait récemment - et brillamment - renouvelé les arts décoratifs en s’appuyant fortement sur la longue tradition médiévale anglaise, au niveau des formes et de l’iconographie, autant que par l’esprit. De ce point de vue, on s’aperçoit que, de ce côté-là de la Manche, on ne fut jamais adepte de la moindre rupture, et l’évolution artistique se fit toujours dans un souci constant d’une certaine continuité. La complication, pour sa part, vient de l’ombre portée sur le style 1900 par la formidable exception que représente la modernité de Mackintosh à Glasgow et qui, pour beaucoup, suffit à résumer et à représenter l’Art Nouveau dans le Royaume-Uni.

Ce qui a pu être construit à Londres autour de 1900 est donc difficile à apprécier d’un simple coup d’œil. D’abord, il n’est pas très important, et il subit assurément une certaine influence continentale qui lui donne une sympathique étrangeté. On pourra facilement s’en convaincre en allant voir ce qu’il y reste des œuvres pionnières de Charles Harrison Townsend (1851-1928)). La Whitechapel art Gallery, imaginée dès 1895, est malheureusement aujourd’hui partiellement défigurée, ayant perdu sa superbe mosaïque de Walter Crane. Heureusement demeurent intact le Horniman Museum, commencé en 1896. On n’oubliera pas non plus d’aller jeter un coup d’œil à la fameuse fontaine de Piccadilly Circus, œuvre du sculpteur Gilbert, fantastique représentant de la sculpture Art Nouveau anglaise et auteur génial du tombeau du duc de Clarence dans la chapelle de Windsor.

Le pub “Fox & Anchor” (Renard et Ancre, en français) m’a été envoyé par A. M., sans aucune information, ni même une adresse précise. Mais enfin... On arrive toujours à retrouver les informations, en y prenant le temps. Quant à la date de cet édifice, de 1898, on peut la lire sur les carreaux de son fronton, où figurent évidemment, et en bonne place, le fameux renard et l’ancre qui donnent leur nom à l’endroit...

Avec une certaine subtilité, cette façade mêle avec virtuosité un ensemble assez composite d’influence diverses, entre moyen âge - représenté par les gargouilles, les fenêtres à meneaux - et orientalisme - la fenêtre centrale du premier étage. Mais le couronnement en céramique évoque plus spécifiquement certains immeubles de Prague, et plus généralement d’Europe centrale. Pour ce qui concerne le détail du décor, sobre et discret, mais finalement assez luxuriant une fois qu’on l’a remarqué, il oscille entre une influence franchement continentale - les têtes de femmes sont presque “italiennes” - et un style typiquement anglais, où la flore, fortement stylisée, se plie aux exigences d’une élégance extraordinairement graphique.
La seule vue qui m’a été envoyée de l’intérieur montre le détail d’un revêtement magnifique en céramique, dans des tons typiquement britanniques, brillants sans jamais être agressifs. et toujours avec ce sens du graphisme qui ne peut être qu’anglais.

Jeu 2008 - Envoi n°17 : villa Sticchi (Santa Cesarea Terme - Italie)


Les quelques édifices d’influence arabisante, déjà publiés à l’occasion de ce jeu, semblent avoir bien plu, puisque A. R. nous envoie cette imposante villa construite dans une station balnéaire (et thermale) des Pouilles, près d’Otrante. Son nom vient de l’entrepreneur Oronzo Sticchi, qui en fut le constructeur, probablement aussi le concepteur et certainement l’heureux bénéficiaire.
L’édifice est bien antérieur à l’époque de l’Art Nouveau, puisqu’il date de 1885, mais il participe à ce goût “exotique” qui permettait d’échapper à l’académisme : néo-gothique et orientalisme, par ce désir de renouveau pittoresque, ont largement contribué à l’émergence du Modern Style.

L’influence arabe permit l’introduction, dans l’architecture occidentale, de formes originales, mais aussi de la couleur, et pas uniquement par le biais de la céramique. Bleue et ocre, la villa Sticchi joue complètement le jeu de cette architecture orientale de fantaisie, grâce à son imposante coupole, ses différentes galeries aux belles colonnes diversement ouvragées, la qualité de quelques-uns de ses éléments décoratifs. On notera, à ce propos, la beauté des ornements géométriques des escaliers extérieurs, la belle dentelle de pierre couvrant certains panneaux, le revêtement doré de la loggia de la façade principale.
Sticchi a construit les thermes de cette charmante petite ville, à partir de 1899. Il fut donc une personnalité locale, même si A. R. nous informe que son entreprise était néanmoins installée à Maglie.

