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samedi 21 juin 2008

21 et 25 rue Henri-Monnier (9e arrondissement)


Dans ces deux édifices construits dans une discète rue en pente, nous retrouvons des artistes déjà connus : les architectes Georges Guyon et ses fils, rencontrés à Saint-Maurice, et le sculpteur G. Ardouin, qui travailla plusieurs fois pour Falp.
Le caractère assez populaire de ces immeubles ne fait aucun doute, à voir leurs façades assez sobres, sinon même un peu tristes. Ils font partie d’un ensemble de quatre constructions, dont la demande de permis, émanant de M. Lasson, fut publiée le 25 janvier 1906. Pour le second d’entre eux, en fait simple corps de bâtiment destiné à relier les n°21 et 25, une demande supplémentaire, pour une surélévation de deux étages, fut publiée le 15 mars 1907, mais ne semble pas avoir été finalement réalisée.

A côté de l’exubérance de certaines des œuvres des Guyon à Charenton ou à Saint-Maurice, les bâtiments de la rue Henri-Monnier paraîtront quelque peu conventionnels. De grands balcons et des bows-windows latéraux caractérisent les deux principaux d’entre eux, qui nous intéresseront ici. Mais c’est principalement pour la qualité et l’originalité de leur programme sculpté que ces édifices attirent l’attention.

Le premier dessus-de-porte représente une magnifique tête un peu androgyne - mais plus probablement d’une jeune fille que d’un jeune homme -, émergeant d’une végétation abondante où apparaissent aussi deux pigeons. Le second, au n°25, présente deux enfants nus occupés à mettre des grappes de raisin dans un panier.

De part et d’autre des grandes fenêtres tripartites du premier étage, ornant la base des bow-windows, les mêmes visages monumentaux apparaissent sur les deux immeubles. Au nombre de quatre, ils émergent de plantes différentes. On retiendra surtout, au milieu de quelques épis de blé, un beau visage aux yeux baissés et surmonté d’une tête de serpent : il s’agit là, évidemment, de la représentation d’une jeune femme égyptienne, motif suffisamment peu courant à cette époque pour être plus particulièrement mentionné. Peut-être avons-nous affaire à un véritable programme iconographique, sans doute agencé autour des quatre parties du monde, mais il ne semble pas d’une clarté très convaincante. Le lien de ces charmants visages avec les dessus-de-porte reste en tout cas bien mystérieux.

Ailleurs, dans quelques interstices, entre les consoles des différents balcons, quelques fleurs isolées et discrètes apparaissent, agencées d’une façon charmante et élégante.

samedi 19 avril 2008

18 rue de Mogador (9e arrondissement)


Puisque nous sommes dans le IXe arrondissement, ne le quittons pas... et restons même dans la rue de Mogador pour y admirer un édifice assez intéressant des débuts du style 1900, construit par Charles des Anges en 1898.
La demande de permis, émanant de M. Fayollet, fut publiée dès le 8 février 1897, soit à une date où cette nouvelle forme d’architecture cherchait encore à définir son langage. L’édifice en témoigne amplement, par des volumes fort simples, des murs assez nus, mais en laissant transparaître une nette influence médiévale, notamment dans l’apparence des encorbellements, tant sur la rue de Mogador qu’à l’angle de la rue Joubert.

L’intérêt principal de l’édifice, outre son agencement très ingénieux et d’une efficace sobriété, réside dans des compléments en céramique, limités à des motifs floraux d’une couleur verte assez clinquante, par endroit relevés d’un peu de mauve cuivré. Sous le bow-window principal, deux gros tournesols en accentuent le caractère austère. Ces très impressionnantes fleurs sont signées. Malheureusement, la signature est très difficile à lire. Il semble néanmoins qu’on puisse y lire le nom de Muller, ce qui ne surprendra guère, à une époque où Alexandre Bigot n’avait pas encore pris l’essentiel de la clientèle de son concurrent.

