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samedi 15 mars 2008

127 rue de la Glacière (13e arrondissement)


L’architecte Paul J. Mérou représente une bien sympathique rareté parisienne. Son nom n’apparaît pas avant 1900 parmi les demandes de permis de construire et disparaît après 1912. Surtout familier des XVIIIe et XIXe arrondissements pendant les premières années de son activité dans la capitale, il se déplaça ensuite plus volontiers dans les XVe et XVIIe arrondissements. Sa carrière resta modeste ; à peine peut-on comptabiliser une douzaine de projets dont il est l’auteur pendant ces douze années.
Quelques recherches complémentaires m'ont permis d'affiner quelque peu ce portrait succinct. Né à Paris, diplômé de l'école spéciale d'architecture en 1893, il semble avoir eu principalement une activité d'expert près les justices de Paix des IVe, Ve et XVIe arrondissements.

La petite maison de la rue de la Glacière fut donc pour lui une incursion éphémère dans un quartier où il ne travailla qu’une seule autre fois, sur le quai de la Gare, en 1910. Modeste, elle n’interpelle véritablement le passant qu’au coucher du soleil, lorsque se mettent à scintiller ses carreaux de faïence à la glaçure irisée. Ces carreaux, ainsi que les couronnements des ouvertures en grès, sont l’œuvre de céramistes assez peu connus : Lamare et Turlin. La plaque qu’ils eurent la bonne idée d’apposer sur la façade précise leur adresse : 56, rue de Paradis,soit là où la plupart des grandes entreprises de céramique avaient au moins un magasin, un atelier ou un entrepôt.

Mérou a également signé son travail sur un carreau de grès, adoptant là un très joli graphisme, qui n’est pas très éloigné - notamment pour la lettre “M” - de l’alphabet inventé par Guimard quelques années plus tôt.
Le commanditaire, M. Chalier - qui fit publier sa demande de permis de construire le 18 juillet 1904 -, n’a évidemment pas demandé une maison princière. A l’époque, le quartier était très populaire et ce ne sont pas les jolis petits éléments Art Nouveau de la façade qui suffiraient à faire de son habitation une œuvre luxueuse. Mais il semble avoir recherché un certain confort et de beaux espaces.

Sans doute ne conserva-t-il pas très longtemps cette maison, puisqu’une autre demande de permis, pour une surélévation d’un étage, publiée le 10 février 1913, indique un certain Lemardeley comme propriétaire, et Coquerel comme architecte.
Ce projet de surélévation a de quoi nous intriguer, et d’autant plus que la vieille inscription en partie effacée, au-dessus de l’entrée latérale gauche, semble bien indiquer : “Microscopes Lemardeley”. Certes, les fenêtres du premier étage, sur cette travée basse, sont dépourvues des jolis bandeaux de grès qu’on trouve sur toute la partie droite. Mais le projet de 1904 évoquait clairement une construction d’un étage, soit un seul niveau au dessus d’un rez-de-chaussée. L’intervention de Coquerel concerne donc évidemment le second étage de la maison, et probablement l’aménagement de la terrasse, en prolongement, ce que confirme la couleur plus orangée des briques utilisées pour cet agrandissement. La couverture initialement conçue par Mérou a donc totalement disparu en 1912. Une consultation du dossier de voirie, aux Archives de Paris, pourrait seule nous permettre d’imaginer comment cette construction était couronnée.

Fort heureusement, les modifications n’ont pas trop touché les éléments décoratifs, dont les plus intéressants sont les jolis bandeaux de grès qui ornent les fenêtres, agrémentés en leur centre d’une charmante tête de femme pour celles du premier étage. La composition, très simple et équilibrée, est bordée par de jolis enroulements Modern Style, d’un dessin très élégant.
N’étant vraiment pas certain d’avoir une nouvelle occasion de consacrer un article à Mérou, j’ajoute donc ici quelques mots sur l’immeuble qu’il édifia pour M. Débonnaire au 88, rue Lamarck (XVIIIe arrondissement). La demande de permis ayant été publiée le 10 janvier 1902, c’est donc une réalisation très antérieure à celle de la rue de la Glacière.


L’immeuble nous intéresse dans le sens où il permet d’éviter de croire que Mérou fut un fervent et talentueux adepte de l’Art Nouveau. Aidé par le sculpteur Beauté, il imagina là un décor d’un classicisme assez banal. Le soubassement du balcon du deuxième étage est néanmoins souligné par une épaisse frise végétale, d’une simplicité un peu maladroite, mais dont l’agencement relève totalement du style qui nous intéresse.

mardi 27 mars 2007

76 avenue d'Italie (13e arrondissement)



















Une de mes plus récentes découvertes fut cet immeuble à l'angle de l'avenue d'Italie et de la rue de Tolbiac. Je l'ai surnommé la "Maison des bouches", à cause de sa décoration sculptée très singulière, principalement constituée de têtes humaines, criant, riant ou paraissant pleurer, ne se singularisant véritablement que par l'expression de leurs bouches. Une intention symbolique paraît évidente, même s'il est possible de la trouver un peu obscure.
L'édifice est signé et daté "G. Just et E. Denis / architectes / 1901". Selon la demande de permis de construire, du 25 mars 1901, le propriétaire s'appellait Volbold, et habitait 13 rue Saint-Jean, à Dreux (Eure-et-Loire). Les deux architectes, pour leur part, habitaient dans le voisinage, au 66 avenue d'Italie.
Le dessus de la porte d'entrée donne le ton de la maison, avec ce jeune homme ouvrant grand la bouche. Il s'agit d'un portrait évident, et le sculpteur a volontairement montré ses dents et détaillé ses mèches de cheveux, ainsi que sa barbiche mal peignée !
Le vestibule, qu'on peut apercevoir au travers de la porte vitrée, cache une autre surprise : quatre panneaux de mosaïques murales, très lointainement inspirés par le célèbre affichiste Mucha. Sur le sol des parties communes de ce rez-de-chaussée, d'autres mosaïques sont également visibles. Mais, là, de toute évidence, leur auteur semble avoir consulté le luxueux album publié en 1898 par Hector Guimard sur le Castel Béranger, cet immeuble construit rue La Fontaine (16e arrondissement), qui le fit connaître au public et lui assura immédiatement une certaine célébrité. Sans être des emprunts au sens propre du terme, ses motifs sont très comparables aux fameux coups-de-fouet guimardiens ! Néanmoins, l'accumulation des détails, la complication de chaque panneau, ainsi que l'apparition déroutante de quelques iris trop réalistes, permettent d'avoir l'assurance que Guimard lui-même n'a aucun rapport avec cette création. Ses propres mosaïques de sol étaient beaucoup plus sobres, et leur composition était mieux équilibrée. Nous évoquerons d'ailleurs un autre jour un autre immeuble où le même mosaïste a réalisé un pastiche similaire, peut-être un peu mieux réussi.