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mardi 6 mai 2008

12 rue Théophile-Roussel (12e arrondissement)


Voici une petite curiosité, à déguster avec gourmandise comme un joli bonbon !
Malheureusement, l’immeuble n’est pas signé. Tout ce qu’on peut en dire est qu’il est forcément postérieur à l’année 1904, date d’ouverture de cette très courte voie, située dans les abords immédiats de l’avenue Ledru-Rollin.
Pourrait-il s’agir d’un projet des architectes Charlet et Perrin, qui ont construit quelques édifices très plaisants dans le quartier ? Auquel cas, l’immeuble daterait de 1907 et aurait été construit pour M. Chossonnerie.


On ne signalera l’ensemble de la façade, malgré sa symétrie, que pour la variété des décrochements, la présence de briques vernissées, une amusante fenêtre axiale, coupant l’étage des combles. Mais c’est essentiellement son dessus de porte qui retiendra ici notre attention, avec son impressionnante tête de femme émergeant d’une glycine. Le réalisme du visage signale un évident portrait, auquel on ne reprochera qu’une expression un peu convenue. Néanmoins, la composition est belle et ne manque, ni de force, ni d’originalité. Malheureusement, le sculpteur, beaucoup plus discret que son œuvre, n’a pas daigné signer son travail. Dommage...

samedi 8 mars 2008

83 boulevard de Grenelle (15e arrondissement)


Les trois immeubles que je présente aujourd’hui ont la particularité d’avoir été construits, entre 1902 et 1903, par Albert Sélonier (1858-1926), et d’avoir été décorés par le sculpteur Despois de Folleville. Le premier fut l’un des architectes les plus prolifiques de Paris, auteur de plus de trois cents édifices pendant la période qui nous intéresse, capable de construire dans tous les genres, du néo-gothique à l’Art Nouveau, même si l’éclectisme semble avoir eu ses préférences ; le second est le très singulier ornemaniste déjà rencontré au 58 bis, avenue du Général-Michel-Bizot (Pichard et fils, architectes), et probablement au 9, rue Chanzy, construit par Achille Champy, dont il fut fréquemment le collaborateur.

Sélonier était alors généralement associé avec Saint-Blancard, mais ce dernier n’eut pas toujours l’autorisation de mettre sa signature sur les façades qu’ils dessinèrent ensemble. Et c’est d’ailleurs le cas ici, au moins pour les deux derniers immeubles, puisqu’aucune demande de permis de construire ne semble avoir été publiée pour l’édifice situé à l’angle du 2, rue Dante, et de la rue Galande (Ve arrondissement). La façade nous apprend au moins qu’il fut élevé de 1902.

Architecturalement, la construction ne présente rien de véritablement remarquable. Sélonier et Saint-Blancard étaient généralement trop occupés pour se permettre de concevoir autre chose qu’une solide construction classique, bien agencée, mais totalement dénuée de véritable originalité. En fait, on s’aperçoit immédiatement que tout le charme de l’immeuble repose en totalité sur le travail d’Henri Despois de Folleville - qui ne signait généralement que sous une forme abrégée : “D. de Folleville” -, comme toujours caractérisé par de petits motifs d’une invention toujours plaisante, mais traités avec une rondeur assez molle, admirable à force d’être systématique.
Si la porte d’entrée ne présente pas le joli travail de virtuosité qu’on pourrait attendre de lui, son talent se manifeste néanmoins dans l’ornementation de l’arrondi des deux façades, et surtout dans le ravissant vestibule, dont la porte intérieure est agrémentée de boiseries très élégantes.

Le 53, boulevard de Picpus (XIIe arrondissement) porte les mêmes signatures, mais la date y est remplacée par celle de 1903. Ce millésime permet de différencier, parmi les deux demandes de permis de construire trouvées dans le “Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris”, celle qui concerne cette parcelle de celle qui se rapporte à l’immeuble voisin. Ces deux demandes concernent pareillement le 55, boulevard de Picpus. Le propriétaire est identique, ainsi que les architectes, Sélonier et Saint-Blancard. Mais la première fut publiée le 30 juillet 1902, tandis que la seconde ne le fut que le 24 février 1904.
Folleville collabora aux deux édifices, mais il s’ingénia pourtant à y adopter deux styles totalement différents pour chacun d’entre eux. Et, sans contestation possible, celui qui fut orné de motifs 1900 attire bien mieux l’œil que son voisin, d’un style classique beaucoup plus sage.

