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vendredi 22 juin 2007

12 rue du Renard (4e arrondissement)


Nous avons déjà pu admirer un immeuble construit par Edouard Bauhain (1864-1930) et Raymond Barbaud (1860-1927), dans la discrète rue Lalo, dans le XVIe arrondissement. Mais j’avais dit alors que, malgré ses qualités, réelles, il ne figurait probablement pas parmi les chefs-d’œuvre de ce sympathique duo d’architectes.
L’immeuble du Syndicat de l’Epicerie française, au contraire, est un édifice important, tant par son emplacement sur une belle artère du centre de Paris - il se retrouve aujourd’hui presque en face du Centre Georges-Pompidou - que par son statut insolite : une maison syndicale.
Barbaud et Bauhain semblent avoir eu, pendant quelques temps, les faveurs de la revue “L’Art décoratif”, puisque Edmond Uhry leur consacra un article en avril 1904, pour cet immeuble-ci, puis en septembre de la même année, pour leur bel édifice de l’avenue Victor-Hugo. En octobre 1905 fut également présentée leur décoration, aujourd’hui disparue, de la brasserie Cadéac, place du Châtelet. Cette fidélité apparaît d’autant plus admirable que la revue n’était pas spécialisée en architecture, traitant de tous les domaines artistiques contemporains. On notera pourtant que la publication du Syndicat de l’Epicerie fut bien tardive, puisque la demande de permis fut publiée le 18 juin 1900, et l’édifice signé en 1901. L’article de 1904 réparait donc très certainement un oubli, peut-être considéré comme une injustice.











Mais le relatif silence fait autour de cet immeuble trouve une nouvelle fois sa justification dans le caractère assez ouvertement germanique de son décor, ici bien plus affirmé que rue Lalo, avec ses grosses têtes, superbes et impassibles, ses grands cartouches aux encadrements richement fleuris, les larges arches de son rez-de-chaussée, évoquant les nombreuses gares alors construites dans tout l’empire austro-hongrois.











Il est assez difficile de bien apprécier la façade de cet immeuble, tant la circulation est dense sur la rue du Renard. On en est donc réduits à la regarder du trottoir d’en face, ou de se tordre le cou pour apercevoir tous ses détails sculptés. Mais ceux-ci méritent vraiment un petit effort. L’incontournable J. Rispal, collaborateur régulier des deux architectes, est l’auteur de l’ensemble de cette ornementation figurée, tant les têtes monumentales qui couronnent les forts piliers que les quatre Saisons, qui surmontent deux fenêtres du 1er étage. En frontispice, j’ai choisi le gracieux détail de l’Automne ; on trouvera le Printemps et l’Eté sur une autre de mes images. Tout cela est remarquablement exécuté, avec une extraordinaire finesse. Portes et ferronneries ne sont pas en reste, merveilleusement originales. Il est à peu près certain que les contemporains ont vu cet édifice, très singulier et apparu à une époque encore précoce, et en ont mesuré toutes les propositions plastiques. Mais le rejet de tout germanisme n’a évidemment pas contribué à faire de cet immeuble un modèle très largement suivi. Un petit courant Jungenstil a pourtant bien failli exister à Paris, mais on lui préféra d’emblée un style plus latin, teinté de gothique ou de classicisme, plus fantaisiste, plus “canaille”. Les formes amples et massives de Barbaud et Bauhain, finalement, ne connurent pas vraiment de succès... et ils furent les principaux représentants de cet Art Nouveau rare et atypique, qu’ils persistèrent à défendre dans la plupart de leurs constructions.

L’édifice n’abrite plus le Syndicat de l’Epicerie française, depuis peu, comme me l'a signalé un gentil correspondant du blog. On y trouve aujourd’hui le “Théâtre du Renard”. Il ne possède donc probablement plus sa salle de réunion d’origine, assez sobre, mais d’une assez belle apparence. Edmond Uhry eut au moins la bonne idée d’en publier une photographie dans son article de 1904.

J'avais omis, en rédigeant cet article, de signaler une particularité singulière de ce bâtiment, à savoir qu'il était en grand partie conçu comme un immeuble de rapport, le Syndicat n'occupant que les niveaux inférieurs. "La Construction moderne", à l'occasion de l'article qu'elle consacra à cet ouvrage, eut la très bonne idée de publier le dessin d'une belle cheminée d'appartement, très certainement conçue en collaboration avec Rispal. Je corrige donc cette imprécision en ajoutant cet élément de décor, très élégant et d'une grande pureté de ligne.

dimanche 3 juin 2007

5 rue Lalo (16e arrondissement)


Comme Richard et Audiger ou Sauvage et Sarazin, Barbaud et Bauhain font partie des “couples” d’architectes les plus importants de l’époque 1900. Ils ont signé à Paris plusieurs réalisations importantes. Parmi celles-ci, leur immeuble de la rue Lalo n’est sans doute pas leur plus grand chef-d’œuvre, et je dois même avouer avoir été un peu déçu en le revoyant récemment. Néanmoins, on ne peut qu’être sensible à la qualité de sa décoration sculpté, due à J. Rispal - qui leur fut longtemps fidèle -, la grâce de ses petits panneaux de mosaïques, l’originalité générale d’un édifice à la fois discret et élégant, malgré des proportions très imposantes.
L’ingratitude d’une parcelle très longue, mais apparemment assez peu profonde, n’était pourtant pas un véritable handicap pour ces architectes ; ils ont souvent démontré leur talent dans le monumental. Mais la rue n’est pas très large et l’immeuble risquait de manquer de recul pour être apprécié à sa juste valeur. D’où le parti intéressant de creuser la façade et d’aménager une petite cour antérieure dans cet arrondi.





















Il faut reconnaître à Barbaud et Bauhain une originalité intéressante, qui suffit à rendre singuliers la plupart de leurs édifices. Car ceux-ci ne relèvent pas entièrement du Modern Style à la française, puisqu’ils s’inspirent souvent, et assez ouvertement, de la Secession viennoise. C’est une curiosité de style qu’ils ont partagé avec fort peu de leurs confrères, puisque la France, à cette époque privée de l’Alsace et de la Moselle, tenait ouvertement à distance toute influence germanique. Ils semblent donc avoir trouvé des commanditaires assez large d’esprit pour ne pas être choqués par leur architecture parfois plus autrichienne que parisienne. En en particulier celui-ci, Lounier, dont la demande de permis de construire fut publiée le 3 février 1906.
Le premier indice de cette surprenante affinité apparaît ici dans la présence d’impressionnantes têtes de jeunes femmes, au sommet des deux angles de la façade. Leur inexpressivité, comme la façon dans les faire émerger d’une sorte de gaine décorative, semblent beaucoup plus fréquentes dans une ville comme Prague, où travailla évidemment beaucoup le peintre tchèque Alfons Mucha, dont ces beaux visages s’inspirent visiblement. Les autres indices se devinent dans le caractère très stylisé du reste de la décoration florale, notamment sur la lourde balustrade de pierre du deuxième étage, ou dans les ferronneries, celles des fenêtres bien sûr, mais surtout celle de la porte d’entrée, d’une sobriété harmonieuse alors peu fréquente à Paris.

Pour adoucir cette mâle sévérité, Rispal a décoré l’entourage du petit porche avec de très fins panneaux consacrés à la tendresse maternelle, occasion pour lui d’inscrire d’autres beaux visages dans des rinceaux végétaux d’un dessin très agréable.