Beaucoup de ces folies ont malheureusement disparu. La région lilloise - pour faire une comparaison avec la France - fut littéralement couverte de ces étranges palais orientaux, aujourd’hui disparus. Mais, ailleurs, on ne compte plus les imitations du palais du Bardo, qui avait été édifié au XVe siècle à Tunis, qui fut l’un des modèles principaux de cette mode, qui fut toujours temporaire, mais cyclique, depuis la fin du XVIIIe siècle.

dimanche 21 septembre 2008

Jeu 2008 - Envoi n°16 : 26 boulevard Gambetta (Troyes - Aube)


A Troyes, il y a aussi de l’Art Nouveau ! C’est ce que nous apprend G. M., qui nous envoie quelques images de la Villa Viardot. Elle tire son nom de l’architecte troyen Gaston Viardot, qui la construisit, en 1908, pour un droguiste et marchand de couleurs du nom d’Isidore-Xavier Perron. D’autres sources, sans doute moins fiables, vous diront que ce commanditaire était plutôt négociant en viandes... Qu’en savons-nous exactement ?
La chose certaine est que son rachat par la Caisse d’Epargne, en 1984, sauva l’édifice d’une démolition promise. Encore une, évitée de justesse ! Un musée y est d’ailleurs ouvert depuis peu de temps, ce qui devrait pouvoir permettre d’en savourer le décor intérieur, s’il a été conservé - et, bien entendu, s’il présente un éventuel intérêt. Le musée raconte l'aventure des Caisses d'Epargne françaises, de 1822 à nos jours.

La maison apparaît comme une sorte de puzzle amusant de formes architecturales très diverses, sans grand rapport les unes avec les autres. Grande baie cintrée tripartite, loggia, tour ronde, toiture quadrangulaire d’une élégante et impressionnante hauteur, tout l’attirail de l’architecture classique est ici au rendez-vous, sous les délicieuses pâtisseries composées par le sculpteur E. Boulin - qui eut la sage idée de signer la villa en même temps que l’architecte.
C’est donc surtout pour ce décor sculpté, en plus de la savoureuse complication des volumes et d’une assez charmante clôture métallique, que la Villa Viardot devrait retenir notre attention, notamment ses pittoresques têtes de femmes, si typiques du Modern Style. Si ce travail est loin d’être inintéressant, il reste tout de même un peu lourd, ce qui n’est malgré tout pas sans charme.

Certes, comme nous le rappelle avec saveur notre sympathique correspondant, la maison est tout à fait typique de ces villas cossues pour nouveaux riches qu’on pouvait alors construire dans les bonnes préfectures de nos régions. Il y a donc espoir de retrouver bien d’autres constructions Art Nouveau du même genre, et pour le même type de propriétaire, telles que nous en avons déjà rencontré à Orléans, à Agen ou même à Roubaix. Malheureusement, l’urbanisme a souvent été cruel avec ces propriétés, souvent très bien situées, mais qui furent très souvent la cible d’une indifférence - quand il n’agissait pas d’un profond dégoût - pour un style artistique très rapidement considéré comme désuet, ridicule, outrancier, vulgaire Leur nombre à bien diminué, dans des proportions inquiétantes, et d’une façon malheureusement irréversible. Celle-ci, avec son faux air méditerranéen, méritait donc bien d’être conservée. Son statut actuel, en plus de nous permettre d’y pénétrer facilement, semble enfin lui assurer une conservation pour une longue durée.


