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samedi 9 août 2008

Jeu 2008 - Envoi n°6 : 50 rue de Strasbourg (Vichy - Allier)


Je ne sais pas pourquoi, mais on m’a fréquemment parlé de Vichy ces derniers temps. D’abord pour me signaler des balcons “style Guimard”, au 53-55, boulevard Carnot (mais il y en a également sur un immeuble de l’avenue Jean-Jaurès), puis pour me signaler cette amusante maison du boulevard de Strasbourg. Merci donc à O. P. de participer à notre jeu avec cette curiosité. Je ne doute pas qu’elle plaira !

Les proportions de l’édifice sont modestes, mais l’architecte en a magnifié l’apparence avec une curieuse décoration, destinée à souligner l’arête du toit et la fenêtre du combe. Quoique bien simples, les lignes de cette ornementation ne manquent pas d’originalité, même si leur épaisseur et leur dessin malhabile relèvent d’une certaine naïveté.
Malgré son charme certain, cet élément ne suffirait pourtant pas à signaler la maison à nos regards presque blasés par tant de chefs-d’œuvre déjà rencontrés. L’artiste a donc ajouté des balcons, une rambarde d’escalier et une clôture, d’un dessin beaucoup plus compliqué, visuellement très impressionnants. Le travail de sculpture, autour des ouvertures, est beaucoup moins convaincant, même s’il reste dans le ton, comme les huisseries de toutes les fenêtres.

On regrettera néanmoins l’actuel crépi de l’édifice, d’une affligeante platitude. Comment était-il à l’origine ? Sans doute y avait-il un élément coloré un peu plus démonstratif et sympathique. Et on blâmera le créateur de n’avoir pas été plus audacieux dans la conception très conventionnelle de sa porte d’entrée - pourtant un morceau de bravoure des architectes 1900 ! -, ni dans celle des vitraux de son imposte.
En consultant la base Mémoire - toujours utile pour les constructions de cette époque -, on pourra constater avec plaisir que cette maison est inscrite à l’inventaire des Monuments historiques. On lui attribue, au passage, la date de 1904, sans que cet élément historique soit justifié d’une façon quelconque (ce qui arrive malheureusement assez fréquemment sur ce site). Prenons donc l’information pour ce qu’elle vaut.


Ne quittons évidemment pas Vichy sans évoquer l’établissement thermal et le casino, chefs-d’œuvre de Charles Lecœur, qui méritent amplement le détour, pour ses grès de Bigot, ses sculptures du toujours délicat Pierre Seguin, mais aussi, à l’intérieur, pour les merveilleuses peintures murales d’Osbert. Cet ensemble imposant, un peu plus tard complété par Charles Letrosne - relève d’un Art Nouveau totalement assimilé par l’éclectisme encore triomphant à cette époque, mais dont les grâces s’étaient d’elles-mêmes imposées pour leur caractère festif, presque indispensable dans une ville thermale de cette époque, où les curistes passaient beaucoup plus de temps dans les divers lieux de divertissement de la ville qu’à boire quelques verres d’eau quotidiens.

samedi 2 février 2008

2 bis et 4 avenue des Gobelins (5e arrondissement)


Au mois de mai dernier, j’avais présenté un premier immeuble de l’architecte Louis Pierre Marquet (1859-1932), construit au 53, rue Truffaut, dans le XVIIe arrondissement (1903). J’avais alors promis de faire d’autres excursions dans son œuvre si l’occasion s’en présentait.
Une petite promenade dans le Ve arrondissement m’a fait remarquer deux autres immeubles du même artiste, contigus, et construits à la même période, le premier pour M. Girbal (demande de permis de construire publiée le 1er avril 1902), à l’angle de la rue de Valence, et le second pour M. Lesrel (demande publiée le 26 juin 1903).


Les deux édifices n’ont évidemment pas été conçus en même temps, mais l’architecte s’est ingénié à harmoniser l’édifice le plus tardif au style sage et élégant du plus ancien. Pour chacun, une gamme de plantes très particulière a été choisie pour le décor sculpté : glycine et roses, sur l’immeuble d’angle ; fougères, pommes de pin (et quelques jolis oiseaux), sur l’immeuble voisin.

Comme d’habitude, Marquet se distingue par son style très élégant, une construction sobre et fortement imprégnée de tradition, avec des éléments décoratifs d’une modernité sage. Avec l’aide du gracieux sculpteur ornemaniste Pierre Seguin, il réussit à faire un Art Nouveau acceptable, plaqué sur une architecture parfaitement classique.


