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samedi 1 septembre 2007

39 rue Scheffer (16e arrondissement)


Le second et dernier immeuble construit par Ernest Herscher fut élevé sur une charmante et étroite rue en pente, dans un quartier à l’atmosphère toujours aussi sympathiquement provinciale - malgré sa proximité d’alors avec l’imposant palais du Trocadéro, et d’aujourd’hui avec la très ennuyeuse avenue Paul-Doumer. Le musée Carnavalet possède un ensemble de petites gouaches peintes par un amateur du nom de Chauvet, entre 1890 et 1895, qui voulait témoigner de l’apparence encore presque paysanne de certaines rues d’Auteuil et de Passy. Et plusieurs de ces amusants dessins ont été faits dans les abords immédiats de la rue Scheffer.
La publication de la demande de permis de construire, du 31 juillet 1911, ne fait même pas état d’un architecte, ce qui laisse clairement entendre avec quelle part d’orgueil Herscher assuma une activité qui, pour lui, était très occasionnelle. Il ne se déclara alors que comme propriétaire, domicilié alors au 33, avenue Henri-Martin. Son ami Louis Feine, auteur du petit bijou gothique du cours Albert-1er commandé par René Lalique, le considérait pourtant comme l’un des plus grands architectes de leur génération, mais en déplorant sa paresse, son esprit fantasque et son goût trop prononcé pour la gravure, où il se fit effectivement une certaine réputation. Ses vingt-cinq eaux-fortes, intitulées “Souvenirs du Paris d’hier”, parurent d’ailleurs en 1912, soit au moment même où cet immeuble fut construit.

Mais la rareté de ses constructions lui a permis de garder une inventivité étonnante, à une époque tardive où l’Art Nouveau, essoufflé, cherchait déjà à se renouveler, inventant progressivement la voie nouvelle qui allait le conduire vers l’Art Déco. Il est certain que concevoir deux immeubles à six ans d’intervalle - au jour près ! - avait évidemment permis à leur auteur de ne rien perdre de la fraîcheur de son inspiration. Ainsi sut-il exploiter au mieux la position de son édifice, situé à l’angle de la rue Louis-David, en ménageant entre les deux voies d’amples balcons et loggias très saillants, et en couvrant les fenêtres des deuxième et cinquième étages de délicieux toits enveloppants, ouverts comme des ombrelles. Ceux-ci ne sont pas sans évoquer le parti similaire adopté par Chedanne à l’hôtel Mercédès, rue de Presbourg.











Dans le détail, la sculpture est d’une qualité égale à celle qu’on remarquait déjà rue La Fontaine, bien qu’elle soit ici d’inspiration plus exclusivement végétale. Sans doute pourrait-on l’attribuer à Pierre Seguin, qui fut l’un des plus délicats ornemanistes de sa génération. Le travail de ferronnerie, pour sa part, se révèle ici beaucoup plus raffiné qu’en 1905, l’originalité du précédent immeuble s’étant essentiellement cantonnée dans des éléments de structure en fer industriel, abandonnant les garde-corps des fenêtres à des modèles assez médiocres. Seule véritable déception de la construction de la rue Scheffer : les portes d’entrée, au décor malingre et pauvre, trahissent une simple fonction utilitaire.
Pour intégrer son édifice dans un environnement encore presque campagnard, Herscher ménagea, sur la rue Louis-David, un charmant jardinet pourvu d’une très simple mais assez jolie grille, qui existent encore aujourd’hui.

jeudi 17 mai 2007

85 rue La Fontaine (16e arrondissement)


On ne connaît que deux immeubles d’Ernest Herscher à Paris : celui-ci et celui du 39, rue Scheffer, qu’il construisit pour lui-même en 1911. Fut-il véritablement architecte ? Il semble s’être essentiellement fait connaître comme graveur, à l’inspiration étrangement fantastique et idéaliste, une activité qui semble l’avoir accaparé au point d’en oublier l’architecture. Il a pourtant bien spécifié sur la façade, par l’abréviation “D. P. L. G.”, qu’il appartenait à la Société des Architectes Diplômés par le Gouvernement. Dommage qu’il n’ait pas plus construit, tant ses deux édifices connus sont attachants !

Pour la rue La Fontaine, deux demandes de permis de construire furent nécessaires. Godfrain, domicilié au 118, rue La Fontaine, fit paraître la mention de son premier projet, le 1er août 1905. Mais ce n’est que le 11 juin 1906 que la seconde apparut dans le Bulletin municipal de la Ville de Paris, correspondant à l’édifice finalement réalisé.
C’est la porte d’entrée qui attire l’œil en premier, avec son décor sculpté finement ouvragé. On y voit des oiseaux, un joli escargot sur la clé, puis surtout un adorable petit lézard, au bas du chambranle de droite, regardant avec gourmandise un charmant papillon voletant dans le feuillage.


Plus haut, ce décor sculpté apparaît beaucoup plus banal. Mais la grande originalité de l’immeuble, purement architecturale, se situe dans les derniers étages, où de grandes béquilles de fer soutiennent puissamment un grand balcon, puis la terrasse terminale. Magnifiquement dessinée, cette grande structure métallique prend solidement appui sur la pierre de taille. Sur les parties saillantes de la façade, d’autres éléments en fer servent de toiture aux dernières fenêtres. Leur forme poétiquement ourlée n’est pas sans rappeler quelques détails de la Samaritaine de Frantz Jourdain.