Au n°53, il réalisa un joli entourage de porte, au milieu duquel se devine un petit visage comique, et laissa aller sa fantaisie partout où cela pouvait être possible, notamment sous les appuis des balcons en pierre, joliment dessinés par Sélonier, ou les grandes embrasures de fenêtres, sous le traditionnel balcon courant.
Mais ces immeubles ne sont que des “apéritifs”, à côté de la jolie réalisation du 83, boulevard de Grenelle, dans le XVe arrondissement, située à l’angle de la rue Auguste-Bartholdi. La numérotation du boulevard semble avoir été très mouvante, puisque le projet fut déclaré, le 21 juin 1902, sur une parcelle portant alors le n°73.

L’architecture, sobre et traditionnelle, montre assez les arguments que Sélonier avait pour séduire sa clientèle si abondante ! On y retrouve les mêmes balcons en pierre du boulevard de Picpus, mais sur un édifice beaucoup plus imposant, où l’architecte n’a même pas cherché à jouer la carte de la diversité.
Folleville, une fois, fait l’étalage de son savoir-faire, grâce aux motifs en vaguelettes dont il avait le secret, et dont il couvrit littéralement les murs des deux façades. La porte d’entrée fut l’occasion d’un exercice de style assez étonnant. Cette partie du quartier est assez ennuyeuse, et la présence du métro aérien n’ajoute rien pour lui donner du charme ! Grâce un curieux mélange entre éclectisme et Modern Style, le sculpteur a réussi à être “moderne” sans trop se faire remarquer au milieu d’un tissu urbain banal et convenu.

Mais le vestibule, encore une fois, lui permet de montrer toute l’étendue de sa fantaisie, dans son style parfaitement reconnaissable. Les mosaïques de sol et les boiseries de la porte intérieure contribuent à faire de cet espace une ravissante création, voulue pour le seul plaisir des occupants de l’immeuble... et de leurs visiteurs.

samedi 16 juin 2007

17 avenue du Bel-Air (12e arrondissement)


Connaissez-vous l’architecte Falp ? Non ? Pas possible ! Voilà une lacune qu’il faut combler de toute urgence, afin que vous connaissiez une architecture vraiment rafraîchissante, festive et délicieusement naïve. Car Falp est merveilleux à regarder lorsqu’on a le cafard, lorsque le ciel est triste, lorsque la vie semble tourner à vide. Et quand le cœur est joyeux, quel feu d’artifice ! Car il fut probablement l’architecte le plus étrange - et indirectement aussi le plus drôle - de toute l’époque Art Nouveau. Mais son mérite est à partager avec un sculpteur plutôt médiocre, qui eut pour nous le grand bonheur de lui avoir été fidèle, d’immeuble en immeuble. Donc, soyez bien prévenus : c'est assez étonnant !
Entre 1899 et 1907, Falp fut exclusivement fidèle à deux arrondissements parisiens : les XIe et XIIe. Il ne s’en échappa qu’en 1914, en projetant un immeuble au 77, rue du Ruisseau, dans le XVIIIe. Ses débuts semblent assez poussifs et purement utilitaires : parmi ses six premiers projets, un seul d’entre eux, boulevard de Charonne, dépassa le niveau d’un premier étage. C’est donc, presque “vierge”, qu’il construisit enfin un immeuble important, au 41, avenue de Saint-Mandé. Il n’est pas inutile d’indiquer ici que le commanditaire, M. Boutillier, habitait au 1, avenue du Bel-Air, une rue très large, mais assez courte, au moment de la publication de la demande de permis, le 20 décembre 1902 ; Falp allait, quelques années plus tard, construire dans la même rue le très probable chef-d’œuvre de sa bien singulière carrière.











