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vendredi 31 août 2007

3 boulevard de la République (Nogent-sur-Marne, Val-de-Marne)


A quelques kilomètres de Paris, la charmante ville de Nogent-sur-Marne propose un dépaysement garanti. Autour de 1900, elle n’avait pas seulement les fameuses guinguettes et le petit vin blanc qui lui sont encore associés. Elle avait aussi son petit foyer d’architecture Art Nouveau, extraordinairement original, ludique et coloré, qui peut nous éviter, le temps d’une journée, d’aller courir jusqu’à Nancy ou Bruxelles. Ceci est dû à la présence, dans cette ville, d’architectes très inventifs et féconds, dont l’inspiration se renouvela sans cesse : Georges Nachbaur et ses fils.
La liste de leurs édifices est d’autant plus impressionnante qu’ils exercèrent aussi, bien évidemment, leur activité dans les communes avoisinantes, notamment Le Perreux. Immeubles, villas, maisons de ville, salles de divertissement, rien ne les rebuta, rien ne les contraignit. Et l’étonnante maison du 3, boulevard de la République, conçue pour le père Nachbaur lui-même, en est un des plus beaux exemples.

Certes, la maison n’est pas aujourd’hui dans un état de conservation idéal. Disons simplement, en lui souhaitant une petite toilette dans un futur assez proche, qu’elle est restée... “dans son jus”. Si quelques détails apparaissent cassés ou disparus, il n’en reste pas moins qu’elle se présente encore, et heureusement, comme une étonnante “folie”.
Son agencement, d’emblée, apparaît très original, les trois travées s’avançant progressivement, de la gauche vers la droite. La porte d’entrée, et la petite terrasse couverte qui la jouxte, font l’objet d’une attention particulière, tant dans le dessin de toutes les parties en menuiserie que par un revêtement en céramique extraordinairement agréable, autant par son dessin que par ses couleurs.


La partie droite de la maison est réservée aux pièces principales, salon au rez-de-chaussée, chambre principale à l’étage. Cette travée fait l’objet d’un travail décoratif particulièrement soigné, notamment par la présence de grandes fleurs en grès, faisant mine de soutenir la plus grande des fenêtres. Un grand arc, caractéristique de l’art des Nachbaur, entoure la fenêtre de la chambre, que surmonte une charmante petite pièce enfoncée dans la toiture. Les cheminées, au dessin étonnant, couronnent la travée avec des enroulements parfaitement inutiles, mais joliment décoratifs.
Dernier élément remarquable, et non des moindres, que propose cette maison : sa grille. Les Nachbaur semblent s’être particulièrement intéressés à ces éléments de leurs édifices, dessinant toujours des ferronneries compliquées, d’un incroyable lyrisme, pures créations graphiques d’une force réelle et d’une suprême élégance.

La maison fut publiée à son époque, dans le numéro du 6 mai 1905 de “L’Architecture pratique”. Cet article y montrait, outre la façade et les plans, un détail de l’escalier et une curieuse cheminée, assez monumentale, signe que la décoration intérieure ne fut pas négligée par ces sympathiques architectes. Une intéressante liste de collaborateurs permet d’y retrouver le nom de Janin et Guérineau, auteurs des motifs en grès flammés, et de Müller, pour les terres cuites. En faisant une rechercher sur la base Mémoire du Ministère de la Culture, alimentée par l’Inventaire général et les Monuments historiques, on pourra trouver d’autres vues intérieures de cette habitation, et notamment des détails des lambris, imitant le cuir de Cordoue. Leurs motifs très abstraits sont incroyablement proches de ce qu’Hector Guimard dessina pour certaines œuvres de sa première maturité, notamment pour la salle Humbert-de-Romans, malheureusement détruite dès 1904. C’est, à mon avis, l’indice évident que les Nachbaur lisaient beaucoup les revues d’architecture de leur époque, y trouvant les sources d’une inspiration trop diversifiée pour avoir le fruit de leur seule imagination.

8 décembre 2007 : Plusieurs corrections et compléments sont à apporter à cet article. D'abord sur les architectes dont nous parlons ici. Georges Nachbaur (né en 1842), d'une famille d'origine alsacienne, fut associé, pendant toute sa période Art Nouveau, à ses deux fils, Albert-Alfred, dit Max-Mar (né en 1879) et Georges-Lucien (né en 1884). L'aîné abandonna l'architecture, dès 1907, pour embrasser une carrière de journaliste qui allait le mener jusqu'en Chine. Si on en croit l'ouvrage d'Isabelle Duhau, fort beau et bien documenté ("Nogent et Le Perreux - L'Eldorado en bord de Marne" (Images du patrimoine n°237), Paris, 2005, p. 134-135), cette maison aurait été construite, en 1904, non pour le père lui-même, comme je l'écris plus haut, mais pour Max-Mar. Quant à la cheminée publiée dans "L'Architecture pratique", et qui n'a jamais figuré dans cette demeure, les Nachbaur auraient volontairement flatté la publication de leurs édifices, en y incluant parfois les images plus flatteuses d'objets provenant de maisons totalement différentes !