P. S. : Après quelques jours de vacances bien mérités (je crois), je publierai les derniers envois (s’il y en a). Comme je rentre le 1er octobre, vous avez donc encore un peu plus d’une bonne semaine pour m’adresser vos trouvailles. Passée cette date... il sera trop tard. Mais vous pourrez toujours voter, évidemment. Je vous dirai les modalités (très simples), le moment venu. A très vite.

dimanche 14 septembre 2008

Jeu 2008 - Envoi n°15 : 65 rue de la Ravinelle (Nancy - Meurthe-et-Moselle)


“C’est une maison bleue...” Hé non ! N’en déplaise à Maxime le Forestier, celle-ci est jaune, d’un jaune bien vif qui met parfaitement en valeur les panneaux de faïence de cette façade. Mais les motifs ont été peints sur un fond uniformément.... bleu ciel. Comme quoi... on peut toujours retomber sur ses pattes !
La maison donne presque directement sur la voie ferrée qui traverse le quai Claude-le-Lorrain. Il n’existe donc pas de numéros impairs pour cette voie, puisque ce côté-là ne donne que sur des jardins, correspondant à des habitations construites sur la rue Isabey. Néanmoins, le n°65 de cette amusante maison jaune paraît bien prétentieux pour la modeste - et courte - rue de la Ravinelle. Il correspond donc à une hypothétique numérotation impaire du quai qui lui fait face, l’accès à la porte d’entrée se faisant par une sorte d’excroissance de la chaussée, au bout de la dite rue de la Ravinelle.

Malgré nos efforts, nous n’avons pas pu retrouver le nom de l’architecte de ce singulier édifice. Les inscriptions y sont pourtant nombreuses : “Labor”, “Studium”, “Peinture”, “Sculpture”, ainsi que deux dates, l’une en relief - 1885, qui doit correspondre au début du chantier - et l’autre, en faïence : 1887, qui semble signaler la fin de la construction et la date de la pose du décor en céramique. Par ailleurs, le seul balcon de l’édifice, au premier étage, porte la lettre “B”, qui est l’initiale du commanditaire. Néanmoins, on peut voir, dans des rues assez proches, plusieurs autres villas, construite par un certain Lambert, et portant des panneaux de faïence d’un type similaire. S’agirait-il du même architecte ?
La construction est donc très visible placée sous le vocable de l’étude et des arts. Elle se veut elle-même une œuvre artistique, ajoutant architecture et arts décoratifs aux disciplines qui devaient y être honorées. Car la “maison jaune” ne manque pas de se faire remarquer, tant par sa couleur que par son décor assez luxueux, les carreaux portant des motifs de rinceaux, des emblèmes, des palmettes, le tout d’une très divertissante fantaisie. Mais, de part et d’autre d’un sévère soldat moustachu, deux profils de jeunes filles se distinguent par leur léger relief : celle de gauche est une Alsacienne, celle de droite est une Lorraine ; elles évoquent, bien entendu, les régions alors détachées de la France depuis 1871 : l’Alsace toute entière et le département de la Moselle. Cette allusion politique ne nous surprendra guère à Nancy, où l’affirmation d’une appartenance à la France fut forte et parfois même ostentatoire.

Merci à D. M. pour son envoi. Il nous démontre qu’on peut trouver un édifice amusant et très plaisant... qui ne soit pas du tout de style Art Nouveau. Pas du tout ? Vraiment ? Il suffit d’observer un très curieux motif décoratif, sensé imiter le bossage, où des sortes de vaguelettes forment un étrange tapis de macaronis. Il préfigure déjà, avec près de dix ans d’avance, les curiosités abstraites dont le Modern Style saura nous régaler.

samedi 13 septembre 2008

Jeu 2008 - Envoi n°14 : 12 rue Galliéni (Cachan - Val-de-Marne)


Après Dunkerque et Roubaix, O. P. m’a également envoyé - comme dessert ? - quelques images de l’ancienne gendarmerie de Cachan, aujourd’hui occupée par les services de l’urbanisme de la ville.
Le service de l’Inventaire d’Ile-de-France n’a sans doute pas tort d’avancer qu’il s’agit de la seule gendarmerie Art Nouveau de notre pays, car, effectivement, je n’en connais pas d’autre. Ce type de bâtiment n’a apparemment pas vraiment séduit les architectes adeptes de l’Art Nouveau. A moins que ce ne soit l’inverse... Les gendarmes sont sans doute des gens trop sérieux pour confier leur maison à des... rigolos.