L’immeuble de l’avenue de Saint-Mandé propose déjà quelques-unes des caractéristiques qui définissent l’art de Falp : sur une architecture assez massive et sans grande originalité, un sculpteur a animé la façade avec de très amusants motifs, plus ou moins importants, où on peut reconnaître des têtes de femmes aux cheveux longs, charmantes mais incroyablement inexpressives et stéréotypées, des sortes de chats fantastiques, aux visages inquiétants, et de grands oiseaux aux ailes déployées. Au-dessus de la porte, deux personnages échangent un baiser, dans un style très naïf, fort divertissant. Dès ce galop d’essai, Falp s’est engagé totalement dans un Art Nouveau assez superficiel, dessinant des ornements et des encadrements assez pauvrement inspirés, beaucoup plus en forme de spaghettis qu'en véritables "coups de fouet". Il y restera délicieusement fidèle.





















Commanditaire et architecte se retrouvèrent à nouveau, plus de deux ans plus tard, avec un projet d’immeuble, publié - le 16 janvier 1905 -, pour le 10 bis-12, rue de Picpus. Il s’agit, en fait, de l’actuel 2, rue Dorian, effectivement situé à l'angle de la rue de Picpus.
Ce nouveau bâtiment n'est, architecturalement, pas plus admirable que le précédent, en dehors d’un surprenant couronnement crénelé, inspiré par un moyen âge d’opérette, d’où émergent quelques amusantes têtes d’animaux, paraissant occupés à surveiller le va-et-vient des passants dans la rue. L’ensemble du décor sculpté, d’un graphisme toujours aussi maigre et sans véritable relief, est encore plus divertissant que le précédent : les chats y sont beaucoup plus nombreux, les motifs se répartissent un peu n’importe comment - là où il y a de la place ! - et l’encadrement de porte offre une composition très étonnante par son manque de structure : deux femmes autour d’une petite fille, réduites à de simples bustes.











A la même époque est projeté le fameux immeuble du 17 avenue du Bel-Air, commandé par M. Guillaumet, qui en publia la demande de permis le 17 février 1905. La sculpture y est particulièrement envahissante, réservant un rôle majeur à toute une tribu de chats - et de souris, évidemment ! -, et surtout à des femmes aux longues chevelures, qui se veulent probablement sensuelles, mais qui, par une certaine uniformité physique, semblent indiquer une source unique d'inspiration, peut-être certaines revues de mode où les dessins ne présentaient guère de modèles mieux caractérisés. Nous sommes bien loin de l’art si accompli de Mucha, de De Feure ou de Grasset, pour ne citer que quelques-uns des maîtres de l’affiche 1900, qui ont si bien dessiné les femmes ! La porte, encore une fois, est l’occasion d’une composition très surprenante : une mère, entourée d’une ribambelle de petites filles, au milieu de fleurs. Cherchez, dans mes images, les alignements de têtes d’oiseaux qui y sont cachés ; peut-on réaliser des ornements aussi drôles, dans leur naïve maladresse ?

Tout n’est pas qu’humour involontaire, chez le collaborateur de Falp : le vestibule de cet immeuble apporte enfin un semblant de sérieux, avec ses grandes sphinges, presque inquiétantes. Que signifient-elles ? Quel message sont-elles chargées d’apporter ? Peut-être sont-elles simplement là pour créer une divertissante variation sur le motif de l’aile de chauve-souris, très à la mode en cette époque de symbolisme, ici traitée dans un style Art Nouveau très décoratif, et pour une fois assez convaincant. Néanmoins, le sculpteur, comme pour indiquer que tout cela n’est qu’un jeu, a placé de véritables souris tout au long de la jolie corniche de cet espace, guettées par des chats plus facétieux que méchants.

L’immeuble de l’avenue du Bel-Air nous donne enfin le nom de ce sculpteur si sympathiquement naïf : C. Ardouin. C’est apparemment la seule fois qu’il signa une façade de Falp, mais il ne faut pas en douter : il a été le co-auteur exclusif de tous ses édifices. L’initiale de son prénom n’est sans doute pas exacte, puisque, un peu plus loin, le n°27 est clairement signé “G. Ardouin” et daté de 1905. Cet autre immeuble ne porte d’ailleurs que cette signature-là, l’architecte n’ayant pas daigné y inscrire son nom. Or ce monsieur Lecoq, qui était aussi le propriétaire, publia les demandes de permis pour les n°27 et 29, le 25 juillet 1904, ce qui permet d’en apprendre l’identité. Je me permets de compléter mon article avec l’image de la jolie femme qui surmonte la porte d’entrée de cet édifice. Ardouin s'y montre nettement plus talentueux, proposant enfin une figure avec un véritable relief et une expression convaincante. Falp l'aura donc engagé pour réaliser des travaux volontairement naïfs et presque enfantins pour les seuls bâtiments dont il était l’auteur.