19 janvier 2008 : Encore une information complémentaire, fournie par un sympathique correspondant, qui montre qu'on peut apprendre tous les jours : les lambris intérieurs de la maison de Nachbaur ont bien été dessinés par Guimard. Le motif apparaît sur un catalogue commercial de la société Luncrusta-Walton, qui réalisa les lambris du Castel Béranger, puis ceux de la salle Humbert-de-Romans. Ce sont ces derniers (en haut à droite sur l'image), aux motifs beaucoup plus complexes, qu'on retrouve à Nogent. Si Guimard utilisait le Luncrusta-Walton avec une certaine parcimonie, Nachbaur n'hésita pas à en couvrir intégralement les murs d'une des pièces principales de sa maison. L'effet est surprenant.

dimanche 3 juin 2007

14 rue Gallieni (Courbevoie - Hauts-de-Seine)


Le hasard fait parfois bien les choses. Il suffit d’une fin de journée ensoleillée, l’envie de descendre d’un train pour faire le tour de quelques rues d’une jolie commune de banlieue. Et... bingo ! Un immeuble fascinant, non pas pour son architecture proprement dite, assez traditionnelle et d’une sage symétrie, mais par une accumulation décorative tout à fait surprenante, chargée, brouillonne, d’une joyeuseté tout à fait divertissante. Une vraie petite merveille !











Toutes les fenêtres sont entourées de faïences, soit sous forme de panneaux à gros reliefs, soit sous forme de carreaux à motifs floraux. L'un d'entre eux est signé et daté : “E. Dolis 1901”. Serait-ce la date de l’édifice ? Pa si sûr. D’après le témoignage de quelques locataires charmants, la maison daterait de 1903-1904, la première date paraissant la plus sûre. Il est évident que ces carreaux - qui ne sont en rien les éléments les plus remarquables d'un décor particulièrement composite - proviennent d’une production industrielle ; on en rencontre beaucoup d’autres exemples dans la région parisienne. Il paraît donc difficile de tirer une quelconque datation de leur observation, sauf lorsqu'un millésime y figure clairement, ce qui n'est pas ici le cas. Ceux de Courbevoie ont tout de même l'intérêt de présenter un monogramme, "CG", qui a toutes les chances d'être les initiales du commanditaire de l'édifice.
Ailleurs, la décoration est obtenue avec des briques vernissées ou de jolies terres cuites. Et l’ensemble de tous ces détails apporte, dans une divertissante accumulation, un véritable charme à cet immeuble de meulière qui n’en aurait pas autrement. On se croirait presque devant la maison d’un céramiste, qui aurait suspendu sur la façade un échantillonnage varié et significatif de ses productions.


Mais tout cela ne serait rien sans l’entourage de la porte d’entrée, consacrée à la fleur et à la feuille de tournesol - également visibles sur la lourde frise qui couronne l’édifice -, émergeant d’épaisses gerbes de tiges, où figurent les signatures des artisans principaux : celle de l’architecte, E. Coulon, à gauche ; et celle des céramistes, Janin frères et Guérineau (peut-être suivi du mot “Paris”), à droite. Coulon est un parfait inconnu, qui n’a peut-être jamais quitté les limites géographiques de Courbevoie et des communes avoisinantes. Les céramistes, eux, sont à peine moins rares ; ils ont au moins signé un panneau de faïence pour une maison de Villejuif, qui permet de confirmer le rôle qui fut le leur sur cette façade. L’ensemble est d’un vert profond du plus singulier effet, au milieu duquel les fleurs merveilleusement détaillées apportent de ravissantes touches ocres. L’une d’entre elles, cassée ou volée, a tristement été remplacée par une sorte de gros chewing-gum dans une matière indéterminée ; le surmoulage d’une autre fleur aurait pourtant été moins désagréable au regard.
Cette porte étonnante ouvre sur un charmant petit vestibule, avec un escalier latéral conduisant à un palier où s’ouvrent quelques portes. Son style n’a malheureusement rien à voir avec l’Art Nouveau, ce que laissait déjà supposer le style assez banal de la ferronnerie incluse au milieu des tournesols. La référence à un XVIIIe siècle de théâtre y prédomine, non sans charme et conduit à l'idée que Coulon n'a probablement jamais réitéré cette divertissante expérience.