Adolphe Yvon, l’auteur de l’édifice - sans doute apparenté au peintre du même nom -, n’est pas spécialement connu pour ses réalisations relevant du Modern Style. C’est bien ce qui rend cette gendarmerie très singulière, par elle-même mais également au sein de l’œuvre d’un architecte plus volontiers académique.
Sans doute à cause de sa fonction singulière, le bâtiment a fait l’objet d’une publication, dans la revue “L’Architecture”, en 1904. Les images accompagnant cet article permettent de s’apercevoir que la porte d’entrée ouvrait à l’origine sur un porche qui a depuis été fermé par une seconde porte, fonctionnelle, mais bien banale. L’ensemble y perd une partie de son charme, ce porche ayant eu l’effet de creuser un peu une façade bien plane. En même temps, il accentuait une symétrie en apportant un contrepoint aux deux pinacles latéraux, qui couronnent le bâtiment tout en proposant la date de 1901 aux regards.

L’intérêt principal de cette gendarmerie bien singulière réside dans la large inscription qui remplace, à droite, la fenêtre géminée qui existe sur la première travée de gauche. Elle seule suffit à créer un pittoresque élément de discordance. Dans un graphisme très “moderne”, on peut y lire : “Propriété du département de la Seine”, affirmation qui n’est maintenant plus vraie puisque, en dehors de Paris, toutes les communes de l’ancien département de la Seine sont aujourd’hui rattachées aux départements limitrophes.
Nous n’allons pourtant pas crier au génie. L’Art Nouveau reste ici très discret, même s’il apparaît à la fois dans la structure même de l’édifice - les arcs largement surbaissés du rez-de-chaussée - et dans le décor, au niveau des consoles de fenêtres et des pinacles. Mais sa fonction initiale commanda une relative sobriété, même si quelques esprits éclairés ont ici cherché une originalité qui caractérise rarement les gendarmeries.

vendredi 12 septembre 2008

Jeu 2008 - Envoi n°13 : 16 boulevard du Général-Leclerc (Roubaix, Nord)


La ville de Roubaix n’est malheureusement pas réputée pour son architecture 1900. Une seule véritable construction Art Nouveau, cela ne constitue, en effet, ni un centre artistique important, ni même une attraction touristique... Car nous ne sommes pas à Lille, où la maison Coilliot de Guimard constitue à elle seule un but de promenade - au résultat absolument garanti ! - et l’architecte Elie Dervaux, auteur de cette agréable fantaisie de 1904, n’a guère laissé son nom dans les annales de l’architecture.
Dommage, car son travail n’est vraiment pas sans intérêt, combinant avec bonheur de multiples motifs aux origines très diverses, probablement puisés dans les nombreuses publications d’architecture dont il pouvait disposer à son époque.
L’allure générale de cette maison assez étroite l’apparente assez curieusement à une certaine architecture méditerranéenne, celle qu’on trouve à Nice ou dans le nord de l’Italie. En témoignent son bow-window à loggia et sa décoration sculptée, plus proche de la gravure que de la ronde-bosse.

Le dessin de la porte d’entrée pourrait être à la fois belge et nancéien, grâce à son élégant compartimentage en bois. Mais on s’attachera surtout à l’étonnante composition des deux petites fenêtres du rez-de-chaussée, dont les ferronneries proposent un dessin vraiment original, d’un graphisme remarquablement nerveux. Les rehauts de couleur, formant des roses bleues d’un bien charmant effet, contribuent à attirer l’œil sur ces éléments d’une belle invention. L’architecte semble avoir été moins heureux pour la porte d’entrée, où la nécessité d’un motif couvrant le prive d’une certaine aération. Hélas, les garde-corps des autres fenêtres sont un joli modèle, mais purement industriel.
Les initiales du propriétaire, visibles juste au-dessus de la porte, semblent être un “H” et un “M”. Mais nous n’en saurons guère plus sur son identité.

Il semble évident que le couronnement de l’édifice - qui mériterait un bon nettoyage, cela dit en passant... - a disparu lors d’une très banale surélévation. Le bow-window se terminait certainement par un clocheton pittoresque ou un belvédère amusant. Peut-être des cartes postales anciennes nous en apprendraient-elles un peu plus sur l’état initial de l’édifice.
Encore merci à l’infatigable O. P., dont les trouvailles nous réservent bien des surprises. Gagnera-t-il ? Réponse en octobre...