En 1907, nous retrouvons encore nos deux artistes au 11 bis, rue Faidherbe, dans le XIe arrondissement. L’immeuble ne brille toujours pas par une originalité architecturale particulière. Mais on peut, encore une fois, se laisser surprendre par tous les motifs amusants qui se répartissent sur la façade. Ce sont toujours de gracieuses petites têtes de femmes ; l’une d’entre elles, plus monumentale, sert de motif central, au sommet de l'immeuble. L’entourage de la porte est toujours aussi singulier, mais pour une fois, c'est un chien qui apparaît, au lieu des chats habituels.












Le 23 décembre 1908, M. Boutillier, maintenant installé dans son immeuble du 2, rue Dorian - qui portait alors le n°15 -, fit une demande de permis pour les deux parcelles adjacentes de la même rue. Falp et Ardouin furent, encore une fois, et pour notre plus grand plaisir, les fidèles exécutants de ses désirs. Ces immeubles, portant aujourd’hui les n°4 et 6, ne réclament pas de nouveau commentaire : j'ai déjà indiqué tout ce qu’il fallait admirer plus particulièrement dans leur travail ! On notera néanmoins, au n°6, un joli buste de parisienne, tout en haut de l’immeuble, entourée par deux énormes chats... un motif qui, on l’aura compris, constituait pour eux, et depuis longtemps, une sorte de signature visuelle.

Grâce à l’obligeance d’un ami (auteur de la photographie), je termine ce bien curieux article avec un dernier édifice, malheureusement non daté, de ces artistes bien amusants. En effet, ils ont aussi réalisé le 104, avenue du Président-Wilson, à Montreuil-sous-Bois. Une nouvelle occasion de se régaler avec un de leurs étonnants entourages de porte : cinq petites filles aux chevelures compliquées, serrées en arc de cercle comme des cerises autour un joli gâteau, tentant, mais peut-être un peu bourratif...

jeudi 10 mai 2007

58 bis avenue du Général-Michel-Bizot (12e arrondissement)


"Le plus bel immeuble de la rue", c'est ainsi que me fut présenté cet édifice par les locataires eux-mêmes, très fiers de m'en faire visiter les parties communes. De la rue toute entière, n'exagérons pas... mais des environs immédiats, certainement.
La façade porte une signature fort intéressante : "E Pichard & fils / architectes / 190[...] / D. de Folleville / Sculpteur". Le nom de Pichard n'est pas passé à la postérité, et c'est bien la première fois que je pouvais le lire sur un édifice parisien. Normal ! La demande de permis de construire, du 8 juillet 1902, le domicilie au 33 rue de Saint-Mandé, à Charenton, où il développa son art sans doute plus abondamment que dans la capitale. Le commanditaire était Naudin, 40 boulevard de Reuilly. Deux détails de cette inscription sont à remarquer : le dernier chiffre de la date n'a jamais été fini d'être gravé, et la mention "& fils", ainsi que le pluriel du mot "architecte", sont inscrits de façon légèrement différente, indice d'une participation tardive de la descendance de Pichard à cette construction. Et, en effet, le permis de construire ne mentionne qu'un seul architecte, alors qu'il note avec précision l'existence d'un second édifice, de quatre étages, qui fut effectivement réalisé dans la cour.
L'œil est d'abord attiré par le décor de la porte d'entrée, dentelle végétale presque abstraite. On rencontre assez souvent le nom de D. de Folleville, l'un des sculpteurs d'architecture les plus prolifiques et les plus talentueux de la période Art Nouveau. Il collabora, entre autres, avec Achille Champy, et le décor du 9 rue Chanzy peut sans doute lui être attribué sans grand risque d'erreur. Son art se reconnaît par une grande finesse d'exécution, paradoxalement associée à un dessin volontairement gras et épais.













