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samedi 21 juin 2008

Jeu 2008 - Envoi n°4 : 10 quai Barentin (Orléans - Loiret)


J’avais promis un second envoi de B. L., toujours à propos d’Orléans. Le voici !
Décidément, les destructions de la Seconde Guerre mondiale nous laisseront toujours regretter un patrimoine qui fut largement amputé, dans cette ville, de quelques chefs-d’œuvre du début du XXe siècle. Mais les vestiges, éloquents, mériteraient au moins d’être bien mieux connus.
Comme pour la rue Saint-Marc, nous ne connaissons, pour cette maison idéalement située sur le bord de la Loire, que le nom de son entrepreneur, Philippe Morland, qui semble en avoir été également le propriétaire, et sa date probable de construction : 1906.

En 1994, l’édifice fut judicieusement inscrit comme monument historique. Mais, était-ce pour ses qualités propres ou pour la croyance, totalement erronée, que les plans auraient pu avoir été conçus par Hector Guimard ? Même au conditionnel, on retrouve cette attribution très abusive dans la fiche consacrée à cette maison dans la base Mérimée du Ministère de la Culture. Il fait peu de doute que le nom de Guimard lui a été associé grâce à une certaine tradition orale presque aléatoire. Celle-ci continue à donner à l’auteur du Castel Béranger à peu près tout ce qui relève de l’Art Nouveau français et qui demeure anonyme. Dans le procédé, la qualité n’est malheureusement jamais considérée et les sites de ventes aux enchères sur Internet abusent encore constamment du nom de Guimard pour valoriser à peu près tout... et n’importe quoi !
La maison du quai Barentin n’est évidemment pas du grand maître de l’Art Nouveau : elle aurait laissé des traces dans les documents d’archives, notamment dans les nombreuses listes d’œuvres que l’architecte rédigea à plusieurs moments de sa carrière. Il n’en reste pas moins certain qu’il s’agit d’un édifice assez remarquable et très harmonieux, mais que les sacrifices évidents au “style nouille” éloignent totalement de l’univers guimardien.

On en savourera particulièrement les ferronneries, d’une très sobre élégance, et tous les détails sculptés, d’une exécution sans reproche. Mais son auteur s’est surtout distingué par une très poétique attention à quelques vides intéressants, dessinant un balcon au premier étage ou crevant la corniche du toit pour en ménager un second, très singulier, sur le devant d’une terrasse, où on pourrait jouer une scène de “Roméo et Juliette” avec beaucoup d’effet !
On devrait espérer que, d’ici quelques années, de semblables maisons puissent être mieux identifiées, grâce à des publications rares ou à des fonds d’archives encore inexplorés.

P. S. : N'oubliez pas de voter, évidemment, si cette maison vous a plu...

dimanche 8 juin 2008

Jeu 2008 - Envoi n°3 : 48 rue Saint-Marc (Orléans - Loiret)


Saura-t-on jamais si cette maison a bénéficié du talent d’un véritable architecte ou si elle dut se contenter de la simple habileté de son entrepreneur, du nom de Barillet ? Hélas, nous n’en saurons guère plus sur son histoire, en dehors du fait qu’elle a probablement été élevée autour de l’année 1900. Mais ce millésime, parfois attribué un peu trop facilement à de comparables folies de pur “style nouille”, en situe peut-être vaguement l’époque, plutôt que son année exacte de construction.

Orléans a beaucoup souffert des bombardements de la Seconde Guerre mondiale, ce qui l’a malheureusement privée d’une grande partie de son patrimoine plus contemporain, et en particulier de quelques immeubles intéressants de Louis Duthoit, fils d’un proche collaborateur de Viollet-le-Duc et dont l’agence fut partagée entre Paris, Amiens et Orléans. Mais la rue Saint-Marc, appartenant déjà à une proche banlieue, fut alors heureusement épargnée.
L’auteur de cette très amusante fantaisie, à bien y regarder, semble effectivement avoir été une sorte de dilettante original, très satisfait de s’être contenté d’accumuler des motifs sur la façade, à peu près au hasard, sans ordre ni harmonie, ce qui confère à l’ensemble de la composition un véritable charme, par le désordre même de son improvisation.

Apparemment, les revues d’architecte semblent avoir pu constituer la source principale de ce foisonnement de motifs. Certes, aucun détail n’est immédiatement reconnaissable comme ayant été inspiré par un fragment repérable dans une publication d’époque, mais leur agencement apparaît composé sans réelle justification, comme la curieuse fleur qui constitue un ornement d’angle trop isolé et presque inutile. De l’autre côté, le massif sculpté paraît beaucoup trop puissant, avec son remplissage de briques blanches, rejetant les jolis effets de couleur ailleurs produits par la meulière, qui mettent bien en en valeur les formes très singulières de toutes les ouvertures.
Mais justement... N’y a-t-il pas trop de fantaisie, ni trop de diversité ? Et de quel Art Nouveau nous parle-t-on ici ? On hésite à le croire d’influence italienne ou tchèque... Si la latinité des formes est incontestable, elle ne semble pas avoir un rapport très étroit avec le Modern Style du nord de l’Europe, et paraît même déjà trop méridional (ou trop oriental) pour la capitale du Loiret.

Au-delà de son invraisemblable bric-à-brac - évidemment irréprochable au niveau de la fantaisie, sinon même d’une certaine forme d’humour -, nous sentons donc rapidement que la maisons souffre d’une certaine hétérogénéité, conduisant à d’inutiles accumulations. Voit-on encore le joli visage pétrifié qui émerge de l’encorbellement du salon du rez-de-chaussée ? Fait-on attention aux curieuses béquilles qui soutiennent le toit, recourbées comme des trompes d’éléphants ? Remarque-t-on la forme joliment accidentée de la clôture de la propriété ?
Comme à Agen, comme à Dunkerque ou à Roubaix, la maison de la rue Saint-Marc à Orléans constitue la “maison amusante” de la ville, celle qu’on a longtemps montré du doigt pour la déclarer rigolote et passablement vulgaire. Presque toutes les villes moyennes ont eu leur villa excentrique, leur castel délirant, en pleine agglomération ou dans une périphérie moins voyante. Mais n’y eut-il vraiment que celle-ci à Orléans ? Mystère ! Nous verrons peut-être cela, en compagnie de B. L. (pour quoi vous pouvez évidemment voter), lors d’un prochain billet.