On y admirera donc essentiellement le décor, d’une délicatesse exquise, en particulier sur les entourages de portes d’entrée, à motif de glycine pour l’un, animé par les ravissantes têtes d’une jeune femme et de ses deux enfants pour l’autre. Apparemment, ce dernier relief porte une signature spécifique, limitée aux initiales “PR” ; il aurait donc été demandé à un autre artiste que Seguin. Au moment où je photographiais la façade, un monsieur m’a chaleureusement incité à prendre une image de cette charmante scène familiale, en m’assurant qu’elle était... de Rodin. En 1902, Auguste Rodin était déjà le maître incontesté qu’il est resté depuis, et on l’imaginerait mal s’abaisser à fournir ce petit relief pour un simple immeuble parisien. S’il s’est essayé effectivement à un tel exercice, ce fut à Bruxelles, au temps des vaches maigres de sa jeunesse. Au début du XXe siècle, il avait alors de bien plus grandes ambitions. Je n’ai évidemment pas contredit mon sympathique interlocuteur, et photographié le détail. Ce que j’aurais évidemment fait, de toutes façons.

Un article d’Edmond Uhry, “Maison de rapport de L. P. Marquet à Paris”, de novembre 1904, permet de lever toute ambiguïté à ce sujet, s’il pouvait y en avoir une : les deux immeubles de l’avenue des Gobelins y sont présentés - avec une amusante image du n°2 bis, réalisé avant l’édification du n°4 -, ainsi que ceux de la rue Truffaut et de la rue Hermel. Le sculpteur de ce relief y est clairement nommé “Roussel”, qui n’est autre que Paul Roussel (1867-1928), prix de Rome de sculpture en 1895 et artiste prolifique, dont l’art, constamment gracieux, a souvent sacrifié aux grâces de l’Art Nouveau. On connaît principalement de lui quelques beaux groupes sculptés (dont “L’Etoile du berger”, bel ornement de l’esplanade du Gravier, à Agen), mais aussi des pièces d’art décoratif, comme la gracieuse sirène de la façade de l’établissement thermal de Vichy, magnifiquement traduite en grès bleu par Alexandre Bigot. C’est grâce à une petite image du fonds photographique documentaire sur l’artiste, donné au musée d’Orsay en 1979, que cette identification a pu être confirmée, puisqu’on y reconnaît parfaitement l’esquisse en plâtre du dessus de porte du 4, avenue des Gobelins, photographiée en cours de réalisation dans l’atelier de l’artiste.

A l’époque de la construction de ces immeubles, le Modern Style était attaqué de toutes parts et les audaces architecturales furent particulièrement visées. Marquet ne se risqua guère à des excentricités formelles que dans son édifice de la rue Truffaut. Avenue des Gobelins, il resta beaucoup plus sagement dans le cadre de la tradition. Le vestibule de l’immeuble le plus tardif n’est même pas décoré d’une façon particulière, l’autre étant très joliment orné de stucs à motifs floraux, de panneaux très stylisés ornés de branches de lierre, ainsi que de deux vastes paysages aux teintes automnales.
En dépit de leur très grande sagesse, ces édifices furent remarqués en leur temps et la presse spécialisée en loua l’élégance et la modernité sans tapage, notamment les fameuses “Monographies” de Raguenet, qui consacra son n°190 au n°2 bis. Sans être des œuvres de génie, ils n’en annoncent pas moins, pour autant, l’époque d’un Art Nouveau de compromis, moderne par le décor mais appliqué à une structure très conventionnelle. Pour défendre ces édifices très séduisants, mais qui ne se laissent pas immédiatement apprivoiser, il est nécessaire de reconnaître que les enseignes et les caméras de surveillance, de la banque qui occupe aujourd’hui l’angle de la rue de Valence, ne sont pas ce qu’il y a de mieux pour valoriser une ravissante composition florale, chargée d’unir visuellement une porte avec la fenêtre qui la surplombe.

samedi 1 septembre 2007

39 rue Scheffer (16e arrondissement)


