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samedi 9 août 2008
Entr’acte n°21 : ... à Sant Joan Despi (Espagne)
Pour notre deuxième étape espagnole, évitons Barcelone - vous n’avez certainement pas besoin de moi pour vous y guider - et intéressons-nous plutôt à un charmant village de sa banlieue immédiate : Sant Joan Despi. C’est là que l’architecte Josep Maria Jujol i Gibert (1879-1949), l’un des collaborateurs de Gaudi, construisit plusieurs édifices, dont deux apparaissent particulièrement remarquables.
Jujol seconda principalement Gaudi pour la réalisation des revêtements en céramique de ses constructions (Park Güell, Casa Battlo, Casa Mila...), mais aussi pour un certain nombre de travaux métalliques particulièrement complexes. On en retrouve des traces, évidemment, dans son œuvre personnelle, mais avec des “tics” inspirés par son maître, quoiqu’avec un appauvrissement certain, qui signale bien l’émule, largement moins inspiré lorsque sa main n’était pas guidée. Mais ses “paraphrases” du langage gaudien n’en est pas moins passionnantes. C’est d’ailleurs sans doute pour cette raison que le centre Georges-Pompidou avait consacré une exposition particulière à Jujol, en 1990.
A Sant Joan Despi, le chef-d’œuvre de Jujol est probablement la Torre de la Creu, maison construite au 14, passeig de Canalies, entre 1913 et 1916. On y retrouve certaines formules qu’on admire encore aujourd’hui chez Gaudi : les arcs hyperboliques, notamment pour le porche d’entrée, l’emploi de céramiques brisées, violemment colorées - ici pour les nombreuses et amusantes toitures rondes -, et l’emploi du fer forgé, tordu et martelé dans des formes très expressives, destinées à dissuader le visiteur opportun par la présence d’éléments pointus ou d’une abstraction surprenante, particulièrement inspirée. La grille de la Torre de la Creu aurait parfaitement pu orner une maison de Gaudi et certains de ses éléments ne sont pas sans évoquer l’effet de copeaux des balcons de la fameuse Pedrera (Casa Mila). Sauf que les maisons de Jujol sont très tardives, parfois postérieures à la Première Guerre mondiale, ne faisant parfois que prolonger artificiellement un style révolu.
Car l’art de cet architecte attachant montre parfois ses limites, ne nous le cachons pas : la croix métallique, qui couronne la maison, est d’une forme et d’un volume bien grèles, et la petite cheminée tordue, visible reste de ces chefs-d’œuvre éparpillés par Gaudi au palais Güell ou à la Casa Mila, semble n’en être que la copie, d’un développement trop modeste et d’une inspiration assez pauvre.
Néanmoins, malgré quelques curieuses survivances - qui ressemblent presque plus à des imitations qu’à de véritables créations -, la maison ne manque pas d’allure, ne serait-ce que par la belle complexité de ses toitures, qu’on pourrait rapprocher de certains édifices russes ou turcs.
La Casa Negre est une autre maison célèbre de Jujol dans le même village. Sa particularité est d’être, en réalité, un édifice de la fin du XVIIe siècle, que l’architecte se contenta de redécorer, entre 1914 et 1930, pour le compte de M. Pere Negre i Jover. Outre quelques éléments intéressants de ferronnerie, on lui doit évidemment l’étonnant balcon du premier étage - en forme de chaise à porteurs ! -, soutenu par deux frèles supports métalliques curieusement agencés, et prenant appui sur de curieux sabots de pierre. Jujol a complété la décoration peinte de la façade par des motifs de son cru, tout en cherchant à respecter malgré tout le style originel de cette jolie maison. L’effet est particulièrement plaisant.
Appartenant aujourd’hui à la ville, la maison est à présent ouverte au public (1). Je vous laisse le soin de découvrir directement la qualité et l’exubérance des intérieurs, où l’architecte a fait tout l’étalage de son imagination débordante, passant du néo-gothique au baroque catalan le plus extraverti, en passant par un beau morceau de bravoure, poétique et virtuose, que constitue la décoration peinte de l’escalier.