P. S. : En faisant une petite recherche sur un site de vente de cartes postales, j'ai retrouvé notre charmante maison, dont l'adresse était alors "boulevard Gambetta". Le bow window avait une petite toiture indépendante et pointue, dans laquelle apparaissait une fenêtre assez simple. Pour banal qu'il était, ce couronnement donnait tout de même une silhouette un peu plus élégante à l'édifice que celle qu'on lui connaît aujourd'hui. Devant la maison, une jolie place avec une fontaine est devenue un boulevard où passe un de ces nouveaux tramways qui fleurissent un peu partout en France. Ce n'est plus le même charme.

mercredi 3 septembre 2008

Jeu 2008 - Envoi n°12 : 1 rue de Paris (Le Touquet-Paris-Plage - Pas-de-Calais)


Bien avant d’avoir pensé à ouvrir ce jeu, P. F. B. m’avait envoyé quelques images de la Villa Alexandre, construite au Touquet par l’architecte F. Gombeau en 1911. Une fois encore, nous voici dans un charmant quartier balnéaire - mais pas tout à fait au bord de la plage -, où les maisons pittoresques et pimpantes nous rappellent volontiers Mers-les-Bains, Cabourg ou Dunkerque.
Selon les informations fournies par le site de la ville, la maison aurait été construite en 1900 et Gombeau n’aurait fait que la “moderniser”, avec la collaboration d’entrepreneurs locaux, les frères Pentier.

Le résultat est très original, l’angle formé avec la rue Joseph-Duboc ayant été agrémenté d’une tour suspendue à partir du deuxième étage. On ignore à quoi pouvait bien ressembler le couronnement de cet élément singulier en 1911, mais on doute qu’il se soit achevé d’une façon aussi banale. Hélas, on le constatera aisément, l’édifice n’est pas dans un état des plus satisfaisants et il porte lourdement sur lui le poids des ans. Mais les consolidations actuelles de la tour semblent en annoncer la restauration. Nous prenons déjà date pour voir le résultat final !

Une fois la maison rénovée, on pourra alors savourer pleinement la complication séduisante de ses volumes, la saillie des balcons ou la présence de jolies fenêtres percées dans la toiture.
Mais c’est certainement le décor en céramique qui retient surtout l’attention, et qui permet de rattacher cette charmante villa au monde de l’Art Nouveau : en 1913, les architectes s’acheminaient progressivement vers un style beaucoup plus épuré qui allait triompher au moment de l’exposition internationale des Arts décoratifs de 1925 (d’où son nom d’Art Déco ou de “style 1925”). Sur la fameuse tour, crabes, coquillages et plantes aquatiques en décorent très naturellement les fenêtres, le soubassement et l’épais bandeau du dernier niveau.

La gamme colorée est principalement verte, mais quelques rehauts de jaune ou de brun soulignent agréablement chaque motif. Si près de la mer, cette iconographie n’a rien de surprenant ; elle pourra même apparaître comme relativement attendue. On sera néanmoins beaucoup plus surpris par la curieuse frise de branches de pin, ceinturant fortement les deux façades sous le niveau du comble. Le motif n’a évidemment rien de balnéaire. Mais il semble qu’il ait été assez familier pour Gombeau, architecte rare dont on ne retrouve d’autres œuvres qu’à Paris, et essentiellement dans la petite rue Guyton-de-Morveau, dans le XIIIe arrondissement.

Et au n°25, on retrouve en effet une frise de pommes de pin tout à fait similaire, quoique d’un dessin légèrement différent. Je ne me risquerai pas, ici, à vouloir attribuer ces décors de grès à Alexandre Bigot ou à Gentil et Bourdet : l’expérience m’a montré qu’il était bien difficile de faire, d’emblée, le partage entre ces deux entreprises... Si je pouvais en apprendre un peu plus, je ne manquerai pas d’ajouter l’information.
D’ici peu, je reparlerai volontiers de Gombeau et de la rue Guyton-de-Morveau, où il nous réserve une jolie surprise sur un autre édifice dont il est également l’auteur.

samedi 30 août 2008

Jeu 2008 - Envoi n°11 : 75 Digue de Mer (Dunkerque - Nord)


Terminons notre petite visite de Dunkerque, toujours en compagnie de O. P., avec deux édifices de Jules Potier (1872 -1926). Cet architecte était le neveu de Gabriel Pagnerre, architecte très fécond dans le département du Nord.
Potier semble avoir été plus spécifiquement attaché à la ville de Dunkerque, et plus spécialement à ce quartier très singulier de Malo-les-Bains qui, incontestablement, mérite une petite visite.

