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jeudi 21 août 2008

Jeu 2008 - Envoi n°7 : boulevard Saint-Denis (Courbevoie - Hauts-de-Seine)


Ce second envoi de M. V. est documentairement très intéressant, puisqu’il propose une seconde œuvre de l’architecte Coulon, dont je vous avais proposé d’admirer un incroyable chef-d’œuvre, rue Galliéni, également à Courbevoie, mais dans le quartier plus spécifique de Bécon-les-Bruyères.
La jolie petite maison bourgeoise du boulevard Saint-Denis, à l’angle de la rue Saint-Pierre, est d’un aspect évidemment plus sage. Mais l’architecte, en particulier grâce à une certaine diversité dans l’emploi décoratif de la brique rouge, a su donner un charme très certain à son travail.

Surtout, il a usé d’une petite coquetterie intéressante, qui montre bien qu’il n’était pas un architecte banal : un esseulier paraît relever le toit, à l’angle des deux rues, et soutenir le joli détail des cheminées, réunies en un très mignon petit édicule en briques. Cet angle a fait l’objet de tous les soins d’Eugène Coulon - si je n’avais peut-être pas donné son prénom, lors de mon précédent article, sa belle signature présente ici son identité complète -, qui a même agrémenté une partie de mur vide avec un motif ornemental d’une ravissante composition.

Ailleurs, on retrouvera, sans surprise, les panneaux de faïence à motifs floraux qu’on voyait déjà sur la rue Galliéni. Il semble qu’il puisse s’agir du même artiste et, au moins, de la même faïencerie.
L’entrepreneur a gravé son nom - Dhéron -, au dessous de la date : 1906. Cette maison-ci est donc un peu plus tardive que celle de Bécon-les-Bruyères.
Si on peut apercevoir de jolies ferronneries sur la porte d’entrée, le caractère Art Nouveau reste tout de même assez modéré. Par exemple, la clôture n’offre aucun cachet particulier.

Les photographies sont un peu frustrantes, dans le sens où elles ne permettent pas d’admirer le joli buste de femme, qu’on devine au-dessus de la même porte d’entrée. Le peu qu’on en voit ressemble à un très agréable morceau de sculpture.
Quelqu’un d’autre saura-t-il me trouver une troisième œuvre de Coulon, tout aussi intéressante, à Courbevoie ou dans ses environs immédiats ? Voilà un artiste qui mérite qu’on en connaisse un peu plus sur lui.

dimanche 3 juin 2007

14 rue Gallieni (Courbevoie - Hauts-de-Seine)


Le hasard fait parfois bien les choses. Il suffit d’une fin de journée ensoleillée, l’envie de descendre d’un train pour faire le tour de quelques rues d’une jolie commune de banlieue. Et... bingo ! Un immeuble fascinant, non pas pour son architecture proprement dite, assez traditionnelle et d’une sage symétrie, mais par une accumulation décorative tout à fait surprenante, chargée, brouillonne, d’une joyeuseté tout à fait divertissante. Une vraie petite merveille !











Toutes les fenêtres sont entourées de faïences, soit sous forme de panneaux à gros reliefs, soit sous forme de carreaux à motifs floraux. L'un d'entre eux est signé et daté : “E. Dolis 1901”. Serait-ce la date de l’édifice ? Pa si sûr. D’après le témoignage de quelques locataires charmants, la maison daterait de 1903-1904, la première date paraissant la plus sûre. Il est évident que ces carreaux - qui ne sont en rien les éléments les plus remarquables d'un décor particulièrement composite - proviennent d’une production industrielle ; on en rencontre beaucoup d’autres exemples dans la région parisienne. Il paraît donc difficile de tirer une quelconque datation de leur observation, sauf lorsqu'un millésime y figure clairement, ce qui n'est pas ici le cas. Ceux de Courbevoie ont tout de même l'intérêt de présenter un monogramme, "CG", qui a toutes les chances d'être les initiales du commanditaire de l'édifice.
Ailleurs, la décoration est obtenue avec des briques vernissées ou de jolies terres cuites. Et l’ensemble de tous ces détails apporte, dans une divertissante accumulation, un véritable charme à cet immeuble de meulière qui n’en aurait pas autrement. On se croirait presque devant la maison d’un céramiste, qui aurait suspendu sur la façade un échantillonnage varié et significatif de ses productions.


Mais tout cela ne serait rien sans l’entourage de la porte d’entrée, consacrée à la fleur et à la feuille de tournesol - également visibles sur la lourde frise qui couronne l’édifice -, émergeant d’épaisses gerbes de tiges, où figurent les signatures des artisans principaux : celle de l’architecte, E. Coulon, à gauche ; et celle des céramistes, Janin frères et Guérineau (peut-être suivi du mot “Paris”), à droite. Coulon est un parfait inconnu, qui n’a peut-être jamais quitté les limites géographiques de Courbevoie et des communes avoisinantes. Les céramistes, eux, sont à peine moins rares ; ils ont au moins signé un panneau de faïence pour une maison de Villejuif, qui permet de confirmer le rôle qui fut le leur sur cette façade. L’ensemble est d’un vert profond du plus singulier effet, au milieu duquel les fleurs merveilleusement détaillées apportent de ravissantes touches ocres. L’une d’entre elles, cassée ou volée, a tristement été remplacée par une sorte de gros chewing-gum dans une matière indéterminée ; le surmoulage d’une autre fleur aurait pourtant été moins désagréable au regard.
Cette porte étonnante ouvre sur un charmant petit vestibule, avec un escalier latéral conduisant à un palier où s’ouvrent quelques portes. Son style n’a malheureusement rien à voir avec l’Art Nouveau, ce que laissait déjà supposer le style assez banal de la ferronnerie incluse au milieu des tournesols. La référence à un XVIIIe siècle de théâtre y prédomine, non sans charme et conduit à l'idée que Coulon n'a probablement jamais réitéré cette divertissante expérience.