Folleville s'exprima également dans le grand passage intérieur qui conduit à la cour, où il réalisa de belles frises végétales, d'une essence assez indéterminée, mais d'un graphisme très élégant. Il est aussi l'auteur de délicats cadres verticaux, simple prétexte pour orner la petite fenêtre qui permettait au concierge de communiquer avec locataires et visiteurs sans avoir à ouvrir sa porte.
L'immeuble a gardé la décoration du petit couloir conduisant à l'escalier. Dans les années 1960 et 1970, ce genre de boiseries et huisseries en bois paraissaient complètement démodées ; beaucoup d'entre elles ont été sacrifiées, sans beaucoup d'émotion, pour être remplacées par des matériaux plus modernes, plus lisses et souvent plus clinquants, faciles d'entretien et totalement impersonnels. Ici, tout a été heureusement conservé, jusqu'aux modestes vitraux Art Nouveau ornant les paliers du petit escalier, signés "L. Canivet - Paris".

En façade, la boutique a également conservé ses huisseries en bois d'origine. Les devantures de magasins Art Nouveau sont aujourd'hui suffisamment rares pour que celle-ci mérite d'être signalée. Seule son enseigne a été modernisée, pour adopter un graphisme, certes 1900, mais passablement ordinaire.

mercredi 2 mai 2007

30 avenue Daumesnil (12e arrondissement)





Borgeaud, architecte de Saint-Mandé, est-il l'auteur de cet élégant immeuble ? Il existe en effet une demande de permis de construire où il est mentionné, du 30 mars 1904, déposée par M. Dostal, demeurant au 28 avenue Daumesnil, mais elle concerne une parcelle portant les n°28 bis-30, et un seul immeuble, de huit étages, y était envisagé. Or il existe bien aujourd'hui une construction indépendante, au n°28 bis, qui n'a rien en commun avec celle-ci et qui paraît lui être sensiblement postérieure. Entre 1908 et 1914, un autre architecte, Jacquemin, habitait ici, mais nous n'avons retrouvé aucune demande de permis pour une construction à cette adresse dont il serait l'auteur.
Dans une première version de cet article, j'en étais malheureusement resté là, ne donnant cet édifice à Borgeaud qu'avec beaucoup de réticence, le seul document d'archives alors à ma disposition paraissant très imprécis. Bien m'en a pris, puisque la solution existait dans la revue "La Construction Moderne", dans son numéro du 14 octobre 1905. Deux photographies de détails y sont en effet publiés, malheureusement sans aucun texte d'accompagnement. Mais leur légende est amplement suffisante pour lever tous les doutes : l'auteur de l'immeuble est un architecte du nom de Thomas. Certes, ils ont été plusieurs, à cette époque, à porter ce nom assez courant et ceci n'arrange pas forcément nos affaires, n'est-ce pas ? Néanmoins, E. Thomas, demeurant rue d'Hauteville, fut assurément le plus actif d'entre eux, et notamment dans les XIe et XIIe arrondissements. Il semble donc très probable qu'il s'agisse de celui-ci (1). L'immeuble a certainement fait l'objet d'une demande de permis de construire, mais celle-ci, peut-être par oubli, n'a pas été publiée dans le Bulletin municipal officiel de la ville de Paris. En tout cas, on constatera que sa conception semble à peu près contemporaine du projet de Borgeaud qui, par le jeu parfois capricieux de la numérotation des parcelles, s'est retrouvé provisoirement confondu avec celui-ci.
D'emblée, l'édifice se singularise par l'entourage de sa porte, principalement orné de deux grandes cigognes - ou des hérons ? - au milieu de roseaux. Malheureusement, cette grande et majestueuse sculpture n'est pas plus signée que la façade. Dommage, car l'artiste est de qualité, comme en témoignent encore les motifs floraux ou anthropomorphes et les simples entrelacs Art Nouveau qui agrémentent les dessus de fenêtres.
Mais l'autre intérêt de cet immeuble est de nous proposer un vestibule orné de mosaïques très comparables à celles du 76 avenue d'Italie. Lors de la notice consacrée à cet autre édifice, j'avais d'ailleurs évoqué celles-ci, en promettant de vous en parler un jour. Et je tiens toujours mes promesses !
L'analyse de ces pavements est assez comparable : leur développement en fonction de l'espace à décorer - et notamment en contournant soigneusement la cage d'ascenseur -, et surtout leur source d'inspiration visiblement puisée dans l'album publié par Hector Guimard sur le Castel Béranger. Ici, l'imitation est encore plus parlante, le mosaïste s'étant interdit d'ajouter des fleurs sans aucun rapport avec les motifs abstraits exclusivement employés par Guimard. Le pastiche est troublant ; malheureusement, il est dans un état de conservation assez médiocre, ce qui peut nous faire craindre une décision radicale de la copropriété dans les années à venir, à savoir son remplacement par un sol plus uniforme, plus "contemporain" et d'entretien facile.

