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samedi 24 mai 2008

Entr’acte n°18 : 3 rue Denain (Trouville-sur-Mer - Calvados)


L’activité de Louis Sorel (1867-1933) est loin de s’être limitée à Paris et à la région parisienne. On retrouve sa trace à Reims, dans le Beauvaisis et jusqu’à la côte normande. A Trouville même, il est aussi l’auteur d’une villa bourgeoise, au 119, avenue du Général-Leclerc, où se trouve parfaitement illustré son goût pour les toitures élancées et pour les balcons suspendus, aux consoles en forme de marches d’escalier renversées. Mais je voudrais surtout évoquer ici un bien joli de complexe immobilier, composé de deux grosses bâtisses, aux n°5 et 7 de la rue Pasteur, la première étant prolongée, sur la rue Denain, par une plus petite maison, enfoncée dans son terrain et close par un beau portail en bois vert.

Les édifices de la rue Pasteur, qui semblent être des petits immeubles d’appartements pour vacanciers, mélangent avec bonheur des caractéristiques de l’architecture normande (toitures pittoresques, parfois d’une amusante complication, balcons en bois) avec des traits plus “parisiens”, comme les lignes de briquettes bleues ou la plus épaisse frise de grès.
En plus de cette adaptation harmonieuse aux caractéristiques de l’architecture traditionnelle locale, Sorel a surtout réussi à utiliser quelques traits de son propre style - qu’il partage d’ailleurs parfois avec Charles Plumet, et qui a permis d'en faire parfois l’imitateur ou le concurrent -, notamment ses fameux balcons suspendus ou les belles loggias, largement ouvertes, avec de belles menuiseries d’un Art Nouveau souple et élégant.

Assez semblables, à première vue, ces deux édifices n’ont pourtant pas grand chose en commun, ni dans le dessin de leurs portes d’entrée, ni dans l’agencement ou la position de toutes les autres ouvertures. Leur seul point d’unité est dans la continuité des matériaux - principalement la brique claire et les lignes bleutées qui y scandent de grandes parois nues ou la très présente frise de grès, conçue comme une sorte de ceinture enveloppante - ou l’attention particulière apportée aux deux angles de rues.


La petite maison, pour sa part, se veut plus pittoresque, dès son amusant portail, orné d’un hibou aux ailes déployées, face à un chat faisant le gros dos. Evoquant le caractère balnéaire de la ville de Trouville, des crabes en métal découpé, dont les yeux sont deux billes de céramique verte, ornent la clôture d’un beau vert froncé.
La maison elle-même porte des carreaux de grès, qui dessinent des motifs d’inspiration typiquement normande, et s’anime de plusieurs balcons suspendus. La toiture est d’une complication intéressante qui ajoute un charme supplémentaire à cette construction discrète.

samedi 16 juin 2007

9 rue Le Tasse (16e arrondissment)


Louis Sorel peut être considéré comme l’architecte “jumeau” de Charles Plumet. Amis dans la vie, ils exposèrent en même temps à la Société nationale des Beaux-Arts. Ils firent aussi tous deux partie du petit groupe “L’art dans tout” qui, entre 1896 et 1901, se proposait - comme son nom l’indique -, de faire entrer l’art dans tous les domaines de la décoration intérieure. Ils eurent ainsi le même souci d’apporter un grand raffinement aux moindres détails de leurs créations, jusqu’à partager certains de leurs collaborateurs, comme Tony Selmersheim ou Dampt.
Sorel fut un architecte fécond. Il réalisa des immeubles, des villas et même de petits châteaux - comme celui de Pommery, à Reims, récemment restauré. On retrouve son nom un peu partout en France, et principalement à Trouville et à Neuilly-sur-Seine. Son style est très proche de celui de Plumet, dont témoignent amplement plusieurs de ses immeubles parisiens.


Exemplaire de cette gémélité est l’édifice qu’il construisit pour M. Périer, rue Le Tasse. La demande d’autorisation de construire fut publiée le 13 avril 1904, à une époque où Plumet avait depuis longtemps adopté la loggia à arcatures, si caractéristique de son œuvre. Sorel en reprit l’idée sans vergogne, et en fit l’élément décoratif principal d’un immeuble très bourgeois, à la symétrie bien rassurante. Néanmoins, il accorda un peu de couleur à sa façade, grâce à de vastes remplissages en brique rouge.

Le détail des ferronneries est admirable, autant que le travail de sculpture, d’une incomparable finesse. La porte d’entrée - qui fut toujours le morceau de bravoure des architectes de l’époque 1900 - propose une poignée particulèrement gracieuse, où deux salamandres se caressent tendrement.