Sur la Digue de Mer, où furent construites tant de jolies villas aujourd’hui disparues, Potier a conçu, vers 1905, la maison “Quo Vadis”, au n°75. Sa conservation apparaît aujourd’hui exceptionnelle, même si elle ne nous est pas tout à fait parvenue dans son état d’origine, tant les destructions et “rénovations” ont affecté cette partie de la ville. Si elle a perdu son balcon métallique, au premier étage - remplacé par un élément vitré d’un dessin très médiocre, sur lequel le nom de l’édifice a été stupidement ajouté une seconde fois -, elle a heureusement pu sauvegarder l’essentiel de son décor en tôle émaillée, aux couleurs douces et au graphisme séduisant.

La maison vaut surtout pour des formes originales, rondes autour de la fenêtre du deuxième étage, plus “chinoises” au niveau supérieur. Malheureusement, une surélévation lui a fait perdre, à une époque déjà ancienne, ses jolies tuiles vernissées et le clocheton qui achevait de donner une silhouette élégante à cette construction toute simple.
Mais on peut se satisfaire de ces quelques dommages du temps : en regardant la carte postale ancienne, on s’apercevra que la maison d’à côté a été plus sauvagement dénaturée...

Rassurons-nous au n°25 de la place Turenne, où Jules Potier a construit une charmante petite maison qui nous est parvenue dans un bien meilleur état. Si les briques utilisées n’avaient pas cette couleur soutenue qui signale bien les édifices du nord de la France, on pourrait facilement se croire dans une rue de Nancy. Potier a certainement connu, par la presse de l’époque, les constructions d’Emile André, dont les fenêtres ont parfois cette forme de cœur qu’on voit ici au rez-de-chaussée. A l’architecture nancéienne, Potier emprunta aussi le pignon néo-gothique, beaucoup plus rare dans la région des Flandres.

Le dessin de la façade est équilibré et les éléments Art Nouveau participent à l’impression de solidité assurée qu’on se doit d’y reconnaître. La seule petite coquetterie, charmante, qu’on pourrait éventuellement lui reprocher réside dans les deux minuscules visages qui apparaissent sous les colonnes du balcon du premier étage. Leur style ne serait pas incompatible avec le peu que nous savons de l’art de Maurice Ringot (voir l’article précédent) et nous ne serions pas surpris d’apprendre qu’il collabora à ce chantier : les sculpteurs “modernes” ne devaient pas être si nombreux que cela à Dunkerque, et Ringot a dû avoir pour lui l’essentiel du marché, dans le domaine de la sculpture “1900”.

Jeu 2008 - Envoi n°10 : 51 avenue Gustave-Lemaire (Dunkerque - Nord)


Puisque O. P. m’a envoyé des images de plusieurs édifices de Dunkerque, tous plus intéressants les uns que les autres, restons donc dans cette ville où l’Art Nouveau s’est développé d’une façon assez extraordinaire, principalement dans le quartier plus balnéaire de Malo-les-Bains.
La maison Ringot est une construction vraiment étonnante, joyeuse et inventive, couverte d’une multitude de petits motifs charmants, parmi lesquels on distinguera des bustes de jeunes femmes, au-dessus des deux fenêtres du rez-de-chaussée, des animaux, sur les tympans de celles du premier étage, et partout ailleurs des plantes envahissantes, principalement des roses et des tournesols.

Le style général de l’édifice est néo-gothique, mais les détails sont plutôt d’inspiration baroque, relevant de ce “style nouille” qui reste encore quelque chose de très surprenant et d’extraordinairement divertissant.
Le balcon du premier étage, paraissant sorti tout droit d’une scène de “Roméo et Juliette”, est un motif d’une grâce élégante, mais qui n’aurait jamais pu être construit au moyen âge, ni même au XVIIe siècle. Il n’est que fantaisie, caprice, décor, comme l’essentiel des surprenantes sculptures de cette façade.

Les auteurs de cette curiosité ont pour nom : Ringot. L’un était entrepreneur et l’initiale de son prénom était “E.” ; l’autre était sculpteur et se prénommait Maurice. Il semble évidemment probable que les deux hommes appartenaient à la même famille et que la maison fut construite pour l’un d’entre eux. L’importance du décor semble suggérer que ce fut pour le sculpteur lui-même, qui en conçut peut-être aussi le plan.