Le second et dernier immeuble construit par Ernest Herscher fut élevé sur une charmante et étroite rue en pente, dans un quartier à l’atmosphère toujours aussi sympathiquement provinciale - malgré sa proximité d’alors avec l’imposant palais du Trocadéro, et d’aujourd’hui avec la très ennuyeuse avenue Paul-Doumer. Le musée Carnavalet possède un ensemble de petites gouaches peintes par un amateur du nom de Chauvet, entre 1890 et 1895, qui voulait témoigner de l’apparence encore presque paysanne de certaines rues d’Auteuil et de Passy. Et plusieurs de ces amusants dessins ont été faits dans les abords immédiats de la rue Scheffer.
La publication de la demande de permis de construire, du 31 juillet 1911, ne fait même pas état d’un architecte, ce qui laisse clairement entendre avec quelle part d’orgueil Herscher assuma une activité qui, pour lui, était très occasionnelle. Il ne se déclara alors que comme propriétaire, domicilié alors au 33, avenue Henri-Martin. Son ami Louis Feine, auteur du petit bijou gothique du cours Albert-1er commandé par René Lalique, le considérait pourtant comme l’un des plus grands architectes de leur génération, mais en déplorant sa paresse, son esprit fantasque et son goût trop prononcé pour la gravure, où il se fit effectivement une certaine réputation. Ses vingt-cinq eaux-fortes, intitulées “Souvenirs du Paris d’hier”, parurent d’ailleurs en 1912, soit au moment même où cet immeuble fut construit.

Mais la rareté de ses constructions lui a permis de garder une inventivité étonnante, à une époque tardive où l’Art Nouveau, essoufflé, cherchait déjà à se renouveler, inventant progressivement la voie nouvelle qui allait le conduire vers l’Art Déco. Il est certain que concevoir deux immeubles à six ans d’intervalle - au jour près ! - avait évidemment permis à leur auteur de ne rien perdre de la fraîcheur de son inspiration. Ainsi sut-il exploiter au mieux la position de son édifice, situé à l’angle de la rue Louis-David, en ménageant entre les deux voies d’amples balcons et loggias très saillants, et en couvrant les fenêtres des deuxième et cinquième étages de délicieux toits enveloppants, ouverts comme des ombrelles. Ceux-ci ne sont pas sans évoquer le parti similaire adopté par Chedanne à l’hôtel Mercédès, rue de Presbourg.











Dans le détail, la sculpture est d’une qualité égale à celle qu’on remarquait déjà rue La Fontaine, bien qu’elle soit ici d’inspiration plus exclusivement végétale. Sans doute pourrait-on l’attribuer à Pierre Seguin, qui fut l’un des plus délicats ornemanistes de sa génération. Le travail de ferronnerie, pour sa part, se révèle ici beaucoup plus raffiné qu’en 1905, l’originalité du précédent immeuble s’étant essentiellement cantonnée dans des éléments de structure en fer industriel, abandonnant les garde-corps des fenêtres à des modèles assez médiocres. Seule véritable déception de la construction de la rue Scheffer : les portes d’entrée, au décor malingre et pauvre, trahissent une simple fonction utilitaire.
Pour intégrer son édifice dans un environnement encore presque campagnard, Herscher ménagea, sur la rue Louis-David, un charmant jardinet pourvu d’une très simple mais assez jolie grille, qui existent encore aujourd’hui.

lundi 2 juillet 2007

3 rue Alfred-Dehodencq (16e arrondissement)


C’est pour une demoiselle, Mlle Baconnier, que le très élégant Du Bois d'Auberville conçut ce ravissant hôtel particulier. L’œuvre est tardive, puisque la demande de permis de construire ne fut pas publiée avant le le 27 mars 1911. Elle n’est malheureusement signée, ni de l’architecte, ni de Pierre Seguin, le sculpteur qui lui fut longtemps fidèle.
L’édifice se signale par un mélange de simplicité parfois austère et d’exubérance réjouissante, dont Seguin se chargea presque entièrement. Ainsi, à côté d’éléments très sobres, simples ponctuations destinées à souligner les lignes principales de la composition architecturale, nous trouvons de véritables reliefs naturalistes, en particulier sous forme de panneaux, placés entre les fenêtres des étages intermédiaires. Le petit bow-window central, véritable axe visuel de la façade, fait l’objet d’une décoration particulièrement soignée, avec son amusante et ingénieuse jardinière de pierre.



