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samedi 24 novembre 2007

46 rue Spontini, et 2 rue du Général-Appert (16e arrondissement)


Léon Benouville a déjà été évoqué ici comme un architecte de talent. Mais j’ai déjà prévenu que sa participation à l’Art Nouveau s’accompagnait d’une certaine austérité et d’une élégance très retenue. Son très ambitieux immeuble de la rue Spontini ne déroge pas à la règle.

Cet immense bâtiment se présente en effet avec une extraordinaire sobriété. Les murs sont assez plans, simplement animés par quelques travées en encorbellement, dont les bases sont joliment constituées d’arcs interrompus autour d’une fenêtre, et couverts de fleurs sculptées. A l’angle des deux rues, ces mêmes arcs forment le soubassement d’une fausse tourelle, terminée par une toiture pointue lui donnant l’allure d’un petit château ou d’une église de village. Ce caractère presque aristocratique fut-il donné à l’édifice pour plaire à son commanditaire, le comte de Cherisey ? Ce n’est pas impossible. Au moment de la publication de la demande de permis, le 10 mars 1899, le propriétaire habitait rue d’Anjou, à Versailles, ce qui permet de supposer un lien possible avec un autre bel immeuble, construit dans cette ville par le même Benouville.

Si les ferronneries restent toujours aussi simples, leur dessin est encore extraordinairement raffiné. Mais, qu’on ne s’y trompe pas ! Un œil attentif remarquera quelques petits panneaux de grès, au-dessus des fenêtres des deuxième et troisième étages, ainsi que de petits motifs sculptés, presque cachés contre les gouttières de la tourelle : des feuilles de nénuphar et des roseaux, d’un côté, et un chat venant d’attraper une souris, de l’autre.
On signalera aussi la présence encore intacte des boutiques d’origine, avec leurs jolies huisseries en bois et leurs vitraux en verre américain.

Mais Benouville s’est particulièrement intéressé à l’entrée monumentale de son immeuble qui, par un long couloir formant un coude en son centre, traverse toute la parcelle d’une voie à l’autre. Sur la rue Spontini, la grille, très monumentale, est un authentique chef-d’œuvre de ferronnerie Art Nouveau, virtuose, compliquée, malgré sa symétrie ; sur la rue du Général-Appert, il s’est contenté de reprendre, pour une ouverture d’une taille beaucoup plus raisonnable, le modèle créé deux ans auparavant pour la rue de Tocqueville. Mais le couloir lui-même, parfaitement visible depuis la rue, présente une décoration très étonnante : elle est constituée d’une succession de grands panneaux de grès, réalisés par l’incontournable Alexandre Bigot, où la même branche de fleur aquatique, en deux grands carreaux superposés, est déclinée à l’infini. Mais grâce au caractère assez aléatoire de la cuisson, la couleur de chaque branche change constamment, pouvant passer, d’une travée à l’autre, d’un bleu-nuit intense à un gris jaunâtre beaucoup plus doux. Cette composition fut rendue célèbre par la presse artistique de l’époque, qui la reproduisit à maintes reprises.

Bigot lui-même n’y contribua pas moins : lors de l’Exposition universelle de 1900, il présenta évidemment ses dernières productions, dans un stand dont il nous reste heureusement quelques photographies, le céramiste ayant eu la bonne idée de s’en servir pour sa publicité. On y reconnaît surtout les éléments monumentaux récemment conçus par Lavirotte pour l’immeuble du square Rapp, et notamment le surprenant départ de l’escalier. Mais on y reconnaît aussi les panneaux de Benouville, à une place volontairement non négligeable.

jeudi 17 mai 2007

17-19 boulevard Pasteur (15e arrondissement)


A. Thirion, 160 rue de Vaugirard, fut le commanditaire de ces immeubles sévères, construits de part et d’autre d’une petite cour fermée par une jolie grille en fer forgé. Il en publia la demande de permis le 27 avril 1897, soit quelques semaines seulement après le 34, rue de Tocqueville, autre œuvre de Léon Benouville, l’architecte qu’il avait choisi.
Conformément aux habitudes de cet artiste, rapidement considéré comme un des maîtres du nouveau style, ces édifices ne se signalent nullement par des débordements décoratifs, ni par des excès de couleur. Tout y tient à quelques effets simples, comme les deux balcons courants, dotés de superbes garde-corps, quelques rangées de fleurettes, de dicrètes portes d’entrée, joliment dessinées. Tout demeure dans l’architecture elle-même, l’agencement des volumes, la simplicité efficace d’une construction bien menée. Et Benouville reprit sans doute ici quelques idées essentielles, empruntées aux châteaux médiévaux dont il avait été chargé de la restauration.



Malgré leur austérité presque cistercienne, jusqu’à toute absence de signature sur leurs façades, ces immeubles furent publiés dans la presse - notamment au moment de la mort de l’architecte, en 1903 - comme des témoignages importants de son œuvre.

34 rue de Tocqueville (17e arrondissement)


Léon Benouville fut l’héritier d’une belle famille d’artistes, à laquelle avait appartenu, plus tôt dans le XIXe siècle, un très bon peintre classique, Achille Benouville. Principalement occupé à la restauration de monuments historiques, il s’engagea néanmoins très tôt dans l’aventure de l’Art Nouveau. Malheureusement, il devait s’y illustrer pendant trop peu d’années, puisqu’il mourut dès 1903. Il eut malgré tout l’occasion de réaliser plusieurs beaux édifices, dont un immeuble près du marché de Versailles, et de concevoir d’intéressants ensembles mobiliers, certains reconnaissables à leurs excroissances noueuses et des incrustations de métal, d’autres volontairement très simples, destinés à une clientèle ouvrière.
L’architecture de Benouville se caractérise toujours par une constante simplicité, de beaux parements nus, un décor mesuré, des ferronneries au dessin viril et toujours original. En bon héritier du rationalisme, il afficha toujours sa dette envers la leçon médiévale de Viollet-le-Duc.











Ainsi, cet immeuble de la rue de Tocqueville, voisin de celui que Charles Plumet construisit à la même époque. M. Reyrel, demeurant 21, avenue Victor-Hugo, à Boulogne, en était le commanditaire. La demande d’autorisation de construire fut publiée le 18 février 1897.

L’édifice trahit clairement une influence nettement médiévale, caractérisée par son apparence massive, ses décors sculptés enserrés dans des compartiments, ou sa porte aux lourds vantaux de bois, à peine animés par des vitraux floraux très stylisés. A l’arrière, sur la rue Léon-Cosnard, l’architecte a dessiné une belle porte de garage, dont un autre exemplaire orne toujours son majestueux immeuble de la rue Spontini, édifié en 1899.