La façade était-elle polychrome à l’origine ? S’il est vrai que les rehauts de jaune qu’on y voit aujourd’hui permettent de souligner quelques jolis détails, cette coloration semble pour le moins excessive, accentuant le caractère tout de même un peu “kitsch” du décor. Pour ma part, je doute que les fleurs, les visages - et même quelques oiseaux isolés - aient pu avoir été teintés à l’époque de la construction. On peut imaginer que certaines lignes d’architecture avaient pu être alors légèrement soulignées, mais sans toutefois pousser trop loin une polychromie qui, à l’heure actuelle, ressemble presque à un “coloriage”. Il n’en reste pas moins que le résultat est singulier, amusant, surprenant, même s’il semble peu conforme aux intentions originelles des Ringot.
La porte d’entrée et sa fenêtre adjacente font l’objet d’un joli traitement, notamment au niveau du travail de ferronnerie. C’est dans le soubassement du balcon, qui sert aussi d’auvent à l’entrée de la maison, qu’on trouve les signatures des auteurs de l’édifice.

Maurice Ringot a collaboré à plusieurs monuments publics de Dunkerque. Celui qu’il réalisa pour le Cinquantenaire de Rosendaël - nom d’un autre quartier de Dunkerque - aurait pu disparaître si on n’avait pas eu la bonne idée de lui trouver un nouvel emplacement. En effet, construit en 1909 par l’architecte Arthur Gontier, il avait alors été installé devant l’église Notre-Dame-de-l’Assomption. En 1921, on déplaça cette singulière pâtisserie sur la place Voltaire, un peu plus au nord.

Jeu 2008 - Envoi n°9 : 18 rue de l’Ecluse-de-Bergues (Dunkerque - Nord)


Les Bains dunkerquois sont un drôle d’édifice. Ils avaient été conçus, en 1896, comme une sorte de petit palais arabe sur lequel aurait poussé une étrange cheminée d’usine. Trois architectes lillois furent associés pour dessiner cette curiosité : Louis Gilquin, Georges Boidin et Albert Baert (1). Elle contenait à la fois une piscine, un bains-douches et un lavoir public.

L’originalité du bâtiment, outre le fait de sacrifier à la mode de l’orientalisme - style de nombreuses maisons construites par les riches industriels de Lille, à la fin du XIXe siècle, qui ont malheureusement toutes été détruites -, tient à la forme de coquille de son entrée principale et à la présence pittoresque de faïences à la polychromie variée. Juste à côté de la sous-préfecture, le bâtiment avait de quoi surprendre. Et, malgré son état actuel, il peut encore exciter un regard attentif.

Car, hélas, les Bains dunkerquois ont très rapidement perdu coupole, minarets et cheminée. La piscine resta en activité jusque dans les années 1960, mais cela n’empêcha nullement le bâtiment de décliner progressivement. Inexorablement... Il est aujourd’hui fermé, muré, tagué, et son avenir semble d’autant plus incertain que la sous-préfecture pourrait profiter d’une éventuelle destruction pour s’agrandir. Du moins est-ce une information qui circule... Ainsi va la vie, où les édifices les plus singuliers sont toujours menacés de disparition.

Construit à une date un peu trop précoce, il ne s’agit pas encore d’un édifice Art Nouveau, malgré sa polychromie joyeuse et ses formes originales. L’influence orientale y est trop prédominante, jusque dans l’imitation du célèbre bleu des faïences arabes. Néanmoins, quelques détails annoncent déjà le style qui allait véritablement émerger, en France, à partir de 1898 : la belle anse de panier de la petite porte annexe, en particulier, se termine d’une façon qui ne demande qu’à devenir un de ces coups-de-fouet caractéristiques du Modern Style.
Merci à O. P. de nous faire découvrir cette étrangeté, et de nous inviter à aller y jeter un coup d’œil, avant qu’il ne soit trop tard.

Je profite de l’occasion pour signaler que, quelques années plus tard, Baert et Boidin - qui furent associés pendant une assez longue période - ont construit deux singulières maisons jumelles dans le quartier de Malo-les-Bains, sur la Digue de Mer : “Les Mouettes” et “Brise Folle”. L’urbanisme n’a malheureusement pas épargné cette jolie promenade, qui a perdu une partie de son charme d’antan, ainsi que certaines de ses plus singulières constructions. Les bizarreries de Baert et Boidin, encore une fois inspirées par un Orient réinventé, ont malheureusement fait partie des victimes de la spéculation immobilière. Heureusement, les “Monographies de bâtiments modernes” de Raguenet leur ont consacré quelques pages, en 1908.

