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dimanche 2 mars 2008

De nouveaux jolis détails....


Pour aujourd’hui, voici une nouvelle moisson de jolis morceaux de sculpture décorative, glanés un peu partout dans la capitale. Cette fois-ci, nous ignorerons le XVIe arrondissement, la précédente récolte lui ayant été consacrée.
Commençons au 34, avenue de Clichy (XVIIIe arrondissement), avec un immeuble un peu triste, signé et daté : Hodanger 1907. Une petite “Parisienne”, œuvre du sculpteur Anciaux, nous y attend au-dessus de la porte. Mais elle espère surtout un nettoyage qui lui rendra jeunesse et séduction.

L’histoire de cet immeuble constitue un vrai petit mystère, car si la seule demande de permis de construire trouvée pour cette adresse mentionne bien l’architecte Hodanger, et pour deux corps de bâtiments, c’est à la date du 29 août 1891 ! Le 5 décembre de la même année fut même publiée l’information que les travaux étaient bien commencés, mais en précisant qu’ils ne concernaient que le fond de la propriété. Aurait-on attendu près de seize ans pour entreprendre, enfin, un bâtiment sur rue ? Cela semble peu crédible. Mais ces informations montrent, au moins, la fidélité de l’architecte à cette adresse.

Non loin de là, au 120, boulevard de Clichy, nous attend un immeuble édifié par P. Lecocq en 1908. L’édifice, nettement plus séduisant que le précédent, fut commandé par Mme Beauvais - qui habitait à Bagnoles-de-l’Orne - et sa demande de permis, où le nom de l’architecte est omis, date du 20 novembre 1907.
Son attrait principal vient du joli galbe de sa porte d’entrée, dont le décor sculpté laisse apparaître des essences de plantes plutôt rares en architecture : le platane et le dattier, occasion de faire de jolis arrangements de feuilles. Les ferronneries employées pour les garde-corps sont toutes de type industriel, mais un modèle particulièrement séduisant se fait remarquer au-dessus de l’entrée : c’est celui qu’employa Joachim Richard, à la même époque, pour son édifice de la rue Perrichont.

Sans vouloir trop déflorer l’article que je projette sur la rue Réaumur pour un de ces jours prochains, je ne résiste pas au plaisir de montrer ici l’œuvre que G. Salard édifia au n°39 (IIIe arrondissement), en 1899-1900. Une veuve, Mme Massignon, en était la commanditaire, et sa demande de permis fut publiée le 28 février 1899. A force d’éclectisme, l’immeuble apparaît joliment compliqué. Son amusant balcon suspendu, au centre de la façade, est soutenu par un important motif sculpté, représentant deux bustes de femmes.

Son auteur n’est autre que Pierre Roche, l’un des plus talentueux sculpteurs de la période Art Nouveau. Il en présenta le plâtre, offrant des différences notables avec la version définitive, au Salon de la Société nationale des Beaux-Arts de 1901, en même temps qu’une statuette représentant la danseuse Loïe Fuller et deux médaillons destinés au théâtre de Tulle, d’Anatole de Baudot. La ressemblance de l’un de ces médaillons, la Comédie, avec la femme de gauche de l’immeuble de Salard est évident ; or le modèle en fut également Loïe Fuller, qui influença profondément l’œuvre de Roche pendant plusieurs années. L’étonnante danseuse, qui n’était ni belle, ni grande, avait heureusement su compenser ses défauts par l’invention de danses “serpentines” où la lumière artificielle savait se combiner à l’agitation d’immenses voiles attachés à de longues baguettes de bois. Cette façon de danser, aussi originale que frénétique, influença profondément l’imagination des artistes de l’époque, comme Toulouse-Lautrec, Carabin ou Larche. Il paraît néanmoins étonnant d’en retrouver les traits sur une façade d’immeuble parisien !

Le vestibule de cet édifice n’est pas moins intéressant, notamment pour sa belle frise en céramique, aux rinceaux végétaux d’une belle complication, qui évoque irrésistiblement l’enluminure irlandaise, l’une des sources les plus anciennes du Modern Style. Bien que ma photographie ne soit pas excellente, n’ayant pas pu éviter les reflets sur une vitre un peu sale, je la publie néanmoins, pour la grande originalité du motif qu’elle propose.

Notre balade d’aujourd’hui s’achève au 72, rue de l’Université (VIIe arrondissement), pour y admirer un beau détail de l’immeuble Didot-Bottin, à l’angle de la rue dédiée à Sébastien Bottin, créateur de l’annuaire du même nom.
Le 12 novembre 1887 fut publiée l’annonce des “modifications et travaux divers”, commandés par le vicomte de Rouget à l’architecte Viée, qui furent alors commencés à cette adresse. Il paraît donc certain que l’édifice est plus ancien et que la belle horloge, dont l’encadrement sculpté fut signée par Aimé Octobre en 1907, est un ajout très tardif.