Près de la maison, Jujol a également dessiné une sorte de pergola en ciment armé qui devait certainement servir de support à des plantes grimpantes. Le banc qui s’y trouva longtemps enfermé - qui n’était évidemment pas de Jujol et qui fut judicieusement déplacé depuis ma photographie - y aurait trouvé un sympathique et agréable ombrage. La structure est restée étrangement nue, ce qui permet d’en savourer le caractère “osseux”, trait de décoration également présent dans l’architecture de Gaudi (à la Casa Battlo, notamment).
Plusieurs autres maisons de Jujol sont situées sur le carrer de Jacint Verdaguer, l’une au n°28-30 - qu’on donne aussi à Ignasi Mas i Morell -, la seconde au n°29 et la dernière au n°31 (2). Cette dernière fut la maison personnelle de l’architecte. Je vous propose ici une image de la maison du n°28-30, pour la curieuse petite niche qui orne sa façade, recouverte de petits débris de faïence.
Au 12, passeig de Canalies, Mas i Morell - puisque je viens de l’évoquer ! - a construit la villa Auriga, datée de 1900 à l’angle de deux des façades. Cet édifice est très caractéristique du modernisme catalan puisque, tout en restant très respectueux des grandes traditions régionales, il fait très naturellement feu de toutes les innovations de Gaudi ou de Puig i Cadafalch, notamment dans le caractère souvent très coloré des ornements des toitures et des terrasses. Ici, Mas a agrémenté la maison d’intéressants éléments métalliques, destinés à recevoir des pots de fleurs, entre les petites flèches construites à l’angle, et sa clôture est entièrement recouverte de galets et de faïences bleues et jaunes.
(1) On regrettera qu’elle soit aujourd’hui protégée, comme un simple objet, par une grille d’une incroyable laideur ! Est-ce donc là le prix à payer pour la sauvegarde du patrimoine ? Est-ce aussi une manière d’accueillir des visiteurs, en les considérant d’abord comme des vandales potientiels ?
(2) Je donne ici les adresses que je connais, mais sans prétendre donner ici l’intégralité des constructions de Jujol à Sant Joan Despi. On trouvera encore d’autres maisons du même architectes dans la même rue, et, s’il reste un peu de temps, une visite à l’église Saint-Jean-Baptiste vous permettra d’admirer de curieuses chaires et un tabernacle, en plus d’une décoration peinte particulièrement séduisante. Pour ceux qui voudraient en savoir plus, mais sans oser affronter la fournaise catalane (comme je les comprends !), il existe un site bien documenté sur l’architecture de Sant Joan Despi. Les images n’y sont pas très grandes, mais elles donnent au moins une assez bonne idée de tous ces édifices, et présentent quelques-uns de leurs intérieurs.
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dimanche 22 juillet 2007
Entr'acte n°6 : ... à Barcelone

Le blog ne pouvait pas ignorer qu’en juillet... tout le monde ne part pas en vacances ! Donc, par l’imagination - et par l’image -, partons immédiatement nous inventer des souvenirs à Barcelone, l’une des plus extraordinaires cités de l’Art Nouveau. Et à tout seigneur, tout honneur, commençons ces chroniques estivales avec le maître des maîtres : Antoni Gaudi i Cornet (1852-1926) - pour lui donner son nom complet en catalan -, et par l’une de ses œuvres les plus célèbres : le Park Güell.
Eusebi Güell avait fait fortune dans l’industrie textile. Dès le début de sa carrière, Gaudi se lia d’une profonde amitié pour cet amateur d’art, qui ne lui confia pas moins de quatre chantiers importants auquel son nom reste indissolublement attaché : la Finca Güell (1884-1887), le Palais Güell (1886-1889) - qui fit connaître l’architecte dans l’Europe entière et lui ouvrit même, de façon éphémère mais significative, les colonnes de la presse architecturale parisienne -, la Colonia Güell, à Santa Coloma de Cervello (1898-1917) et le Park Güell. A ces quatre ouvrages majeurs, on peut sans doute ajouter les énigmatiques Bodegas Güell, construites à Garraf, pour lesquelles la paternité de Gaudi - ou de son ami Berenguer - n’est pas définitivement établie.

