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mardi 6 mai 2008

27-27 bis quai Anatole-France (7e arrondissement)


C’est pour les “héritiers Lazard” que Richard Bouwens van der Boijen construisit ces deux imposants immeubles. La demande de permis du premier, au n°27, fut publiée le 5 juillet 1905 ; celle du n°27 bis date du 30 mars 1906. Cette simple chronologie pourrait suffire à comprendre, d’emblée, le caractère sympathiquement disparate de ces édifices, s’ils n’étaient pas tous deux clairement datés... de 1905. On peut donc se permettre d’interpréter la seconde demande comme une régularisation administrative, l’immeuble ayant probablement déjà été achevé au moment de la publication.
Pour des édifices visibles de très loin - et même depuis la place de la Concorde -, bénéficiant en outre d’une situation prestigieuse sur le bord de la Seine, l’architecte ne pouvait évidemment pas se contenter de façades plates et ordinaires ; il avait bien trop de talent pour se cacher avec banalité dans un paysage terne. Il choisit donc de creuser la façade du n°27 et de jouer sur l’étonnante variété formelle du n°27 bis, y utilisant brillamment tout les moyens formels alors possibles : grande fenêtre en plein cintre, colonnade, bow-window, clocheton... On peut difficilement construire deux bâtiments aussi différents, dans l’ensemble comme dans le détail.











Sera-t-on déçu par la symétrie de l’immeuble le plus imposant, et par son absence presque totale de décor ? Ce serait peut-être faire injure à l’art de l’architecture que de penser qu’il a uniquement de l’intérêt dans la luxuriance des matériaux ou dans la collaboration luxuriante d’un talentueux sculpteur-ornemaniste. Si l’Art Nouveau s’est beaucoup déconsidéré par des effets un peu factices, il a heureusement su générer quelques œuvres d’une plus grande rigueur formelle. C’est parfois là que se reconnaissent les chefs-d’œuvre. Le 27, quai Anatole-France - qui faisait alors encore partie du quai d’Orsay - se singularise, en effet, par l’austérité de ses murs, à peine animés par quelques balcons, comme suspendus sur la façade. Sans doute Bouwens van der Boijen a-t-il voulu faire le contraire de ce qu’on peut voir sur l’hôtel voisin, caractérisé par ses beaux ordres classiques et ses copies d’antiques. On s’en apercevra en comparant leurs deux “murs” de clôture, creusé en son centre au n°25 et surélevé au n°27, mais pareillement ornés de fenêtres circulaires. Jouant sur l’absence presque totale de toute sculpture ornementale, Bouwens concentra sa fantaisie visuelle sur les parties hautes de son immeuble, notamment les toitures arrondies de ses deux balcons d’angle et, surtout, l’étrange tambour central, couronnant l’édifice comme une sorte de château d’eau. Probablement s’agit-il du sommet d’une magnifique cage d’escalier.

Pour les amateurs que cet Art Nouveau un peu austère rebuterait un peu, l’immeuble du 27 bis propose des grâces un peu plus conformes à l’esthétique du temps : jeu sur les matières, les formes, les ouvertures. Mais avec la rigueur à laquelle cet architecte fut toujours fidèle. Ainsi les principales céramiques du décor ressemblent - lâchons-nous et parlons “moderne” ! - à un jeté de CDs perforés, à motifs de fleurs totalement stylisées. La géométrisation de ces motifs peut être d’un très grande diversité pour les assises de chaque étage du bow-window, signe qu’il n’y a pas de règle bien définie chez Bouwens. Il s’est d’ailleurs permis d’utiliser la couleur pour les curieux auvents du rez-de-chaussée et du premier étage, rappel évident de ses origines néerlandaises. Dans le détail, ces ornements annoncent beaucoup plus l’Art Déco qu’ils ne participent à l’Art Nouveau, nouveau signe de l’originalité de cet architecte précurseur. On ne s'étonnera pas que ce revêtement de céramique vienne de la fabrique de Gentil et Bourdet qui, très tôt, a largement préfiguré l'art des années 1920 dans ses créations.