Si la composition reste totalement soumise aux modèles classiques, son traitement relève bien d’un Art Nouveau poétique et délicat, tel que surent le développer des sculpteurs comme Pierre Roche, Raoul Larche ou Paul Gasq. Malheureusement, le relief est assez gravement abîmé : l’allégorie féminine qui surmonte le cadre a déjà perdu un bras, ainsi que le détail de son gracieux visage. Les enfants de la partie inférieure ne nous sont pas parvenus dans un meilleur état : les traits de celui de gauche sont même complètement rongés par la pollution et les intempéries. La restauration de ce très séduisant morceau de sculpture serait bienvenu... avant qu’il ne disparaisse totalement.

vendredi 31 août 2007

rue des Abbesses (18e arrondissement)


Saint-Jean-de-Montmartre est l’une des très rares églises de Paris à avoir fait l’objet d’une demande de permis de construire, signe qu’elle fut initialement conçue comme un édifice privé, ne dépendant pas immédiatement d’une autorité religieuse. Cette demande fut publiée, dans le Bulletin municipal de la ville de Paris, le 26 juin 1901, à la demande de l’abbé Sobeaux (qui y est appelé “Sabaux”), curé de Saint-Pierre-de-Montmartre, qui allait ensuite devenir celui de la nouvelle église, de 1908 à 1913. Effectivement, l’église fut initiée par un conseil de fabrique. Les premiers travaux commencèrent dès 1894, mais le chantier fut interrompu par un procès intenté aux constructeurs, pour de simples raisons d’urbanisme. Il ne reprit donc qu’en 1902, et sur des plans nouveaux, qui avaient succédé à un précédent projet, objet d’une demande de permis du 19 mai 1900. Cette église, commandée comme une annexe d’un édifice plus ancien et de taille très modeste, était de toute évidence destinée à accueillir une population devenue trop importante.
Anatole de Baudot (1834-1915) figure parmi les grands héritiers de la pensée rationaliste de Viollet-le-Duc. Auteur d’un célèbre cours d’architecture qu’il donnait au Trocadéro, il construisit peu, mais toujours des édifices singuliers et originaux. Ses œuvres principales sont des lycées, Lakanal, à Sceaux et Victor-Hugo, à Paris.


Saint-Jean-de-Montmartre est un imposant monument de briques, confortablement installé sur un côté de la délicieuse place des Abbesses, non loin de la dernière station de métro Guimard avec marquise ouverte que Paris conserve encore, déplacée de la station Hôtel-de-Ville jusqu’à Montmartre il y a à peine quelques décennies.
La caractéristique principale de l’église tient à son allure générale : le dessin d’architecture y reste toujours clairement apparent, et on devine partout les traits de compas qui servirent à la concevoir. L’autre curiosité tient à son style, d’autant plus arabisant qu’il s’accompagne d’une surprenante décoration de perles de grès, choisies dans une gamme de couleurs limitée au bleu, au vert et au jaune, directement prises dans le béton apparent. Baudot a de nouveau utilisé fort brillamment ce système de décoration dans le théâtre de Tulle, en 1910.

La sobriété de l’édifice, très traditionnel dans sa symétrie et ses concessions multiples aux habitudes de l’architecture religieuse, n’est véritablement perturbée qu’au niveau du porche central, agrémenté de trois sculptures, également en grès, conçues par Pierre Roche : un saint Jean l’Evangéliste, au centre - normal, puisque l’église lui est dédiée -, et deux anges aux formes tourmentées sur les côtés.
L’intérieur de l’édifice adopte les mêmes principes, ce qui lui donne une remarquable unité. Les lignes de construction sont clairement affirmées, par un jeu d’arcs clairement apparents, toujours agrémentés de perles de grès. Mais la brique n’apparaît plus dans ce vaste vaisseau assez obscur, où le béton règne en totalité, dans une nudité très impressionnante. Pierre Roche et le céramiste Alexandre Bigot ont à nouveau collaboré pour dessiné le bel autel principal, et le principe de la mosaïque de grès se retrouve sur la plupart des autres autels, placés dans les petites chapelles latérales.


Curieusement, la vitrerie est parfaitement traditionnelle, et les peintures murales ne sont guère d’une qualité plus remarquable. Heureusement, la discrétion de ces éléments de décor ne nuit en rien à l’appréciation des multiples voûtains en béton, dont la simplicité n’a d’égale que leur agencement, très sophistiqué. Cet aménagement intérieur semble avoir été assez lent, puisque les peintures ont une date bien postérieure à 1904, date de l’achèvement de la construction proprement dite. Ce fut malheureusement le cas pour beaucoup d’édifices religieux, l’architecture suffisant à engloutir l’essentiel du crédit disponible. A la mort d’Anatole de Baudot, on voulut honorer sa mémoire en installant un petit édicule à l’extérieur, près de l’entrée gauche de l’église, et on l’orna du même décor de perles de grès que sur la façade. Il est agrémenté d’un portrait de l’architecte, signé J. A. Corbet.
Les constructions religieuses de style Art Nouveau sont très rares, l’église ayant montré, en architecture, un traditionalisme assez forcené, trop fidèle qu’elle était aux modèles roman, gothique ou éventuellement byzantin, pendant tout le XIXe siècle. Seule la période Art Déco, mais certainement pour des raisons économiques, sut fondamentalement renouveler l’architecture sacrée.