Mais c’est l’entrée de la maison qui retient essentiellement l’attention. Les deux portes - clairement singularisées par leurs largeurs différentes - sont reliées par un motif floral d’une surprenante mise en page, certainement inspirée par la façon dont on illustrait alors certains journaux, par des bandeaux ornementaux au format étroit clairement japonisant. Le tympan, pour sa part, propose une ravissante jeune femme - évocation certaine de la commanditaire, à défaut d’y supposer un portrait véritable -, perdue au milieu des champs et saisissant de sa main droite une gerbe de blés. Le style de Seguin s’y retrouve entièrement, dans le détail très précis des fleurs comme dans l’élégance raffinée de tous les motifs.

jeudi 17 mai 2007

1-5 avenue Mozart et 36-38 rue Bois-le-Vent (16e arrondissement)


Le programme n’était pas facile : construire trois immenses bâtiments, à l’entrée de l’avenue Mozart, et dominant un très large carrefour. C’est ce que désirait M. Castan, leur commanditaire, qui en fit publier la demande de permis, le 11 novembre 1909. De façon amusante, l’architecte raffiné qu’il avait choisi fut alors appelé “du Bois de Suberville”, et non Du Bois d’Auberville, comme il est bien indiqué sur les façades.













L’architecte s’est magnifiquement tiré de ce chausse-trappe en créant de puissantes scansions, sur ses larges façades, grâce à plusieurs travées en encorbellements, décorées de beaux occuli superbement fleuris, aussi abondamment que les larges gaines de ces saillies. Le sculpteur du décor floral, composé d’une infinité de variations autour de la fleur et de la tige de volubilis, est clairement nommé sur les murs : Seguin, qui signa aussi quelques-unes des plus belles façades du même arrondissement.
Les portes d’entrée signalent de beaux immeubles bourgeois, avec leurs grandes vitres protégées par de majestueuses ferronneries, et leurs poignées en bronze doré, créations remarquables d’équilibre et d’originalité.

mercredi 2 mai 2007

16 bis avenue Elisée-Reclus (7e arrondissement)


Après les excentricités de Lavirotte, l'immeuble d'Alexandre Barret (1863-1921) paraîtra d'une sagesse un peu nue, mais ô combien salutaire et rafraîchissante. Cet architecte est suffisamment rare à Paris pour mériter un petit détour. Resté adepte du rationalisme cher à Viollet-le-Duc et Anatole de Baudot - qui prônait un retour à l'authenticité de l'architecture, et dont l'Art Nouveau s'est maintes fois réclamé -, on le connaît surtout pour quelques belles réalisations à Boulogne-Billancourt -où il fut architecte municipal -, en particulier une charmante petite maison sur l'avenue de la Reine, miraculeuse préservée, la salle des Fêtes et la maison de repos de la rue des Abondances. Barret laisse toujours clairement apparaître les lignes de force de ses constructions, principalement conçues comme des volumes clairement reconnaissables en façade, auxquels le décor, toujours sobre, est complètement soumis. Ici, sur l'avenue Elisée-Reclus, le porche d'entrée est parfaitement isolé et la cage d'escalier signalée par une forte saillie ; sur le Champ-de-Mars, les espaces sont soulignés par un jeu d'arcs au rythme joliment irrégulier. En somme, un petit bijou tout simple, où les éléments sculptés ou colorés - quelques carreaux et panneaux de Bigot - restent toujours très discrets.
Il n'a pas été simple de retrouver la date de construction de ce bel immeuble. Par chance, il a été plusieurs fois publié à son époque, et notamment dans les "Monographies de bâtiments modernes" de Raguenet (n°241). Celles-ci nomment clairement l'architecte, mais ne font qu'évoquer sommairement le propriétaire, sous le nom de "M. de T...". Ces quelques informations suffisent heureusement à retrouver la demande de permis de construire, à la date du 11 avril 1907. Cette fois, l'architecte n'est même pas mentionné, mais le commanditaire est plus précisément identifié : de Tavernier, demeurant alors au 67, rue de Prony. La publication de Raguenet apporte plusieurs autres précisions intéressantes. En premier lieu, que l'édifice fut conçu comme un vaste hôtel particulier, mais avec la singularité des deux derniers étages, qui étaient proposés à la location. Ensuite, grâce à ses beaux dessins, elle propose des vues d'un majestueux grand salon, ouvert sur le jardin, d'un Art Nouveau joliment teinté de style roman, et nous apprend alors que le sculpteur ayant réalisé sa décoration était Pierre Seguin, un bel artiste qui collabora à plusieurs autres belles maisons de style 1900.Ce salon existe-t-il toujours aujourd'hui ? On aimerait l'espérer.