Le Park Güell est donc la dernière collaboration importante entre l’industriel éclairé et le génial architecte. Ce que nous en voyons aujourd’hui est un jardin, un jardin gigantesque, magnifique et surprenant, plein de surprises et d’inventions. Mais on serait tenté de dire en soupirant : “hélas, juste un jardin”.
En effet, ce qui apparaît aujourd’hui comme une sorte de parc d’attractions - mais sans attractions -, fut originellement conçu comme une cité-jardin. Ainsi s’en trouve d’emblée expliqués l’imposante clôture et les deux pavillons d’entrée, chargés de protéger une zone d’habitation. Gaudi se chargea donc, en premier lieu, d’aménager le lieu. Les conditions initiales n’étaient pas idéales, puisque le terrain était accidenté et pratiquement impropre à la construction. Donner une forme à cet immense espace fut donc en soi un ouvrage de titan. Et l’occupa pendant quatorze ans !


Car, sur les soixante maisons prévues, deux seulement furent construites, dont une, par Berenguer, est devenue un charmant petit musée consacré à Gaudi, qui habita d’ailleurs dans le parc avant de s’installer définitivement à la Sagrada Familia.
Les aménagements de l’architecte sont donc aujourd’hui privée d’une grande partie de leur sens, ce qui les rend sans doute encore plus poétiques. Les pavillons d’entrée, destinés à l’administration et à la conciergerie, apparaissent ainsi d’une monumentalité excessive pour ce n’est plus aujourd’hui qu’un simple lieu public dévolu à la promenade. L’un est pourvu d’une impressionnante tour surmontée d’une croix, et les deux sont couverts de toitures d’inspiration orientale, entièrement composées de débris de faïence, système de décoration très répandu dans le parc, puisqu’on en retrouve aussi sur les écussons de la clôture, l’escalier monumental, la salle des colonnes ou le célèbre banc.
Entre ces deux pavillons, une grande volée de marches - où on admirera la célèbre salamandre dont j’ai placé la photo en frontispice - conduit à une étrange salle plantée de dizaines de colonnes doriques. Ces colonnes - dont le rang extérieur est fortement incliné, servant de contrefort à l’immense esplanade qui se trouve au-dessus - devaient servir de réservoir d’eau pour une grande partie de la résidence, une eau de pluie qui aurait été filtrée en traversant la vaste place du niveau supérieur. Josep M. Jujol, élève et collaborateur de Gaudi, y réalisa de grands écussons en débris de faïence.
L’esplanade peut être considérée comme le cœur du parc. Elle en est presque exactement le centre. Il s’agit d’un lieu où les habitants de la cité auraient été amené à se retrouver, et à venir bavarder sur le fameux banc qui ceinture cette sorte de place publique en serpentant de façon continue. Il s’agit là d’une des créations les plus abouties et les plus poétiques de Gaudi. Jujol, son fidèle collaborateur pour toutes les questions de ferronnerie et de céramique, le couvrit de milliers de petits fragments, principalement en faïence, mais aussi en verre ou en coquillage. L’espace, très large et très nu, s’en trouve ainsi vivement coloré.



Mais qu’on n’en reste pas là. Le Park Güell est un jardin anglais où la flore est luxuriante. Il faut prendre le temps d’y vagabonder. Et d’autant plus que Gaudi y a conçu tout un réseau de promenades, simples, couvertes, ou même à plusieurs étages, qui constitue certainement la partie la plus inattendue du lieu. D’abord parce que ces promenades, ponctuées par des piliers qui pourraient être aussi bien des colonnes que des troncs d’arbre, ont été faites en béton. Ensuite parce que l’imagination de l’architecte s’y est donné libre cours : ses colonnes sont courbes, inclinées, ou se terminent en paniers. Leur découverte est une surprise de chaque instant, d’autant que leur style rustique - qui n’est pas sans rapport avec les étrangetés du célèbre facteur Cheval - donne lieu à des solutions plastiques totalement neuves pour l’époque, et qui n’ont jamais été égalées depuis.
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