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jeudi 17 mai 2007

29 avenue Mac-Mahon (17e arrondissement)


Pour le docteur Henriquez de Zubiria, Georges Massa fit deux projets successifs, et complémentaires, destinés à la même parcelle de l’avenue Mac-Mahon. Une première construction, comportant un rez-de-chaussée et deux étages, fut demandée, le 1er juillet 1902. Mais, le 7 juillet 1903, propriétaire et architecte étaient à nouveau associés pour surélever l’édifice de trois nouveaux étages.
Ces derniers n’ont aucun intérêt particulier. Sauf qu’ils viennent atténuer le joli couronnement de la construction initiale, hérissé de pinacles gothiques.


Nous avons déjà dit (voir au 16, rue d’Abbeville) toute l’ambiguïté que Massa pouvait avoir avec le monde de l’Art Nouveau. Encore une fois, il nous propose ici une façade extraordinairement originale, de style très italien - osons même l’appeler “milanais”, tant certaines maisons de Milan savent avoir cette virile robustesse ! -, avec des pierres travaillées en bossage. A première vue, rien de réellement Art Nouveau dans cette architecture massive. Sauf que la maison n’évoque précisément aucun style historique alors en faveur à Paris ; l’exagération même de tous ses détails, la franchise d’un décor pesant et compliqué, semblent se rapprocher de l’Art Nouveau sans y toucher vraiment. Néanmoins, quelques détails de sculpture ne sont pas sans rapport direct avec l’univers qui nous intéresse, en particulier plusieurs têtes de femmes très “fin de siècle”.
Encore une fois, Georges Massa a brouillé les cartes, trouvant à être original sans être ouvertement “moderne”, et nous a susurré à l’oreille qu’il est... ce qu’il n’est peut-être pas.

16 rue d'Abbeville et rue du Faubourg-Poissonnière (10e arrondissement)


Georges Massa est un architecte très singulier, difficile à connaître, presque insaisissable. Irritant et fascinant, par bien des côtés. Ses œuvres sont rarement signées, et les plus belles ne le sont jamais. Surtout, il semble se volatiliser complètement dès 1905, Charles Adda signant seul, cette année-là, l’immeuble assez banal qu’ils dessinèrent ensemble, à l’angle de la rue de Tolbiac et de la rue Bobillot.
Massa est aujourd’hui si mal connu que l’édifice présent, construit pour M. Gehrling, qui en signa la demande de permis le 7 mai 1897, fut pendant longtemps attribué à Jules Lavirotte. Il n’a pourtant rien en commun avec le génial auteur de l’immeuble de l’avenue Rapp, en dehors d’un goût certain, mais ici très partiel, pour l’exagération.
La question doit donc être posée : Massa mérite-t-il d’entrer dans une histoire de l’architecture Art Nouveau ? On peut indifféremment y croire ou en douter. Son chef-d’œuvre absolu, la villa Eden Roc, qu’il construisit à Golfe-Juan pour lui-même - malheureusement aujourd’hui détruite -, était d’une incroyable fantaisie et d’une divertissante variété, mais ses détails n’avaient presque rien d’Art Nouveau.


L’imposant immeuble de la rue d’Abbeville, adjacent au bel édifice des Autant, nous conduit à de comparables interrogations. D’une manière générale, il relève de l’éclectisme le plus orthodoxe, avec ses guirlandes de fleurs, ses ferronneries banales, les balustres en pierre sagement alignés de ses balcons. Pourtant, une surprenante démesure perturbe et enrichit cette belle ordonnance, grâce aux monumentales cariatides supportant les deux travées d’encorbellements vitrés. Ces femmes, hautes de la taille d’un étage, ont un indéniable charme “Belle-Epoque” qui leur assure, d’emblée, une sympathique place de choix dans notre voyage dans l’architecture 1900.

Mais cela suffit-il pour faire de l’édifice un chef-d’œuvre ? L’époque de sa conception est malheureusement trop précoce pour avoir conduit son auteur à succomber entièrement aux charmes du Modern Style. Hélas, il ne s’agit pas vraiment d’un problème de dates ; nous verrons, à propos de l’avenue Mac-Mahon, que Massa restera toujours à la porte de l’Art Nouveau, sans jamais totalement y entrer.