(1) Les intuitions sont parfois parfaitement fiables : E. Thomas est bien l'architecte de ce bel immeuble, qu'il présenta, sans succès, au concours de façades de 1901. (note du 19 novembre 2009)

dimanche 22 avril 2007

rue de Capri (12e arrondissement)


Promenons-nous à présent dans une très courte rue du 12e arrondissement, au nom déjà très poétique. Cette rue de Capri offre la particularité d'être l'œuvre exclusive d'un seul architecte, Ch. A. Lemaire, artiste qui fut assez prolifique, notamment dans l'ouest parisien. Pour ce que nous en connaissons, ses constructions sont toujours agréables à regarder, même si elles manquent parfois du petit grain de folie qui a fait le succès des grands bâtisseurs de son époque.
Ici, la surprise est réelle, puisque Lemaire ne s'est pas cru obligé de répéter à l'infini la même façade et le même décor, proposant ainsi une très grande variété visuelle. Il s'en trouve que, à côté d'immeubles sans grande originalité - normal, en cette époque tardive où l'Art Nouveau triomphant s'essoufflait de plus en plus dans ses concessions aux "grands styles" -, quelques autres apparaissent vraiment comme de jolies constructions, notamment aux n°1, 5 et 11 bis.
La seconde originalité de ce lotissement tient au fait que Lemaire était, pour l'essentiel, le propriétaire et le promoteur de ces édifices. D'ailleurs, dans les successives demandes de permis, il négligea souvent de se mentionne, soit comme architecte, soit comme commanditaire. Ces demandes se sont succédé du 24 juillet 1909 (pour le n°2, à l'angle de la rue de Wattignies), 3 août (n°4), 6 août (n°11), 10 août (n°1 bis), 17 août (n°8 et 11 bis), 30 août (n°6), 6 octobre (n°5), 11 octobre (n°1), 6 novembre (n°7), 10 novembre (n°12), 18 novembre (10 bis), 24 novembre (n°10), 5 janvier 1910 (n°9 et 12), jusqu'au 16 février 1910 (n°3 bis et 7). Dix-sept immeubles, donc, dont seulement trois n'appartenaient pas à l'architecte : le n°1 bis, à Mlle Pichot, demeurant à Boulogne-sur-Seine ; le n°3 bis, à M. Marc, 20 rue Louis-David, et le n7, à M. Fantou, 32 rue de la Croix-Nivert. Nous ignorons la raison d'une telle multiplication de demandes, souvent à quelques jours d'intervalle, mais elle dût être probablement financière.












D'une manière générale, on pourrait presque qualifier le décor de ces immeubles de "nancéens", tant ils sacrifient à la fleur de chardon, pour la décoration, ou aux hauts pinacles d'inspiration médiévale, si fréquents dans l'Art Nouveau de la capitale lorraine (au n°1, surtout). Ailleurs, au n°5, une porte s'inspire visiblement du modèle proposé par Guimard au Castel Béranger, et repris par Lavirotte dans son hôtel de la rue Sédillot, avec son grand arc interrompu par deux fortes colonnes. Plus loin encore, au n°11 bis, Lemaire a joué sur la fantaisie d'une décoration très élégante, assez ludique, et totalement gratuite. Les beaux immeubles - qui lui appartenaient tous - se remarquent ainsi par ces efforts particuliers de décoration, plus soignée et plus abondante.