Il faut pratiquement traverser la Seine pour savourer l’ordonnancement des toitures, l’amusante gloriette sommitale et, surtout, l’immense baie demi-circulaire. Celle-ci a depuis longtemps fait la célébrité de l’édifice. Pourquoi ? Parce que ce salon est éclairé toute la nuit - du moins était-ce le cas il y a encore quelques années -, particularité qui a fait fantasmer bien des curieux et qui a même fait l’objet d’un joli échange de répliques entre Nathalie Baye et Gérard Depardieu dans le film “Rive droite - Rive gauche”. On peut toujours se donner rendez-vous, à deux heures du matin, pour vérifier si cet amusant phénomène continue toujours...

dimanche 2 décembre 2007

8 rue de Lota (16e arrondissement)


Richard Bouwens van der Boijen était le fils d’un grand architecte d’origine néerlandaise, principalement auteur, à Paris, du siège du Crédit Lyonnais et du musée Cernuschi. Très tôt dans sa propre carrière, le fils construsit cet hôtel particulier pour lui-même, afin d’avoir une adresse professionnelle indépendante de celle de son père et quitter ainsi le 45, rue de Lisbonne, où celui-ci vivait. Il en fit publier la demande de permis de construire, le 30 septembre 1898.

En attribuant à cet hôtel une des primes du Concours de façades de la ville de Paris, pour l’année 1899, le jury se justifia de façon brève, mais éloquente : “La façade de l’hôtel que M. Bouwens a construit, 8, rue de Lota, est d’une simplicité artistique charmante ; son caractère, un peu inspiré de l’architecture florentine, a été modernisé et rendu bien français par l’emploi judicieux de céramiques et de briques de couleur. L’ensemble est d’un goût parfait et peut sans crainte être donné comme exemple.”
Cette façade, composée de trois travées identiques, est d’une assez fausse simplicité, son dernier étage étant percé par une discrète galerie ouverte. Les murs des deux étages intermédiaires sont couverts de briques, dont certaines, vernissées en bleu-vert et blanc, forment des dessins géométriques d’une sobre élégance, destinés à souligner les arcs des ouvertures ou l’assise de la loggia terminale. Ce travail a été réalisé par Gentil et Bourdet, qui collaborèrent plusieurs fois avec Bouwens van der Boijen.

Sommes-nous véritablement ici dans le domaine de l’Art Nouveau ? Pas vraiment, si nous considérons l’édifice tel qu’il se présente aujourd’hui, en dehors des matériaux colorés qui placent directement cette maison dans la fantaisie pronée par le Modern Style. Mais il nous faut admirer l’élévation qui fut jointe au dossier de voirie pour en savourer l’état primitif, bien surprenant. La forme des ouvertures y est réellement différente, ainsi que les motifs constitués grâce aux briques de couleur. La maison paraissait alors plus discrète et donnait même l’impression d’être plus étroite et plus haute, terminée par un étage où les doubles colonnes semblaient séparer des fenêtres, creusées dans la façade et protégées par une toiture en saillie, mais plus individualisées. Hélas, en modifiant son projet, Bouwens van der Boijen simplifia également la ferronnerie de sa porte d’entrée, qui promettait d’être un beau morceau ouvertement Art Nouveau.


Le Concours de la ville de Paris ne récompensait, comme son nom l’indiquait, que des façades. Mais l’intérieur de l’hôtel n’avait pas été oublié par l’architecte. L’Académie d’Architecture conserve heureusement quelques photographies et documents relatifs à la décoration intérieure, principalement de la salle à manger. Celle-ci était éclairée, sur la façade arrière, par un immense vitrail représentant un paysage ensoleillé. L’espace conservait un caractère très hollandais, grâce à une peinture ancienne et à son plafond, en forme de carène de bateau. Les murs étaient entièrement couverts de boiseries, en bois sombre marqueté, les parties hautes des murs étant peints avec de fausses architectures de jardin couvertes de rosiers.
Bouwens dessina tous les éléments de cet espace, et en particulier la belle horloge-baromètre murale, dont on conserve une belle aquarelle préparatoire au titre poétique : “A qui sait aimer, les heures sont roses”.

J’ignore si ce décor étonnant existe toujours derrière la gracieuse et très simple façade de la rue de Lota. Sa précocité - en 1899 ! - lui aurait à elle seule mérité une conservation respectueuse. Mais les changements de goût ont souvent été cruels pour les décors intérieurs des habitations particulières. Il ne serait pas surprenant qu’il ait aujourd’hui disparu...

28 juin 2008 : Mes craintes, pour une fois, n'étaient pas fondées, puisque la surprenante salle à manger de l'hôtel Bouwens existe toujours. Alléluia ! Certes, son mobilier mobile semble avoir été aujourd'hui dispersé, mais son extraordinaire vitrail - monochrome, pour l'essentiel - est toujours en place, comme les boiseries, portes et buffets. Mais tout danger n'est pas pour autant écarté car, servant à dispenser les cours de l'Institut supérieur de Gestion, il n'est pas à l'abri d'un désir de "modernisation", menace constante pour tout bâtiment d'habitation dont la fonction a été modifiée.