(1) Albert Baert (1863-1951) est surtout connu pour avoir construit, dans les années 1920, la piscine de Roubaix, aujourd’hui transformée en un musée magnifique.

jeudi 21 août 2008

Jeu 2008 - Envoi n°8 : 98 boulevard des Anglais (Nantes - Loire-Atlantique)


D’une façon assez étonnante, la villa Jeannette, construite à Nantes par Ferdinand Ménard et E. Le Bot a été assez bien publiée en son temps. D’abord par Raguenet, dans ses recueils malheureusement très difficiles à dater, qui nous apprend qu’elle fut édifiée pour M. Morinet, l’un des principaux photographes de Nantes. Ensuite dans un recueil de planches, intitulé “Villas et petites maisons du 20e siècle”, publié sous la direction de l’architecte L. Sézille. Là encore, l’album n’est pas daté. Enfin, plus récemment, la maison est décrite et reproduite dans un ouvrage consacré au “Patrimoine des communes de Loire-Atlantique”, qui lui donne la date de 1908.

On ne sait pas grand chose sur ces deux architectes nantais, sauf qu’ils furent associés pendant une longue période, au cours de laquelle ils édifièrent, au moins, une autre maison à Nantes, mais aussi les villas Massabielle, Gregoria, Ker Ovzen et Siebel à La Baule.
Le boulevard des Anglais s’appelait, à l’origine : boulevard de la Chézine. Il est situé dans un quartier excentré qui, à l’époque, devait déjà sentir bon la campagne.

Par rapport aux documents anciens, la maison est dans un état pratiquement parfait. En dehors du fait que son balcon fermé, en encorbellement sur la rue, semble avoir été en bois naturel, alors qu’il est aujourd’hui peint en blanc, il n’a perdu que le grand panneau de faïence qui portait le nom originel de la propriété. ”Jeannette” était certainement le prénom d’un membre de la famille Morinet - sa femme, ou peut-être sa fille -, et il n’eut évidemment plus de justification lorsque la maison changea, sans doute, de propriétaire. On peut néanmoins supposer que ce panneau existe toujours, simplement recouvert par un simple badigeon qu’un petit nettoyage suffirait à faire réapparaître. En revanche, les quelques vitraux visibles sur les photographies anciennes semblent avoir définitivement disparu.

La publication de Raguenet offre l’avantage de nous donner le nom de tous les artisans ayant collaboré à son édification. On y apprend ainsi que la belle grille, heureusement demeurée en place, est de Ménard et Gourdon, que le sculpteur, auteur des petits animaux cocasses qui animent la belle fenêtre ovale du rez-de-chaussée (un écureuil en clé de voûte et deux grenouilles ; deux lézards apparaissent autour de la porte d’entrée), est un certain Ripoche. Enfin les faïences, dont je viens de dire qu’elles ne sont partiellement plus visibles, venaient de chez Gilardoni et Brault, seule entreprise parisienne investie dans le chantier.

Cette maison est une très belle réalisation. Elle montre une jolie influence nancéienne dans la grande fenêtre du rez-de-chaussée et présente un assez curieux et imposant belvédère, couronnant la travée intermédiaire du bâtiment. Les changements de goût auraient pu être fatals à cet élément essentiel, qui donne toute son élégance à la silhouette de la villa Jeannette. Mais il a heureusement assez bien traversé le temps et demeure aujourd’hui presque intact, n’ayant perdu que ses garde-corps. Le détail est néanmoins important, car il semble vouloir dire que cette partie de la maison, pour des raisons évidentes de sécurité, n’est plus utilisée. On peut donc supposer que son entretien est devenu aléatoire et sans doute même hypothétique. Il apparaît donc comme une partie fragile de l’édifice, dont la conservation pourrait être un jour menacée.
Remercions vivement Gu. V. pour l’envoi de cette ravissante villa, dont l’élégance fut alors parfaitement remarquée par les commentateurs. Et félicitons-le pour sa rapidité : un jour ou l’autre, j’aurais bien fini par en entendre parler !