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samedi 8 mars 2008

83 boulevard de Grenelle (15e arrondissement)


Les trois immeubles que je présente aujourd’hui ont la particularité d’avoir été construits, entre 1902 et 1903, par Albert Sélonier (1858-1926), et d’avoir été décorés par le sculpteur Despois de Folleville. Le premier fut l’un des architectes les plus prolifiques de Paris, auteur de plus de trois cents édifices pendant la période qui nous intéresse, capable de construire dans tous les genres, du néo-gothique à l’Art Nouveau, même si l’éclectisme semble avoir eu ses préférences ; le second est le très singulier ornemaniste déjà rencontré au 58 bis, avenue du Général-Michel-Bizot (Pichard et fils, architectes), et probablement au 9, rue Chanzy, construit par Achille Champy, dont il fut fréquemment le collaborateur.

Sélonier était alors généralement associé avec Saint-Blancard, mais ce dernier n’eut pas toujours l’autorisation de mettre sa signature sur les façades qu’ils dessinèrent ensemble. Et c’est d’ailleurs le cas ici, au moins pour les deux derniers immeubles, puisqu’aucune demande de permis de construire ne semble avoir été publiée pour l’édifice situé à l’angle du 2, rue Dante, et de la rue Galande (Ve arrondissement). La façade nous apprend au moins qu’il fut élevé de 1902.

Architecturalement, la construction ne présente rien de véritablement remarquable. Sélonier et Saint-Blancard étaient généralement trop occupés pour se permettre de concevoir autre chose qu’une solide construction classique, bien agencée, mais totalement dénuée de véritable originalité. En fait, on s’aperçoit immédiatement que tout le charme de l’immeuble repose en totalité sur le travail d’Henri Despois de Folleville - qui ne signait généralement que sous une forme abrégée : “D. de Folleville” -, comme toujours caractérisé par de petits motifs d’une invention toujours plaisante, mais traités avec une rondeur assez molle, admirable à force d’être systématique.
Si la porte d’entrée ne présente pas le joli travail de virtuosité qu’on pourrait attendre de lui, son talent se manifeste néanmoins dans l’ornementation de l’arrondi des deux façades, et surtout dans le ravissant vestibule, dont la porte intérieure est agrémentée de boiseries très élégantes.

Le 53, boulevard de Picpus (XIIe arrondissement) porte les mêmes signatures, mais la date y est remplacée par celle de 1903. Ce millésime permet de différencier, parmi les deux demandes de permis de construire trouvées dans le “Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris”, celle qui concerne cette parcelle de celle qui se rapporte à l’immeuble voisin. Ces deux demandes concernent pareillement le 55, boulevard de Picpus. Le propriétaire est identique, ainsi que les architectes, Sélonier et Saint-Blancard. Mais la première fut publiée le 30 juillet 1902, tandis que la seconde ne le fut que le 24 février 1904.
Folleville collabora aux deux édifices, mais il s’ingénia pourtant à y adopter deux styles totalement différents pour chacun d’entre eux. Et, sans contestation possible, celui qui fut orné de motifs 1900 attire bien mieux l’œil que son voisin, d’un style classique beaucoup plus sage.

Au n°53, il réalisa un joli entourage de porte, au milieu duquel se devine un petit visage comique, et laissa aller sa fantaisie partout où cela pouvait être possible, notamment sous les appuis des balcons en pierre, joliment dessinés par Sélonier, ou les grandes embrasures de fenêtres, sous le traditionnel balcon courant.
Mais ces immeubles ne sont que des “apéritifs”, à côté de la jolie réalisation du 83, boulevard de Grenelle, dans le XVe arrondissement, située à l’angle de la rue Auguste-Bartholdi. La numérotation du boulevard semble avoir été très mouvante, puisque le projet fut déclaré, le 21 juin 1902, sur une parcelle portant alors le n°73.