Participant de la même simplicité, la grille de la porte d’entrée est l’occasion d’une composition très géométrique, comme les premiers maîtres de l’Art Nouveau, parmi lesquels Guimard et Plumet, avaient su en dessiner pour leurs premiers ouvrages.
L’ensemble relève bien de ce qui a parfois été appelé le “proto-Art Nouveau”. Certes, à la date de 1898, de véritables architectures 1900 existaient déjà bel et bien. Mais, lors de la conception des plans, Charles des Anges n’avaient encore probablement que des modèles encore mal caractérisés pour aiguiser son imagination. L’immeuble, au moment de son achèvement, dut ainsi paraître déjà un peu “démodé”, car faisant principalement appel à ces panneaux de grès que tous les pionniers avaient déjà utilisé, entre 1893 et 1897, et qui avaient constitué, pendant ces quelques années, la marque la plus visible d’une modernité en gestation. Il n’en reste pas moins que les témoignages de l’Art Nouveau naissant sont suffisamment rares pour nous conduire à ne pas négliger celui-ci.

Qui était Charles des Anges (parfois aussi appelé : "Desanges") ? On sait fort peu de choses à son propos. Né à Londres en 1852, il était presque d'une génération antérieure à Guimard. Pour le reste, nous n'avons qu'une seule véritable information biographique à son propos : il fut, en 1882-1883, président de la Société des anciens élèves de l'école spéciale d'architecture, où il avait fait ses études. Les permis de construire ne le signalent que pour ce seul édifice, indice d’une carrière sans doute peu de temps après interrompue. Les promesses de la rue de Mogador ne furent donc jamais confirmées et la petite étoile qui commençait à apparaître n’a vraisemblablement pas brillé très longtemps.
Peut-être assez fier de ce travail, il le présenta au Salon des Artistes Français, en 1898 (sous le n°4258 : "Détails de décoration intérieure d'une maison, rue Mogador, à Paris"). On connaît son dessin grâce à sa publicaton dans "L'architecture-Salon", mais il ne montre rien de véritablement moderne. Seul l'agencement de la feuille, par sa sympathique accumulation de motifs juxtaposés, pourrait éventuellement être rattaché à une démarche Art Nouveau. Il semble néanmoins assez symptomatique que, dans cet édifice discrètement novateur, l'architecte ait tenu à y concevoir aussi les espaces intérieurs.
Au Salon suivant, en 1899, Charles des Anges exposa des dessins relatifs à une villa bâtie à Vaucresson. Puis son nom disparut définitivement.

22 rue de Mogador (9e arrondissement)


Voici enfin un joli édifice dans le IXe arrondissement ! La rareté de l’Art Nouveau dans ce quartier s’explique par le fait qu’il possédait un urbanisme déjà très dense en 1900 et que, parmi les nouvelles constructions, le Modern Style n’y eut jamais - comme ailleurs - que les miettes du marché, pourtant très important.
L’architecte Charles Goujon a eu une notoriété bien réduite. Il avait pourtant été lauréat du Concours de façades de 1903, pour un immeuble de la rue Damrémont, soit en même temps que Charles Klein, auteur de l’impressionnant chef-d’œuvre de la rue Claude-Chahu.

Deux ans plus tard, le 21 novembre 1905, Goujon fit publier une demande de permis pour un charmant immeuble au 22, rue de Mogador, à l’angle du 85, rue de la Victoire - où se trouve d’ailleurs l’accès à l’intérieur de l’édifice -, dont il était également le propriétaire. Les rues étant assez étroites, il prit le judicieux parti d’animer ses façades par une alternance de travées droites et de travées arrondies, ces dernières étant couronnées par d’amusantes fenêtres rondes, surmontées de frontons.
Le décor sculpté, sans être exceptionnel, est d’une louable délicatesse, notamment dans les visages féminins visibles à l’angle des deux rues, sous forme de médaillons enguirlandés ou d’ornements de consoles.

La porte d’entrée aurait pu faire l’objet d’une composition intéressante. Mais l’architecte, et son ornemaniste, restèrent bien sagement dans le domaine floral, appliqué à des formes un peu convenues. Les ferronneries échappent d’ailleurs au monde de l’Art Nouveau, tant sur cette porte que pour tous les garde-corps des fenêtres.