L’architecture, sobre et traditionnelle, montre assez les arguments que Sélonier avait pour séduire sa clientèle si abondante ! On y retrouve les mêmes balcons en pierre du boulevard de Picpus, mais sur un édifice beaucoup plus imposant, où l’architecte n’a même pas cherché à jouer la carte de la diversité.
Folleville, une fois, fait l’étalage de son savoir-faire, grâce aux motifs en vaguelettes dont il avait le secret, et dont il couvrit littéralement les murs des deux façades. La porte d’entrée fut l’occasion d’un exercice de style assez étonnant. Cette partie du quartier est assez ennuyeuse, et la présence du métro aérien n’ajoute rien pour lui donner du charme ! Grâce un curieux mélange entre éclectisme et Modern Style, le sculpteur a réussi à être “moderne” sans trop se faire remarquer au milieu d’un tissu urbain banal et convenu.

Mais le vestibule, encore une fois, lui permet de montrer toute l’étendue de sa fantaisie, dans son style parfaitement reconnaissable. Les mosaïques de sol et les boiseries de la porte intérieure contribuent à faire de cet espace une ravissante création, voulue pour le seul plaisir des occupants de l’immeuble... et de leurs visiteurs.

jeudi 10 mai 2007

58 bis avenue du Général-Michel-Bizot (12e arrondissement)


"Le plus bel immeuble de la rue", c'est ainsi que me fut présenté cet édifice par les locataires eux-mêmes, très fiers de m'en faire visiter les parties communes. De la rue toute entière, n'exagérons pas... mais des environs immédiats, certainement.
La façade porte une signature fort intéressante : "E Pichard & fils / architectes / 190[...] / D. de Folleville / Sculpteur". Le nom de Pichard n'est pas passé à la postérité, et c'est bien la première fois que je pouvais le lire sur un édifice parisien. Normal ! La demande de permis de construire, du 8 juillet 1902, le domicilie au 33 rue de Saint-Mandé, à Charenton, où il développa son art sans doute plus abondamment que dans la capitale. Le commanditaire était Naudin, 40 boulevard de Reuilly. Deux détails de cette inscription sont à remarquer : le dernier chiffre de la date n'a jamais été fini d'être gravé, et la mention "& fils", ainsi que le pluriel du mot "architecte", sont inscrits de façon légèrement différente, indice d'une participation tardive de la descendance de Pichard à cette construction. Et, en effet, le permis de construire ne mentionne qu'un seul architecte, alors qu'il note avec précision l'existence d'un second édifice, de quatre étages, qui fut effectivement réalisé dans la cour.
L'œil est d'abord attiré par le décor de la porte d'entrée, dentelle végétale presque abstraite. On rencontre assez souvent le nom de D. de Folleville, l'un des sculpteurs d'architecture les plus prolifiques et les plus talentueux de la période Art Nouveau. Il collabora, entre autres, avec Achille Champy, et le décor du 9 rue Chanzy peut sans doute lui être attribué sans grand risque d'erreur. Son art se reconnaît par une grande finesse d'exécution, paradoxalement associée à un dessin volontairement gras et épais.













Folleville s'exprima également dans le grand passage intérieur qui conduit à la cour, où il réalisa de belles frises végétales, d'une essence assez indéterminée, mais d'un graphisme très élégant. Il est aussi l'auteur de délicats cadres verticaux, simple prétexte pour orner la petite fenêtre qui permettait au concierge de communiquer avec locataires et visiteurs sans avoir à ouvrir sa porte.
L'immeuble a gardé la décoration du petit couloir conduisant à l'escalier. Dans les années 1960 et 1970, ce genre de boiseries et huisseries en bois paraissaient complètement démodées ; beaucoup d'entre elles ont été sacrifiées, sans beaucoup d'émotion, pour être remplacées par des matériaux plus modernes, plus lisses et souvent plus clinquants, faciles d'entretien et totalement impersonnels. Ici, tout a été heureusement conservé, jusqu'aux modestes vitraux Art Nouveau ornant les paliers du petit escalier, signés "L. Canivet - Paris".

En façade, la boutique a également conservé ses huisseries en bois d'origine. Les devantures de magasins Art Nouveau sont aujourd'hui suffisamment rares pour que celle-ci mérite d'être signalée. Seule son enseigne a été modernisée, pour adopter un graphisme, certes 1900, mais passablement ordinaire.